« Leur sang, entre eux, est tenu pour nul – c’est-à-dire versé sans indemnité.
Le sens (du mot « fârigh ») est que son cœur s’est éteint, s’est absenté ; il ne lui resta plus de cœur tant l’épreuve qui l’atteignit fut violente. A propos de la parole du Très-Haut : « wa-aṣbaḥa » (et son cœur devint), deux explications sont données :
- Elle l’a jeté de nuit, et au matin son cœur, durant le jour, se trouva vidé.
- Elle l’a jeté de jour, et « aṣbaḥa » signifie alors « devint », comme dans ces vers du poète :
« Les califes ont gouverné selon la voie droite,
et Médine est devenue la cité d’al-Walîd. »
Quant à l’expression « in kâdat » (elle était sur le point), c’est bien elle que l’on entend ; lorsque le pronom sous-entendu fut omis, la nûn fut allégée : c’est donc « in » allégée, raison pour laquelle le lâm d’insistance apparaît dans « la-tubdî bihî » : pour dévoiler son affaire, du verbe « badâ – yabdû » (apparaître).
Ibn ‘Abbâs dit : elle était sur le point de crier, lorsqu’elle le jeta : « Ô mon fils ! ». As-Suddî rapporte : elle faillit dire, quand on l’amena pour l’allaiter et le garder : « C’est mon fils ». On a également dit : lorsqu’il grandit, elle entendit les gens dire : « Moïse, fils de Pharaon » ; cela lui fut pénible, son cœur se serra, et elle faillit dire : « Il est mon fils ». Certains ont encore avancé que le pronom « bihî » renvoie à la révélation : elle était sur le point de divulguer la révélation que Nous lui avions faite, à savoir que Nous le lui rendrions. La première opinion demeure la plus évidente. Ibn Mas‘ûd affirme : elle faillit dire : « Je suis sa mère ». Al-Farâ’ commente : elle était sur le point de révéler son nom, tant son cœur était oppressé.
« Si Nous n’avions pas raffermi son cœur » : Qatâdah dit : par la foi ; As-Suddî : par la protection ; d’autres : par la patience. « Raffermir le cœur » signifie inspirer la patience.
« Afin qu’elle fût parmi les croyants » : c’est-à-dire parmi ceux qui croient à la promesse d’Allah lorsqu’Il lui dit : « Nous te le rendrons ».
Il est dit « la-tubdî bihî » et non « la-tubdî-hu » parce que les particules de qualification peuvent être ajoutées dans l’expression ; on dit : « J’ai saisi la corde et avec la corde ». D’autres expliquent : pour qu’elle manifeste la parole à son sujet.
Le Très-Haut dit : « Et elle dit à sa sœur : “Suis-le” » ; c’est-à-dire que la mère de Moïse dit à la sœur de Moïse : « Suis sa trace afin de connaître ce qu’il advient de lui ». Son nom était Maryam, fille de ‘Imrân, identique à celui de Maryam, mère de ‘Issâ (paix sur lui), comme l’ont rapporté as-Suhaylî et ath-Tha‘labî. Al-Mâwardî, d’après ad-Dahhâk, mentionne qu’elle se nommait Kalthamah ; as-Suhaylî parle de Kulthûm. Cela se trouve dans un hadith rapporté par az-Zubayr ibn Bakkâr : le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – dit à Khadîjah : « Sais-tu qu’Allah m’a marié avec toi, au Paradis, à Maryam, fille de ‘Imrân ; à Kulthûm, la sœur de Moïse ; et à Âsiyah, l’épouse de Pharaon ? ». Elle dit : « Allah t’en a-t-Il informé ? ». Il répondit : « Oui ». Elle répliqua : « Qu’Il te comble de félicitations et de descendance ! »
« Elle l’aperçut de loin (ʿan junub) » : c’est-à-dire de loin, dit Mujâhid ; de là vient le terme « ajnabiyy » (étranger).