Selon cette interprétation, l’adjectif « ʿaẓîm / immense » se rattache à ce qui vient après. Il eût donc fallu, dans cette optique, lire : « ʿaẓîmun an wajadtuhâ », c’est-à-dire : « Le fait que je l’aie trouvée dans la mécréance est, pour moi, chose immense. »
Ibn al-Anbârî dit : « La pause correcte se fait sur : ﴾wa lahâ ʿarshun ʿaẓîm﴿ – “et elle possède un trône immense”. Il n’est pas permis de s’arrêter au mot “trône” puis de reprendre par : “ʿaẓîmun wajadtu-hâ”, sauf pour celui qui vocalise “ʿaẓîman”, car “ʿaẓîman” serait alors l’épithète de “trône”. Si l’on voulait le rattacher au verbe “j’ai trouvée”, il faudrait dire : “ʿaẓîmah wajadtu-hâ”, ce qui est impossible sous tous rapports. »
Il rapporte : « Abû Bakr Muḥammad b. al-Ḥusayn b. Shahriyâr nous a narré – Ḥusayn b. al-Aswad al-ʿIjlî, d’après certains gens de science – que l’on pouvait s’arrêter sur “trône” et reprendre par “immense”, au sens de : “Immense est leur adoration du soleil et de la lune.” » Il ajoute : « J’ai entendu des savants défendre ce point de vue, arguant que le trône de Bilqîs est trop insignifiant et trop dérisoire pour que Dieu le qualifie d’“immense”. »
Ibn al-Anbârî conclut : « Cependant, l’avis que je retiens est le premier, car rien n’autorise à sous-entendre ici l’adoration du soleil et de la lune. Il n’est nullement invraisemblable que la huppe ait décrit le trône comme “immense” si elle l’a vu d’une longueur et d’une largeur exceptionnelles ; le fait que “ʿaẓîm” suive la même déclinaison que “trône” prouve qu’il en est l’épithète. »
﴾Et le Diable embellit à leurs yeux leurs œuvres﴿ : c’est-à-dire l’état de mécréance dans lequel ils se trouvent.
﴾et il les détourna du sentier﴿ : du sentier de l’Unicité. Il montre ainsi que tout chemin qui n’est pas celui du tawḥîd n’est, en vérité, d’aucune utilité réelle.
﴾et ils ne sont donc pas bien-guidés﴿ vers Dieu et vers Son Unicité.
Treizièmement – Sa parole :
﴾qu’ils ne se prosternent pas devant Dieu﴿.
Abû ʿAmr, Nâfiʿ, ʿÂṣim et Ḥamza lisent avec assimilation (shadda) : « allâ yasjudû li-llâh ».
Ibn al-Anbârî dit : « Pour qui assimile “allâ”, la proposition ﴾fa-hum lâ yahtadûn﴿ – “et ils ne sont donc pas bien-guidés” – n’est pas autonome, car le sens devient : “Le Diable leur a embelli [leurs œuvres] afin qu’ils ne se prosternent pas.” »
Al-Naḥḥâs : « Le mot “an” est alors suivi de “lâ” et se trouve à la place d’un accusatif. »
Al-Akhfash : « [Le verbe sous-entendu est] “zayyana” : le Diable leur a embelli [leurs œuvres] pour qu’ils ne se prosternent pas devant Dieu. »
Al-Kisâʾî : « [Le verbe gouvernant est] “fa-ṣaddahum” : il les a détournés afin qu’ils ne se prosternent pas. » Dans les deux explications, la tournure est un complément circonstanciel de but (mafʿûl lahu).
Al-Yazîdî et ʿAlî b. Sulaymân : « “an” remplace “aʿmâlahum” et se trouve à la place d’un accusatif. »
Abû ʿAmr : « “an” est à la place d’un génitif, en substitution de “al-sabîl”. » D’autres disent : l’agent régissant est le verbe ﴾lâ yahtadûn﴿ : “ils ne sont pas guidés jusqu’à se prosterner devant Dieu”, c’est-à-dire qu’ils ne savent pas que cela leur est imposé. Dans cette dernière explication, le “lâ” est purement explétif, comme dans la parole divine : ﴾mâ manaʿaka allâ tasjud﴿ – « Qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner ? »
Et, selon cette lecture