Dès qu’il reconnut l’odeur de sa mère, l’enfant prit aussitôt son sein. Ibn Zayd rapporte qu’ils se méfièrent d’elle lorsqu’elle parla ainsi, et elle ajouta alors : « …et ils sont loyaux envers le roi. »
On dit encore : lorsque la sœur (de Mûsâ) leur déclara : « Voulez-vous que je vous indique une famille qui se chargera de l’allaiter pour vous ? », eux qui s’étaient épuisés à chercher une nourrice dont il accepterait le sein, lui demandèrent : « Qui est-ce ? » — « Ma mère », répondit-elle. — « A-t-elle du lait ? » — « Oui, le lait de Hârûn », dit-elle — Hârûn étant né l’année où l’on n’exterminait pas les nouveau-nés —. Ils conclurent : « Par Allâh, tu dis vrai ! »
Quant à sa parole : « …et ils seront pour lui d’excellents conseillers », c’est-à-dire qu’ils éprouveront envers lui compassion et sollicitude.
On rapporte qu’on demanda à la mère de Mûsâ, après qu’il eut accepté son allaitement : « Comment se fait-il qu’il ait tété chez toi alors qu’il refusait toutes les autres ? » Elle répondit : « Je suis une femme dont la senteur est agréable et le lait bienfaisant ; nul enfant qu’on me présente ne refuse de téter. » Abû ‘Imrân al-Jawnî ajoute : Pharaon versait à la mère de Mûsâ un dînar chaque jour.
Az-Zamakhsharî dit : « Si tu demandes : comment lui fut-il licite d’accepter un salaire pour allaiter son propre fils ? Je réponds : elle ne le prenait pas comme rétribution de l’allaitement ; il s’agissait plutôt d’un bien appartenant à un ennemi en guerre (mâl ḥarbî) qu’elle percevait à titre de butin licite. »
Parole du Très-Haut :
« Et Nous le rendîmes à sa mère » : c’est-à-dire que Nous le lui avons restitué après qu’Allâh eut attendri le cœur de l’ennemi à son égard et que Nous eûmes tenu Notre promesse vis-à-vis d’elle.
« Afin que son œil se réjouisse » : par la présence de son enfant ;
« et qu’elle ne s’afflige point » : de sa séparation ;
« et afin qu’elle sache que la promesse d’Allâh est véridique » : pour qu’elle en constate la réalisation, sachant déjà qu’Il le lui rendrait.
« Mais la plupart d’entre eux ne savent pas » : c’est-à-dire la majorité de la famille de Pharaon, inconsciente du plan arrêté et du juste décret ; on a également dit : c’est-à-dire que la plupart des gens ne savent pas que la promesse d’Allâh, en tout ce qu’Il promet, est vérité.
Parole du Très-Haut :
« Lorsqu’il eut atteint sa pleine vigueur et sa maturité, Nous lui accordâmes jugement et science ».
La notion de al-ashudd a déjà été traitée dans la sûrah al-An‘âm (6)¹. Rabi‘ah et Mâlik estiment qu’elle correspond à la puberté, conformément à la parole d’Allâh : « jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge du mariage » ; c’en est le début, tandis que son terme supérieur est, selon Sufyân ath-Thawrî, de trente-quatre ans.
« Et quand il s’est affermi » — Ibn ‘Abbâs explique : lorsqu’il atteignit quarante ans. Quant au ḥukm (jugement), il s’agit de la sagesse précédant la prophétie ; d’autres disent : la profonde compréhension de la religion, exposée plus haut dans al-Baqarah². Et al-‘ilm (science) désigne la compréhension, selon as-Suddi. Certains y voient directement la prophétie. Mujâhid, lui, parle du fiqh. Muhammad ibn Isḥâq précise : c’est la connaissance de la religion ainsi que de celle de ses ancêtres ; neuf hommes des Banû Isrâ’îl se réunissaient auprès de lui, l’écoutaient, le prenaient pour modèle ; tout cela avant la révélation prophétique.
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¹ Voir tafsîr de la sûrah al-An‘âm, v. 152 et suiv.
² Voir tafsîr de la sûrah al-Baqarah, v. 269 et passim.