J’ai entendu le Messager d’Allah – qu’Allah prie sur lui et le salue – dire du haut de la chaire :
« La parole la plus véridique – ou la plus poétique – qu’aient jamais prononcée les Arabes est celle de Labîd :
“En vérité, toute chose, hormis Allah, est vaine.” »
Ce hadith est rapporté par Muslim, lequel ajoute : « Umayya b. Abîʾṣ–Ṣalt fut tout près d’embrasser l’Islam. »
On rapporte d’Ibn Sîrîn qu’il déclama des vers. L’un de ses compagnons lui dit : « Quelqu’un tel que toi se met à réciter de la poésie, Abû Bakr ! » Il répondit : « Malheur à toi, ô sot ! Qu’est-ce que la poésie sinon une parole qui ne diffère du reste du discours que par ses rimes ? Ce qui en est beau est beau, et ce qui en est laid est laid ! » Il ajouta : « Les Anciens se remémoraient la poésie entre eux. »
Il dit encore : « J’ai entendu Ibn ʿUmar réciter :
“Il chérit le vin aux frais des compagnons de beuverie …
et il déteste que l’aube l’en sépare.” »
ʿUbayd Allah b. ʿAbd Allah b. ʿUtbah b. Masʿûd – l’un des dix jurisconsultes de Médine, puis des sept grands shaykhs – était lui-même un poète accompli et éminent. Le cadi az-Zubayr b. Bakkâr a consacré un ouvrage à ses poèmes. ʿUbayd Allah avait une épouse d’une grande beauté nommée ʿAthmah ; l’ayant réprimandée pour quelque affaire, il la répudia et composa à son sujet de nombreux vers, dont ceux-ci :
« L’amour de ʿAthmah a pénétré mon cœur ;
l’apparent et le caché cheminent de concert.
Il s’est insinué là où n’atteignent ni breuvage, ni chagrin, ni joie.
Lorsque je me remémore le pacte conclu avec elle,
je manque de m’envoler, si tant est qu’un humain pût voler. »
Ibn Shihâb raconta : « Je lui dis : “Toi, tu récites de la poésie malgré ta piété et ton rang !” Il me répondit : “Le poitrinaire, quand il expectore, se trouve soulagé.” »
Deuxièmement : la poésie blâmable, dont l’écoute n’est pas permise et dont l’auteur est répréhensible, est celle qui véhicule le faux : au point de faire passer le plus lâche des hommes pour plus vaillant qu’ʿAntara, le plus ladre pour plus généreux que Ḥâtim, de calomnier l’innocent, de déclarer le pieux débauché, ou d’exagérer au sujet de faits qu’un homme n’a jamais accomplis, par désir de se divertir et d’embellir le propos.
Ainsi est-il rapporté d’al-Farazdaq que Sulaymân b. ʿAbd al-Malik entendit ces vers de lui :
« Elles passèrent la nuit à mon côté, ivres mortes, …
et moi je passai la nuit à rompre les sceaux des outres de vin. »
(Le terme “miṣraʿât” signifie : “en état d’ébriété”.)