Le troisième état est qu’elles se réduisent à l’état de « ḥabâʾ » – poussière impalpable – après avoir été semblables à de la laine cardée.
Le quatrième état est qu’elles soient littéralement arrachées : dans les états précédents, elles demeurent encore fixées à leurs emplacements et la terre qui se trouve au-dessous d’elles n’est pas encore apparente. Elles sont donc projetées au loin afin que le sol soit mis à nu ; et ce déplacement a lieu par l’envoi des vents contre elles.
Le cinquième état est que les vents les soulèvent à la surface de la terre, les faisant scintiller dans l’air comme une sorte de nuée poudreuse. Celui qui les observe de loin, en raison de leur densité, les prend pour des masses compactes immobiles ; alors qu’en réalité elles se déplacent, mais ce déplacement, parce qu’il s’effectue derrière le rideau des vents, leur donne l’aspect de choses pulvérisées et disloquées.
Le sixième état est qu’elles deviennent un mirage : quiconque regarde l’endroit qu’elles occupaient n’y trouve plus rien, à l’image du mirage. Muqâtil dit : « Elles retombent sur la terre et se trouvent nivelées avec elle. » – On a ensuite soutenu qu’il s’agissait d’une image.
Al-Mâwardî rapporte à ce propos trois explications :
- C’est une parabole que Dieu – Exalté soit-Il – donne pour la vie d’ici-bas : l’observateur la croit stable, pareille aux montagnes, alors qu’elle suit inexorablement son cours vers la disparition comme la nuée emportée. Ainsi l’a expliqué Sahl b. ʿAbd Allâh.
- C’est une parabole pour la foi : tu la penses fixée dans le cœur, tandis que sa récompense monte vers le ciel.
- C’est une parabole pour l’âme au moment de la sortie de l’esprit ; l’âme s’élève alors jusqu’au Trône.
« Œuvre de Dieu, Lui qui a parfait toute chose » : autrement dit, tout ceci procède de l’agir divin, et tout acte provenant de Lui est exécuté à la perfection.
Le verbe « tu vois (tarâ) » relève ici de la vision oculaire ; s’il avait désigné la vision intérieure, il se serait construit avec deux compléments d’objet. La forme originelle est turʾâ : le mouvement de la hamza a été transféré sur la lettre râʾ, qui en est devenue mobile, puis la hamza a été supprimée ; tel est le procédé d’allègement de la hamza lorsqu’elle est précédée d’une consonne muette, sauf que, dans « tarâ », cet allègement est devenu incontournable.
Les lecteurs de Koufa récitent « taḥsabuhâ » avec l’ouverture de la lettre sîn, ce qui est conforme à la règle puisque le verbe vient de ḥasiba/yaḥsabu. Il a toutefois été rapporté du Prophète – que les bénédictions et la paix de Dieu soient sur lui – qu’il l’a récité, au futur, avec la kasra, sur le modèle faʿila/yafʿilu, à l’instar de naʿima/yanʿamu et baʾisa/yabʾasu ; on a également cité yaʾisa/yiʾyasu dans la conjugaison saine, et l’on ne connaît pas d’autres exemples de ce type dans la langue arabe.
« Et elles passent comme passe la nuée » : il faut comprendre : « par un passage semblable au passage de la nuée » ; l’adjectif a été mis à la place du nom exprimant l’action, et le premier membre d’annexion à la place du second. Autrement dit, les montagnes sont arrachées de leurs emplacements à la surface de la terre, rassemblées et conduites comme on conduit la nuée ; puis elles sont broyées et retombent sur la terre, ainsi qu’il est dit : « Les montagnes seront réduites en poussière pulvérisée. »
L’expression « Œuvre de Dieu » est, selon Al-Khalîl et Sîbawayh, à l’accusatif en tant que maṣdar (nom verbal) : après avoir dit « elles passent comme passe la nuée », le verset indique que Dieu a accompli tout cela en véritable œuvre. On peut également y voir un accusatif d’incitation : « Contemplez l’œuvre de Dieu » ; on fera alors une pause à cet endroit.