Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Parole du Très-Haut :

« Et le cœur de la mère de Moûsâ devint vide. »

Ibn Masʿûd, Ibn ʿAbbâs, al-Ḥassan, Mujâhid, ʿIkrima, Qatâda, ad-Ḍaḥḥâk, Abû ʿImrân al-Jawnî et Abû ʿUbayda ont dit : « vide », c’est-à-dire débarrassé du souvenir de toute chose en ce bas-monde, à l’exception de celui de Moûsâ.

Al-Ḥassan également, de même qu’Ibn Isḥâq et Ibn Zayd, ont dit : « vide » de la Révélation, car il lui avait été révélé, lorsqu’il lui fut ordonné de le jeter dans le fleuve : « Ne crains point et ne t’attriste pas », ainsi que la promesse qu’Il le lui rendrait et ferait de lui un Messager. Alors Satan lui souffla : « Ô mère de Moûsâ, tu n’as pas voulu que Pharaon tue Moûsâ, et voilà que c’est toi qui l’as noyé ! » Puis il l’informa que son enfant était tombé entre les mains de Pharaon ; l’ampleur de l’épreuve lui fit oublier la promesse qu’Allâh lui avait faite.

Abû ʿUbayda a dit : « vide » de chagrin et de tristesse, sachant qu’il n’avait pas été noyé. L’Akhfash a avancé la même explication. Al-ʿAlâʼ ibn Ziyâd a dit : « vide » veut dire effarouché ; al-Kisâʾî : oublieux, hébété ; et l’on a aussi dit : éperdu. Saʿîd ibn Jubayr a rapporté d’Ibn al-Qâsim d’après Mâlik que cela signifie la perte de la raison : lorsqu’elle apprit qu’il se trouvait entre les mains de Pharaon, son esprit s’envola tant son affliction et sa stupeur furent grandes.

Un sens voisin se retrouve dans la Parole du Très-Haut : « et leurs cœurs sont creux », c’est-à-dire vides, dépourvus d’intelligence, comme il a été expliqué dans la sourate Ibrâhîm. En effet, les cœurs sont le siège des intelligences ; ne vois-tu pas la parole divine : « afin qu’ils aient des cœurs avec lesquels ils raisonnent » ? Le même sens est suggéré par la lecture de celui qui a récité : « faziʿan » (terrifié).

An-Naḥḥâs a dit : l’avis le plus correct est le premier, et ceux qui l’ont émis sont les plus savants du Livre d’Allâh – Exalté soit-Il. Car si son cœur était vide de toute chose sauf du souvenir de Moûsâ, il était forcément vide de la Révélation. Quant à l’opinion d’Abû ʿUbayda, « vide de chagrin », c’est une grave erreur, puisque la suite du verset dit : « Elle allait presque le révéler, n’eussions-Nous raffermi son cœur. »

Saʿîd ibn Jubayr rapporte d’Ibn ʿAbbâs qu’elle faillit s’écrier : « Ô mon fils ! »

Faḍâla ibn ʿUbayd al-Anṣârî – qu’Allâh l’agrée –, Muḥammad ibn as-Samayqaʿ, Abû l-ʿÂliya et Ibn Muḥayṣin ont lu : « faziʿan », avec fâ et ʿayn non pointée, c’est-à-dire « terrifiée » qu’on ne le tue. Ibn ʿAbbâs a lu : « qariʿan », avec qâf, râ et ʿayn, renvoyant à la lecture de la majorité : « fâriġan ». C’est pourquoi on appelle une tête sans cheveux « aqraʿ », parce qu’elle est « vide » de cheveux.

Quṭrub rapporte encore que certains Compagnons du Prophète – paix et bénédiction d’Allâh sur lui – ont lu : « firġan », avec fâ, râ et ġayn, sans alif, ayant le sens de « hâdé / inutile ». On dit

قَوْلُهُ تَعَالَى: (وَأَصْبَحَ فُؤادُ أُمِّ مُوسى فارِغاً) قَالَ ابْنُ مَسْعُودٍ وَابْنُ عَبَّاسٍ وَالْحَسَنُ وَمُجَاهِدٌ وَعِكْرِمَةٌ وَقَتَادَةُ وَالضَّحَّاكُ وَأَبُو عِمْرَانَ الْجَوْنِيُّ وَأَبُو عُبَيْدَةَ: " فارِغاً" أَيْ خَالِيًا مِنْ ذِكْرِ كُلِّ شي فِي الدُّنْيَا إِلَّا مِنْ ذِكْرِ مُوسَى وَقَالَ الْحَسَنُ أَيْضًا وَابْنُ إِسْحَاقَ وَابْنُ زَيْدٍ: " فارِغاً" مِنَ الْوَحْيِ إِذْ أَوْحَى إِلَيْهَا حِينَ أُمِرَتْ أن تلقيه في البحر " لا تَخافِي وَلا تَحْزَنِي" وَالْعَهْدُ الَّذِي عَهِدَهُ إِلَيْهَا أَنْ يَرُدَّهُ وَيَجْعَلَهُ مِنَ الْمُرْسَلِينَ، فَقَالَ لَهَا الشَّيْطَانُ: يَا أُمَّ مُوسَى كَرِهْتِ أَنْ يَقْتُلَ فِرْعَوْنُ مُوسَى فَغَرَّقْتِيهِ أَنْتِ! ثُمَّ بَلَّغَهَا أَنَّ وَلَدَهَا وَقَعَ فِي يَدِ فِرْعَوْنَ فَأَنْسَاهَا عِظَمُ الْبَلَاءِ مَا كَانَ مِنْ عَهْدِ اللَّهِ إِلَيْهَا وَقَالَ أَبُو عُبَيْدَةَ: " فارِغاً" مِنَ الْغَمِّ وَالْحُزْنِ لِعِلْمِهَا أَنَّهُ لَمْ يَغْرَقْ، وَقَالَهُ الْأَخْفَشُ أَيْضًا وَقَالَ الْعَلَاءُ بْنُ زِيَادٍ: " فارِغاً" نَافِرًا الْكِسَائِيُّ: نَاسِيًا ذَاهِلًا وَقِيلَ: وَالِهًا، رَوَاهُ سَعِيدُ بْنُ جُبَيْرٍ ابْنُ الْقَاسِمِ عَنْ مَالِكٍ: هُوَ ذَهَابُ الْعَقْلِ، وَالْمَعْنَى أَنَّهَا حِينَ سَمِعَتْ بِوُقُوعِهِ فِي يَدِ فِرْعَوْنَ طَارَ عَقْلُهَا مِنْ فَرْطِ الْجَزَعِ وَالدَّهَشِ، وَنَحْوَهُ قَوْلُهُ تَعَالَى: " وَأَفْئِدَتُهُمْ هَواءٌ" أَيْ جَوْفٌ لَا عُقُولَ لَهَا كَمَا تَقَدَّمَ فِي سُورَةِ " إِبْرَاهِيمَ" «١» . وَذَلِكَ أَنَّ الْقُلُوبَ مَرَاكِزُ الْعُقُولِ، أَلَا تَرَى إِلَى قَوْلِهِ تَعَالَى: " فَتَكُونَ لَهُمْ قُلُوبٌ يَعْقِلُونَ بِها" وَيَدُلُّ عَلَيْهِ قِرَاءَةُ مَنْ قَرَأَ: " فَزِعًا" . النَّحَّاسُ: أَصَحُّ هَذِهِ الْأَقْوَالِ الْأَوَّلُ، وَالَّذِينَ قَالُوهُ أَعْلَمُ بِكِتَابِ اللَّهِ عَزَّ وَجَلَّ، فإذا كان فارغا من كل شي إِلَّا مِنْ ذِكْرِ مُوسَى فَهُوَ فَارِغٌ مِنَ الْوَحْيِ. وَقَوْلُ أَبِي عُبَيْدَةَ فَارِغًا مِنَ الْغَمِّ غَلَطٌ قَبِيحٌ، لِأَنَّ بَعْدَهُ " إِنْ كادَتْ لَتُبْدِي بِهِ لَوْلا أَنْ رَبَطْنا عَلى قَلْبِها" . رَوَى سَعِيدُ بْنُ جُبَيْرٍ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ قَالَ: كادت تقول وا ابناه! وقرا فضالة ابن عُبَيْدٍ الْأَنْصَارِيُّ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ وَمُحَمَّدُ بْنُ السَّمَيْقَعِ وَأَبُو الْعَالِيَةِ وَابْنُ مُحَيْصِنٍ " فَزِعًا" بِالْفَاءِ وَالْعَيْنِ الْمُهْمَلَةِ مِنَ الْفَزَعِ، أَيْ خَائِفَةٌ عَلَيْهِ أَنْ يُقْتَلَ ابْنُ عَبَّاسٍ: " قَرِعًا" بِالْقَافِ وَالرَّاءِ وَالْعَيْنِ الْمُهْمَلَتَيْنِ، وَهِيَ رَاجِعَةٌ إِلَى قِرَاءَةِ الْجَمَاعَةِ " فارِغاً" وَلِذَلِكَ قِيلَ لِلرَّأْسِ الَّذِي لَا شَعْرَ عَلَيْهِ: أَقْرَعُ، لِفَرَاغِهِ مِنَ الشَّعْرِ وَحَكَى قُطْرُبٌ أَنَّ بَعْضُ أَصْحَابِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَرَأَ: " فِرْغًا" بِالْفَاءِ وَالرَّاءِ وَالْغَيْنِ الْمُعْجَمَةِ مِنْ غَيْرِ أَلِفٍ، وَهُوَ كَقَوْلِكَ: هَدَرًا وَبَاطِلًا، يقال:
(١). راجع ج ٩ ص ٣٧٧ وما بعدها طبعه أولى أو ثانية.

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