Seconde remarque :
Al-Ḥasan a lu : « lâ yaḥṭimannakum » (qu’il ne vous brise point). De lui également est rapportée la lecture : « lâ yiḥṭimannakum », et, de lui encore ainsi que d’Abû Rajâ’ : « lâ yuḥṭimannakum ».
Le mot al-ḥaṭm signifie : « casser, briser ». On dit : ḥaṭamtuhu ḥaṭman, c’est-à-dire : je l’ai fracassé ; taḥaṭṭama : il fut brisé ; et at-taḥṭîm est le fait de réduire en éclats.
« Alors qu’ils ne s’en aperçoivent pas » peut être considéré comme un état (ḥâl) se rapportant à Sulaymân et à ses troupes, l’agent du ḥâl étant le verbe « [qu’il] vous brise ». Il se peut aussi que ce soit un ḥâl lié à la fourmi, l’agent étant « elle dit », autrement dit : elle prononça ces paroles tandis que les soldats étaient inattentifs, de même que l’on dit : « je me suis levé alors que les gens étaient distraits ». On peut enfin l’analyser comme un ḥâl relatif aux fourmis elles-mêmes, l’agent restant « elle dit », au sens où les fourmis ne soupçonnent pas que Sulaymân comprend leur propos ; mais cette explication est forcée et l’on y reviendra.
Troisième remarque :
Muslim rapporte, d’après Abû Hurayra, que le Messager d’Allâh — paix et bénédictions d’Allâh sur lui — a dit : « Une fourmi mordit l’un des prophètes. Celui-ci ordonna alors que l’on brûlât la colonie de fourmis ; elle fut donc incendiée. Allâh, le Très-Haut, lui révéla : “Parce qu’une fourmi t’a mordu, tu as exterminé une communauté d’êtres qui Me glorifient !” » ; et, dans une autre version : « Pourquoi n’as-tu pas plutôt (brûlé) une seule fourmi ? »
Nos savants disent : ce prophète serait Mûsâ — que la paix soit sur lui. Il avait dit : « Seigneur, Tu châties les habitants d’une cité pour leurs désobéissances alors qu’il s’y trouve des obéissants. » Il semblait désirer qu’Allâh lui en montrât l’exemple ; alors la chaleur s’abattit sur lui jusqu’à ce qu’il se réfugiât à l’ombre d’un arbre auprès duquel se trouvait le village des fourmis. Le sommeil le gagna, et tandis qu’il goûtait la douceur du repos, une fourmi le piqua et l’exaspéra ; il écrasa donc les fourmis de son pied, les fit périr et incendia l’arbre qui abritait leurs demeures.
Allâh lui fit voir dans cet événement un enseignement et un signe : « Puisqu’une seule fourmi t’a piqué, comment as-tu pu infliger le même châtiment aux autres ? » Il voulait ainsi l’avertir que le châtiment, lorsqu’il vient d’Allâh, englobe tous les êtres ; il devient miséricorde, purification et bénédiction pour l’obéissant, mais malheur et punition pour le désobéissant.
Il ne ressort donc de ce ḥadith aucune indication d’aversion ni d’interdiction concernant le fait de tuer les fourmis : quiconque te nuit, il t’est permis de le repousser. Nulle créature n’a une sacralité plus grande que celle du croyant, et pourtant il t’est permis de te défendre contre lui, y compris en le frappant ou en le tuant dans la juste mesure. À plus forte raison en va-t-il des insectes et des bêtes qui t’ont été assujettis ; s’ils te nuisent, il t’est licite de les tuer.
On a rapporté d’Ibrâhîm : « Toute fourmi qui te fait du tort, tue-la. »
La parole divine : « Pourquoi pas une seule fourmi ? » démontre que celui qui nuit mérite qu’on le punisse et qu’on le tue, et que, chaque fois que la mise à mort poursuit un intérêt ou repousse un dommage, il n’y a aucun mal selon les savants. Le texte emploie le singulier indéfini « fourmi », sans désigner expressément celle qui avait mordu, car il ne s’agissait pas de talion. S’il avait voulu le talion, Il aurait dit : « Pourquoi pas TA fourmi, celle qui t’a piqué ? » Mais Il a dit : « une fourmi » à la place de « la fourmi », englobant ainsi la coupable et l’innocente.