[Sourate an-Naml (27) : versets 32 à 34]
Elle dit : « Ô dignitaires, éclairez-moi de vos avis au sujet de mon affaire ; jamais je ne tranche une décision avant que vous ne soyez présents. » (32)
Ils répondirent : « Nous sommes doués de force et de vaillance combattante, mais l’affaire dépend de toi ; vois donc ce que tu ordonnes. » (33)
Elle dit : « Les rois, lorsqu’ils entrent dans une cité, la corrompent et rendent ignobles les gens honorables qui l’habitent ; c’est ainsi qu’ils agissent. » (34)
Il y a, à propos de ces versets, trois questions.
Première question – Parole du Très-Haut : « Elle dit : Ô dignitaires… »
Le terme « malāʾ » désigne les notables du peuple, et ce qui le concerne a déjà été traité dans la sourate al-Baqarah.
Ibn ʿAbbās a dit : « Elle était entourée d’un millier de “qayl”. »
D’autres ont rapporté : « Ils étaient douze mille “qayl”, et chacun commandait à cent mille hommes. » Le « qayl » est un roi de rang inférieur au grand souverain.
Ainsi, elle manifesta de la courtoisie envers son peuple et les consulta dans son affaire, leur faisant savoir, par sa parole : « Jamais je ne tranche une décision avant que vous ne soyez présents », que tel était son procédé constant pour toute question qui survenait — a fortiori pour cette grave conjoncture.
Les notables lui répondirent d’une façon qui la satisfit, en lui déclarant leur force et leur puissance, puis ils remirent la décision à son discernement ; belle joute oratoire, de part et d’autre.
Qatādah a rapporté : « Il nous est parvenu qu’elle avait trois cent treize conseillers, chacun à la tête de dix mille hommes. »
Deuxième question – Ces versets constituent une preuve de la validité de la consultation. Allah — exalté soit-Il — a dit à Son Prophète ﷺ, dans la sourate Âl ʿImrân : « Consulte-les à propos de l’affaire », soit pour bénéficier de leurs avis, soit par ménagement pour les alliés. Allah — Très-Haut — a loué les vertueux en disant : « Leur affaire est affaire de consultation entre eux. » La concertation est une pratique ancienne, surtout dans la guerre.
Voici Bilqîs, une femme de l’époque pré-islamique qui adorait le soleil ; elle déclara : « Ô dignitaires, éclairez-moi… » afin d’éprouver la détermination de ses gens à affronter leur ennemi, leur résolution à consolider leurs affaires, et leur disposition à lui obéir. Elle savait, en effet, que si eux n’offraient pas leurs personnes, leurs biens et leur sang pour elle, elle n’aurait aucune capacité de résister à l’ennemi ; que si leur cohésion, leur fermeté et leur sérieux ne se réunissaient pas, cela aiderait leur adversaire contre eux ; et que, si elle ne mettait pas à l’épreuve ce qu’ils avaient à offrir et ne connaissait pas l’étendue de leur détermination, elle ne pourrait agir en pleine clairvoyance.