Et s’il avait opté pour le singulier, il aurait dit : « أَتَاهُ ». Mais celui qui récite : « أَتَوْهُ » a mis le verbe au pluriel en se fondant sur le sens et l’a employé au passé, puisqu’il le rapporte au mot « فَزَعٍ » (terreur). Celui qui lit : « وَكُلٌّ آتَوْهُ » l’a également rapporté au sens, et a employé « آتُوهُ » parce que cette phrase est détachée de la précédente.
Ibn Naṣr dit : on a attribué à Abû Isḥâq – qu’Allâh lui fasse miséricorde – des propos qu’il n’a jamais tenus. Le texte exact d’Abû Isḥâq est : « وَكُلٌّ أَتَوْهُ دَاخِرِينَ », et l’on récite aussi : « آتُوهُ ». Celui qui emploie le singulier le fait par égard pour la forme du mot « كُلٌّ », tandis que celui qui le met au pluriel le fait par égard pour son sens. Il vise ainsi ce que l’on rencontre dans le Coran ou ailleurs : lorsque le prédicat de « كُلّ » vient au singulier, c’est sur la forme ; lorsqu’il vient au pluriel, c’est sur le sens. Abû Jaʿfar n’a pas retenu cette explication.
Al-Mahdawî dit : celui qui lit : « وَكُلٌّ أَتَوْهُ دَاخِرِينَ » emploie un verbe dérivé de « الإتيان » (venir) en le rattachant au sens de « كُلّ » sans tenir compte de la forme. Celui qui lit : « وَكُلٌّ آتُوهُ دَاخِرِينَ » y voit le participe actif de « أتى ». La preuve en est la parole du Très-Haut : « وَكُلُّهُمْ آتِيهِ يَوْمَ الْقِيَامَةِ فَرْدًا » – « et tous lui viendront, au Jour de la Résurrection, isolés ». Quant à celui qui lit : « وَكُلٌّ أَتَاهُ », il s’en tient à la forme de « كُلّ » sans son sens, mais rapporte « دَاخِرِينَ » (humiliés) au sens ; c’est-à-dire « صَاغِرِينَ » (abaissés), d’après Ibn ʿAbbâs et Qatâda. Cela a déjà été évoqué dans la sourate « an-Naḥl ».
Parole du Très-Haut :
« وَتَرَى الْجِبَالَ تَحْسَبُهَا جَامِدَةً وَهِيَ تَمُرُّ مَرَّ السَّحَابِ »
Tu vois les montagnes, tu les crois immobiles, alors qu’elles passent comme passent les nuages.
Ibn ʿAbbâs dit : c’est-à-dire : tu les vois dressées, alors qu’elles se déplacent d’un mouvement rapide.
Al-Qutaybî explique : les montagnes seront alors rassemblées puis mises en marche ; à l’œil, elles paraîtront immobiles tout en avançant. Il en est ainsi de toute chose énorme, de toute masse considérable que la vue ne peut embrasser, tant elle est vaste et lointaine : l’observateur la croit figée alors qu’elle se déplace.
An-Nâbiġah a dit en décrivant une armée :
« Sur un promontoire pareil à un mont gigantesque, tu crois qu’ils se tiennent immobiles pour un besoin, alors que les montures trottinent. »
Al-Qushayrî commente : il s’agit là du Jour de la Résurrection ; à cause de leur nombre, les montagnes sembleront figées, c’est-à-dire stationnaires à la vue, alors qu’en réalité elles avanceront comme les nuages. Le nuage épais paraît immobile alors qu’il se déplace ; ainsi passeront-elles, jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. C’est pourquoi Allâh, exalté soit-Il, a dit : « وَسُيِّرَتِ الْجِبَالُ فَكَانَتْ سَرَابًا » – « les montagnes seront mises en marche, et deviendront semblables à un mirage. »
On rapporte encore qu’Allâh – Très-Haut – a décrit les montagnes par diverses qualités qui, toutes, reviennent à débarrasser la terre de leur présence et à mettre au jour ce qu’elles cachaient : la première est l’écrasement, avant le tremblement ; puis elles deviendront comme de la laine cardée lorsque le ciel deviendra comme du métal en fusion. Allâh a réuni ces deux descriptions en disant : « يَوْمَ تَكُونُ السَّمَاءُ كَالْمُهْلِ وَتَكُونُ الْجِبَالُ كَالْعِهْنِ » – « le jour où le ciel sera comme du métal fondu et les montagnes comme de la laine colorée. »