Il dit alors : « La peine légale (ḥadd) est désormais obligatoirement encourue pour toi. »
— Il répondit : « Ô Commandeur des croyants, Allah a écarté de moi la peine par Sa parole : ﴾…et ils disent ce qu’ils ne font pas﴿. »
On rapporte que Nuʿmân b. ʿAdī b. Naḍla, gouverneur sous ʿUmar b. al-Khaṭṭāb – qu’Allah l’agrée –, composa ces vers :
Qui fera savoir à la Belle que son époux,
à Maysān, s’enivre dans des coupes de verre et de grès ?
Quand je le veux, les campagnards du village me chantent,
et une danseuse, juchée sur la pointe des pieds, marque chaque mesure.
Si tu es mon compagnon de beuverie, fais-moi boire dans la grande coupe,
mais ne me tends pas la petite, ébréchée.
Peut-être le Commandeur des croyants s’offensera-t-il
de nous voir trinquer dans le palais en ruine !
La chose parvint à ʿUmar, qui le fit aussitôt venir et déclara : « Oui, par Allah, cela me déplaît. »
— « Ô Commandeur des croyants, je n’ai rien fait de ce que j’ai dit ; ce n’était qu’un surplus de paroles. Or Allah – Très-haut – a bien dit : ﴾Les poètes sont suivis par les égarés. Ne vois-tu pas qu’ils divaguent en toute vallée ? Et qu’ils disent ce qu’ils ne font pas ?﴿ »
ʿUmar conclut : « Ton excuse t’a certes épargné la peine, mais jamais plus tu n’occuperas chez moi la moindre fonction, après avoir prononcé de tels propos. »
Al-Zubayr b. Bakkār rapporte que Muṣʿab b. ʿUthmān raconta : lorsque ʿUmar b. ʿAbd al-ʿAzīz devint calife, son principal souci fut ʿUmar b. Abī Rabīʿa et al-Aḥwaṣ. Il écrivit à son gouverneur de Médine : « J’ai reconnu chez ʿUmar et al-Aḥwaṣ le mal et la perversité ; dès que cette lettre te parviendra, serre-leur la bride et amène-les-moi. » À réception de l’ordre, on les conduisit devant le calife.
Se tournant vers ʿUmar b. Abī Rabīʿa, il dit : « Récite ! » Celui-ci déclama :
Je n’ai jamais vu, comme les voiles parfumés, de spectacle pour un regard,
ni vu les minces pèlerines échapper à qui est épris.
Combien d’yeux se rassasient d’autre chose qu’eux-mêmes,
quand ils se dirigent vers la Jamra blanche, telles des poupées !
Le calife s’exclama : « Par Allah, si tu t’étais préoccupé de ton pèlerinage, tu n’aurais rien regardé d’autre que toi-même. Si l’on ne peut t’échapper en ces jours-ci, quand donc le pourra-t-on ? » Puis il ordonna son bannissement.
ʿUmar b. Abī Rabīʿa dit : « Ô Commandeur des croyants, ne vaudrait-il pas mieux… »
— « Quoi donc ? »
— « Je m’engage devant Allah à ne plus jamais revenir à une telle poésie, à ne plus jamais mentionner les femmes dans aucun vers, et je renouvelle mon repentir. »
— « Tiens-tu réellement parole ? »
— « Oui. » Il prêta donc serment de repentir et fut relâché.
Le calife fit ensuite venir al-Aḥwaṣ et lui dit : « Récite ! » Celui-ci déclama :
Allah est entre moi et son gardien :
il la fait fuir loin de moi, et je la poursuis.