Al-Nahâs a dit :
« Poser une exception sur un élément supprimé est impossible, car il s’agirait d’exclure quelque chose qui n’a pas été mentionné. Si cela était admissible, on pourrait dire : “Je ne frappe pas le groupe, sauf Zayd”, sous-entendu : “Je ne frappe pas le groupe, mais je frappe d’autres que lui, à l’exception de Zayd” ; voilà qui va à l’encontre de la clarté de l’énoncé et revient à formuler des propos dénués de sens.
Al-Farrâʾ a également prétendu que certains grammairiens donnent à illâ le sens de la conjonction wa, c’est-à-dire : « et pas même celui qui a commis une injustice ». Il cite en appui le vers :
« Wa kullu akhin mufâriquhu akhûhu … laʿamra abîka illâ al-farqadâni ».
Al-Nahâs réplique : l’idée selon laquelle illâ pourrait signifier wa n’a aucun fondement et n’est recevable dans aucun énoncé, car le sens de illâ est à l’opposé de celui de wa. Lorsque tu dis : « Mes frères sont venus à moi, à l’exception de Zayd », tu retranches Zayd de la catégorie dans laquelle sont entrés les frères ; il n’y a donc entre les deux particules ni correspondance ni rapprochement possible.
Une autre opinion au sujet du verset voit dans l’exception un istithnâʾ continu ; le sens devient alors : « sauf celui d’entre les Messagers qui a commis une injustice », c’est-à-dire la commission de menues fautes dont nul n’est totalement exempt, hormis ce qui est rapporté de Yahyâ fils de Zakariyyâ – paix sur lui – et ce qu’Allâh a mentionné au sujet de notre Prophète – bénédictions et paix sur lui – dans Sa parole : « afin qu’Allâh te pardonne tes fautes passées et futures ». C’est l’opinion rapportée par al-Mahdawî et retenue par al-Nahâs, lequel dit : « Allâh savait qui, parmi eux, avait désobéi en dissimulant sa crainte, et Il l’a donc distingué en disant : “sauf celui qui a commis une injustice puis a substitué le bien au mal”, celui-là craint alors, même si Je lui ai pardonné. »
Ad-Daḥḥâk : il s’agit d’Âdam et de Dâwûd, paix sur eux.
Az-Zamakhsharî : il en est ainsi de ce qui advint d’Âdam, Yûnus, Dâwûd, Sulaymân, des frères de Yûsuf, et de Mûsâ – paix sur lui – lorsqu’il asséna le coup au Copte.
Si quelqu’un demandait : « Quel est donc le sens de la crainte après le repentir et le pardon ? », on lui répondrait : tel est l’état des savants connaissant Allâh – exalté soit-Il – ; ils demeurent craintifs de leurs manquements, anxieux, et ne se sentent pas à l’abri qu’il subsiste, parmi les conditions du repentir, quelque chose qu’ils n’auraient pas accompli ; ils redoutent donc d’en être tenus pour responsables.
Al-Ḥasan et Ibn Jurayj : Allâh dit à Mûsâ : « Je t’ai fait craindre à cause du meurtre que tu as commis. »
Al-Ḥasan ajoute : les prophètes pouvaient commettre une faute et en être châtiés.
Ath-Thaʿlabî, al-Qushayrî, al-Mâwardî et d’autres : l’exception, dans ce cas, est correcte ; elle signifie : « sauf celui des prophètes et des envoyés qui a fait du tort à lui-même » par une peccadille commise avant la prophétie. Mûsâ craignit ainsi d’avoir tué le Copte et s’en repentit.
Il a également été avancé qu’après avoir reçu la prophétie ils sont préservés aussi bien des péchés majeurs que des péchés mineurs ; cette question a déjà été traitée dans la sourate al-Baqarah.