Le sens en est : « Ô Allah, je ne serai désormais plus jamais un appui pour les criminels. » On a prétendu que cette parole est celle d’Ibn ʿAbbâs. An-Naḥḥâs dit : qu’on l’entende comme une phrase informative est préférable et plus conforme au fil du propos, comme lorsque l’on déclare : « Je ne te désobéirai pas, car tu as répandu tes bienfaits sur moi. » Tel est, à vrai dire, l’avis authentique d’Ibn ʿAbbâs, et non ce qu’en rapporte Al-Farrâʾ. En effet, Ibn ʿAbbâs a dit : « Il n’y a pas formulé d’exception et fut donc éprouvé dès le lendemain. » Or l’exceptionnel n’a pas lieu dans l’invocation ; on ne dit pas : « Ô Allah, pardonne-moi si Tu veux. » Il est d’ailleurs étonnant qu’Al-Farrâʾ ait transmis ce propos d’Ibn ʿAbbâs, puis lui ait attribué l’opinion contraire.
J’ai déjà résumé et clarifié cette question dans la sourate « An-Naml », où il apparaît qu’il s’agit bien d’une affirmation et non d’une supplication. Quant au dire d’Ibn ʿAbbâs : « Il ne formula pas d’exception et fut de nouveau éprouvé », cela signifie qu’il n’ajouta pas : « …si Allah le veut » ; c’est semblable à Sa parole : « Ne vous penchez pas vers les injustes. »
Deuxième point : Salamah b. Nubayṭ raconte qu’Abd ar-Raḥmân b. Muslim envoya à Ad-Ḍaḥḥâq la solde destinée aux habitants de Boukhârâ en lui disant : « Distribue-la. » Il répondit : « Exempte-moi », et il n’eut de cesse de le supplier jusqu’à ce qu’il le déchargeât de cette tâche. On lui dit alors : « Qu’est-ce qui t’empêche de la leur remettre, toi qui ne leur retires rien ? » Il répondit : « Je n’aime pas servir de soutien aux oppresseurs, fût-ce pour la moindre de leurs affaires. »
Ubayd Allâh b. al-Walîd al-Waṣṣâfî rapporte : « J’ai dit à ʿAtâʾ b. Abî Rabâḥ : J’ai un frère qui tient la plume ; il ne fait que comptabiliser ce qui entre et sort [des recettes]. Il a charge de famille ; s’il quittait ce travail, il tomberait dans le besoin et serait contraint d’emprunter.
– Qui est le gouverneur ? demanda-t-il.
– Khâlid b. ʿAbd Allâh al-Qasrî, répondis-je.
Il dit : N’entends-tu pas ce qu’a déclaré le Serviteur vertueux : « Seigneur, pour le bienfait dont Tu m’as comblé, jamais je ne serai un soutien pour les criminels » ? Ibn ʿAbbâs a précisé : « Il ne formula pas d’exception, fut à nouveau éprouvé, puis Allah le secourut. » Que ton frère ne les assiste donc pas ; Allah l’assistera. – ʿAtâʾ conclut : Il n’est licite à personne de prêter main-forte à un injuste, de rédiger pour lui, ni de l’accompagner ; quiconque fait quelque chose de ce genre devient un auxiliaire des injustes.
Dans le ḥadith, il est dit : « Un héraut proclamera, au Jour de la Résurrection : Où sont les oppresseurs, leurs semblables et leurs auxiliaires – jusque celui qui leur a tendu un encrier ou taillé un calame ? On les rassemblera dans un coffre de fer qui sera précipité en Enfer. »
Il est également rapporté du Prophète – paix et bénédictions d’Allah sur lui – : « Quiconque marche aux côtés d’un lésé pour l’assister dans sa plainte, Allah raffermira ses pas sur le Sirât, le Jour où les pieds vacilleront ; et quiconque marche avec un injuste pour l’aider dans son injustice, Allah fera trébucher ses pas sur le Sirât, le Jour où les pas glisseront. »
Dans un autre ḥadith : « Quiconque marche avec un injuste a certes commis un crime. » Par conséquent, accompagner un oppresseur ne saurait être qu’un péché.