de tout animal. – Al-Mawardî et ath-Thaʿlabî rapportent qu’elle aura : une tête de taureau, un œil de porc, une oreille d’éléphant, une corne de cerf, un cou d’autruche, une poitrine de lion, la couleur d’un tigre, des flancs de chat, une queue de bélier et des membres de chameau, la distance entre chacune de ses articulations étant de douze coudées – précise az-Zamakhsharî – selon la coudée d’Âdam (paix sur lui).
Elle sortira avec le bâton de Mûsâ et l’anneau de Sulaymân (paix sur eux). Avec le bâton de Mûsâ, elle imprimera sur le visage du musulman une marque blanche qui fera resplendir son visage ; et, avec l’anneau de Sulaymân, elle marquera le visage du mécréant d’un sceau noir qui assombrira son visage. C’est ce qu’a rapporté Ibn az-Zubayr (qu’Allah les agrée).
Dans le Kitâb an-Naqqâsh, Ibn ʿAbbâs (qu’Allah l’agrée) rapporte que la « bête » serait le grand serpent qui dominait le mur de la Kaʿba et que l’aigle arracha lorsque Quraych entreprit de rebâtir la Maison.
Al-Mawardî cite encore, d’après Muḥammad ibn Kaʿb, d’après ʿAlî ibn Abî Ṭâlib (qu’Allah l’agrée), qu’interrogé au sujet de la Bête il répondit : « Par Allah ! elle n’a pas de queue, mais elle porte une barbe. » Al-Mawardî dit : cette parole laisse entendre – sans l’exprimer clairement – qu’elle serait d’espèce humaine.
J’ai dit : c’est pour cette raison – et Allah sait mieux – que certains exégètes tardifs ont estimé qu’il est plus vraisemblable que cette Bête soit un homme parlant, débattant avec les gens de l’innovation et de la mécréance, les réfutant jusqu’à ce qu’ils soient réduits au silence, de sorte que « périsse celui qui devait périr sur preuve manifeste et vive celui qui devait vivre sur preuve manifeste ».
Notre maître l’imâm Abû al-ʿAbbâs Aḥmad ibn ʿUmar al-Qurṭubî déclare dans son Kitâb al-Mufhim : si, pour celui qui avance cette opinion, elle paraît la plus proche de la vérité, c’est à cause de la parole divine : « qui leur parlera ». Mais, selon cette hypothèse, il n’y aurait rien d’extraordinaire ni de surnaturel dans l’apparition de cette Bête, et elle ne ferait pas partie des dix Signes majeurs mentionnés dans le ḥadîth, car il existe déjà de nombreux polémistes et défenseurs de la foi contre les innovateurs ; il ne s’agirait donc pas d’un Signe particulier méritant d’être cité parmi les dix. En outre, il serait étrange de désigner un tel savant, éminent débatteur, que les gens se devraient d’appeler « homme », « savant » ou « imâm », par le terme de « Bête » : cela va à l’encontre de l’usage des orateurs éloquents et du respect dû aux savants, et n’est pas la manière d’agir des gens doués de raison. Il est donc préférable de s’en tenir à l’avis des exégètes ; Allah est le plus savant de la réalité des choses.
J’ajoute : l’ambiguïté au sujet de cette Bête est levée par le ḥadîth de Ḥudhayfa que nous avons cité ; qu’on s’y réfère donc. Quant à l’endroit d’où elle surgira, les avis divergent : ʿAbd Allâh ibn ʿUmar dit qu’elle sortira de la montagne aṣ-Ṣafâ, à La Mecque, qui se fendra à son issue. ʿAbd Allâh ibn ʿAmr rapporte quelque chose de semblable et dit : « Si je voulais, je pourrais poser mon pied à l’endroit même d’où elle sortira ».