Cinquièmement – Sa parole, exalté soit-Il : « Et les poètes, les égarés les suivent ».
À ma connaissance, les récitants (al-qurrâ’) ne divergent pas quant au fait de placer « al-shuʿarâ’ » au nominatif. Il est malgré tout permis de le lire à l’accusatif en sous-entendant un verbe que précise l’expression « yattabiʿuhum » ; c’est la lecture qu’adopta ʿĪsâ b. ʿUmar.
Abû ʿUbayd dit : « Son penchant allait habituellement vers la lecture à l’accusatif » ; il récitait ainsi : « wa-l-sâriqu wa-l-sâriqata », « ḥammâlata l-ḥaṭab » et « sûrat(an) anzalnâ-hâ ».
Nâfiʿ, Shaybah, al-Ḥasan et al-Sulamî ont lu « yatbaʿuhum » (sans gémination), tandis que le reste des lecteurs ont maintenu la forme classique « yattabiʿuhum ».
Al-Ḍaḥḥâk rapporte qu’à l’époque du Messager d’Allâh – صلى الله عليه وسلم – deux hommes, l’un Anṣârî et l’autre Muhâjirî, se lancèrent des satires ; chacun d’eux était entouré des écervelés de son clan, les « ghawât », et c’est alors que le verset fut révélé. Ibn ʿAbbâs transmit le même propos et précisa qu’il s’agissait des rapporteurs de poésie. D’après une autre chaîne, relayée par ʿAlî b. Abî Ṭalḥah, il s’agit des mécréants suivis par les égarés parmi les djinns et les hommes – nous l’avons déjà mentionné.
Ghudaïf – qu’Allâh l’agrée – rapporte du Prophète صلى الله عليه وسلم : « Quiconque fait paraître la satire dans l’Islam, tranchez-lui la langue. »
Ibn ʿAbbâs relate encore que, lors de la conquête de La Mecque, Iblîs poussa un hurlement, rassembla sa progéniture et leur dit : « Désespérez de ramener la communauté de Muḥammad à l’association après ce jour, mais répandez parmi eux – c’est-à-dire à La Mecque et à Médine – la poésie. »
Sixièmement – Sa parole, exalté soit-Il : « Ne vois-tu pas qu’ils errent dans chaque vallée ? »
C’est-à-dire : ils plongent dans toute futilité et ne suivent pas les voies de la vérité ; car quiconque suit la vérité et sait que ses propos sont consignés réfléchit avant de parler et ne divague pas au hasard, indifférent à ce qu’il dit. Le verset fut révélé au sujet de ʿAbd Allâh b. al-Zibaʿrâ, Musâfiʿ b. ʿAbd Manâf et Umayya b. Abî al-Ṣalt.
« Et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas » : la plupart d’entre eux mentent ; ils se donnent des allures de générosité et de bienfaisance par leurs paroles, sans les mettre en pratique.
On a également dit que le passage fut révélé au sujet d’Abû ʿAzza al-Jumaḥî qui avait déclaré :
« Annoncez de ma part au Prophète Muḥammad
Que tu es la vérité, et que le Souverain est digne de louange ;
Mais lorsque je me remémore Badr et ses gens,
Os et peaux en moi gémissent de douleur. »
Le texte coranique épargne ensuite la poésie des croyants – Ḥassân b. Thâbit, ʿAbd Allâh b. Rawâḥa, Kaʿb b. Mâlik, Kaʿb b. Zuhayr et tous ceux qui suivent leur voie de parole véridique – lorsqu’Il dit :
« Excepté ceux qui ont cru, accompli de bonnes œuvres, invoqué Allâh abondamment » – c’est-à-dire dans leurs poèmes –
« et qui se sont défendus après avoir été lésés ». Or la véritable défense ne peut se faire que selon la vérité.