[Sourate an-Naml (27), verset 35]
« Et certes, je vais leur envoyer un présent, puis je verrai ce que ramèneront les envoyés. »
Il y a dans ce verset six points de réflexion.
Premièrement – Parole du Très-Haut : « Et certes, je vais leur envoyer un présent. »
Ceci atteste de la lucidité et de la justesse de la stratégie de cette reine ; elle dit en substance : « Je vais éprouver cet homme par un cadeau, en lui offrant des biens précieux et en déployant sous ses yeux les richesses du royaume. S’il n’est qu’un souverain attaché à ce bas-monde, l’argent le satisfera et nous traiterons avec lui en conséquence ; mais s’il est un Prophète, la richesse ne l’apaisera pas et il nous imposera ses exigences religieuses ; il nous faudra alors croire en lui et le suivre dans sa foi. » Elle lui dépêcha donc un présent considérable, dont les narrations ont amplement détaillé la nature.
– Saʿîd ibn Jubayr rapporte d’après Ibn ʿAbbâs : « Elle lui envoya une brique d’or ; lorsque les envoyés virent que les murs étaient faits d’or, le présent qu’ils portaient leur parut dérisoire. »
– Mujâhid dit : « Elle lui envoya deux cents esclaves et deux cents servantes. »
– D’après une autre version d’Ibn ʿAbbâs : elle dépêcha douze pages masculins vêtus en garçons, et douze garçons efféminés vêtus en filles ; les servantes portaient des plateaux de musc et d’ambre, douze chamelles de lignée noble chargées de briques d’or, deux perles – l’une non percée, l’autre percée d’un trou sinueux –, un gobelet vide, ainsi qu’un bâton que se transmettaient les rois de Ḥimyar. Le présent fut confié à un groupe de ses sujets.
– D’aucuns ont dit : le messager était unique, mais accompagné de suivants et de serviteurs.
– D’autres avancent qu’elle missionna un notable de son peuple nommé al-Munḏir ibn ʿAmr, flanqué d’hommes avisés ; l’offrande comptait cent valets et cent servantes dont les vêtements avaient été intervertis.
Elle recommanda aux garçons : « Si Sulaymân vous interroge, répondez d’une voix empreinte de féminité, semblable à celle des femmes. » Aux servantes elle dit : « Parlez-lui d’une voix rude, à la manière des hommes. »
On rapporte que le huppe informa Sulaymân de toute cette ruse. D’autres disent qu’Allah Lui-même la lui révéla. Sulaymân – que la paix soit sur lui – ordonna alors que l’on pavât l’esplanade qui s’étendait depuis son siège jusqu’à neuf parasanges de dalles d’or et d’argent.
Il demanda ensuite : « Quelle créature avez-vous vue la plus belle, sur la terre ou dans la mer ? » Ils répondirent : « Ô Prophète d’Allah, nous avons aperçu dans telle mer des bêtes tachetées, aux couleurs variées, dotées d’ailes, de crinières et de mèches frontales. » Il ordonna qu’on les fît venir ; elles furent attachées à la droite et à la gauche de l’esplanade, sur les briques d’or et d’argent, et l’on déposa devant elles leur fourrage.
Puis il dit aux djinns : « Amenez-moi vos fils. » Il les fit tenir debout – le visage resplendissant de la plus belle jeunesse – à sa droite