« C’est, par Allah, une trompe immense ! Par Celui qui m’a envoyé avec la Vérité, l’ampleur de son orifice égale l’étendue des cieux et de la terre. Il y sera soufflé trois fois : le premier souffle sera celui de la frayeur, le deuxième celui du foudroiement, et le troisième celui de la résurrection et de la comparution devant le Seigneur des mondes. »
L’auteur rapporte ensuite le ḥadith. Il est cité par ʿAlī b. Maʿbad, aṭ-Ṭabarī, ath-Thaʿlabī et d’autres, et Ibn al-ʿArabī l’a déclaré authentique. Je l’ai moi-même reproduit dans mon ouvrage « at-Tadhkira », où nous l’avons commenté, en précisant que l’avis le mieux étayé au sujet du souffle dans la Trompe est qu’il s’agit de deux souffles et non de trois ; en effet, le « souffle de la frayeur » se rattache au « souffle du foudroiement », les deux phénomènes n’étant pas séparés dans le temps : ils furent saisis d’une telle terreur qu’ils en périrent, ou bien il se rattache au « souffle de la résurrection » – tel est le choix d’al-Qushayrī et d’autres.
Al-Qushayrī dit en commentant ce verset : « Il est question du second souffle : les gens seront rendus à la vie, épouvantés, et diront : “Qui nous a ressuscités de notre couche ?”, tandis qu’ils seront témoins de scènes qui les terrifieront. Ce souffle retentira tel le son d’un clairon afin que les créatures se rassemblent sur la terre du Jugement. » C’est également l’opinion de Qatāda. Al-Māwardī ajoute : « “Le jour où l’on soufflera dans la Trompe” désigne le jour où l’on sera ramené des tombeaux. »
Concernant cette frayeur, deux explications sont avancées : la première y voit la promptitude à répondre à l’appel, comme dans l’expression : « J’ai accouru vers toi (faziʿtu ilayka) pour t’assister. » La seconde – plus plausible – l’entend comme la frayeur proprement dite, mêlant peur et tristesse, car ils seront arrachés à leurs tombes et saisis d’effroi.
Je dis : la Sunna authentique, dans les ḥadiths d’Abû Hurayra et de ʿAbd Allâh b. ʿAmr rapportés par Muslim – que nous avons cités dans « at-Tadhkira » –, indique clairement qu’il n’y a que deux souffles et non trois ; c’est là, si Allah le veut, l’opinion correcte.
Allah – Exalté soit-Il – dit : « Et l’on soufflera dans la Trompe ; alors seront foudroyés ceux qui sont dans les cieux et ceux qui sont sur la terre, sauf ceux qu’Allah voudra. » L’exception formulée ici comme dans le verset relatif au « souffle de la frayeur » montre qu’il s’agit d’un seul et même souffle.
Ibn al-Mubârak rapporte d’al-Ḥasan que le Messager d’Allah – qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix – a dit : « Entre les deux souffles, il y aura quarante ans : par le premier, Allah fera mourir tout être vivant, et par le second, Il fera revivre tout défunt. »
Si l’on objecte que la parole d’Allah : « Le jour où la première convulsion fera trembler (les êtres) et sera suivie de la seconde convulsion… Il ne s’agira que d’un seul cri » semble indiquer trois souffles, nous répondons qu’il n’en est rien : l’« unique cri » désigne le second souffle, celui qui fera sortir les créatures de leurs tombeaux ; tel est l’avis d’Ibn ʿAbbâs et de Mujâhid.