Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

« As-tu donc vu, si Nous leur accordons des années de jouissance » : c’est-à-dire, dans ce bas-monde, et — selon le propos d’al-Dahhâk et d’autres — il s’agit des habitants de La Mecque.

« Puis il leur advient ce qui leur était promis », à savoir le châtiment et la perdition.

« Rien ne leur aura profité de ce dont ils jouissaient. »

La première particule « mâ » est interrogative à valeur d’affirmation ; elle occupe la place de l’objet direct du verbe « agh-nâ » (profiter). La seconde « mâ » est, elle, sujet (au nominatif). Il est également permis de considérer la seconde « mâ » comme particule de négation, sans fonction syntaxique propre.

D’autres ont dit : la première « mâ » est une particule de négation, tandis que la seconde, au nominatif, est le sujet du verbe « agh-nâ », le pronom objet étant sous-entendu. Le sens devient alors : « Le laps de temps dont ils ont joui ne leur a absolument rien servi. »

Az-Zuhrî rapporte qu’à l’aube, ‘Umar b. ‘Abd al-‘Azîz saisissait sa barbe, puis récitait ces versets :
« As-tu donc vu, si Nous leur accordons des années de jouissance… puis il leur advient ce qui leur était promis… rien ne leur aura profité de ce dont ils jouissaient »,
ensuite il pleurait et disait :

Ton jour, ô toi l’abusé, n’est que distraction et insouciance,
Ta nuit, sommeil, tandis que la mort te guette sans relâche.
Parmi les éveillés tu n’es ni vigilant ni résolu,
Et parmi les dormeurs tu n’es ni sauf ni indemne.
Tu te réjouis de ce qui s’évanouit et t’exaltes en des chimères,
Tel le dormeur que réjouissent des plaisirs illusoires.
Tu t’acharnes à rechercher ce que bientôt tu détesteras ;
Ainsi, dans ce monde, ne vivent que les bêtes.

Parole du Très-Haut :
« Nous n’avons détruit aucune cité… »

La particule « min » est ici surérogatoire : le sens est « Nous n’avons détruit aucune cité ».

« … sans qu’elle n’ait eu des avertisseurs » : c’est-à-dire des messagers.

« … en rappel (dhikrâ). »
Al-Kisâ’î considère « dhikrâ » comme un accusatif de circonstance. An-Naḥḥâs rétorque que cela ne se justifie pas ; l’opinion correcte, selon al-Farrâ’ et Abû Isḥâq, est qu’il s’agit d’un accusatif d’usage (maṣdar) : al-Farrâ’ le paraphrase par « afin qu’ils se rappellent un rappel », ce qui est pertinent, puisque « n’avoir pour eux que des avertisseurs » équivaut à « n’avoir pour eux que des rappelants ».

Le mot « dhikrâ » ne laisse pas apparaître nettement sa vocalisation, du fait de l’alif final prosthétique ; on peut cependant le trouver avec tanwîn : « dhikr-an ». Il est également admissible de le considérer au nominatif, en sous-entendant un sujet : « c’est un rappel ».

Abû Isḥâq explique : « Notre avertissement est un rappel ». Al-Farrâ’ dit : « c’est cela le rappel ; tel est le rappel. »

Ibn al-Anbârî rapporte que, pour certains exégètes, la sûrah des Poètes (ash-Shu‘arâ’) ne comporte aucun arrêt complet, sauf à « … sans qu’elle n’ait eu des avertisseurs ». Selon notre avis, il s’agit là d’un bel arrêt ; on reprend ensuite : « dhikrâ », au sens de « cela est un rappel : Nous les rappelons un rappel ». S’arrêter sur « dhikrâ » est encore meilleur.

« Et Nous n’étions pas injustes » en les châtiant, puisque Nous leur avions auparavant présenté la preuve décisive et fait parvenir l’excuse.

(أَفَرَأَيْتَ إِنْ مَتَّعْناهُمْ سِنِينَ) يَعْنِي فِي الدُّنْيَا وَالْمُرَادُ أَهْلُ مَكَّةَ فِي قَوْلِ الضَّحَّاكِ وَغَيْرِهِ. (ثُمَّ جاءَهُمْ مَا كانُوا يُوعَدُونَ) مِنَ الْعَذَابِ وَالْهَلَاكِ (مَا أَغْنى عَنْهُمْ مَا كانُوا يُمَتَّعُونَ) . " مَا" الْأُولَى اسْتِفْهَامٌ مَعْنَاهُ التَّقْرِيرُ، وَهُوَ فِي مَوْضِعِ نَصْبٍ بِ " أَغْنى " وَ " مَا" الثَّانِيَةُ فِي مَوْضِعِ رَفْعٍ، وَيَجُوزُ أَنْ تَكُونَ الثَّانِيَةُ نَفْيًا لَا مَوْضِعَ لَهَا. وَقِيلَ: " مَا" الْأُولَى حَرْفُ نَفْيٍ، وَ " مَا" الثَّانِيَةُ فِي مَوْضِعِ رَفْعٍ بِ " أَغْنى " وَالْهَاءُ الْعَائِدَةُ مَحْذُوفَةٌ. وَالتَّقْدِيرُ: مَا أَغْنَى عَنْهُمُ الزَّمَانُ الَّذِي كَانُوا يُمَتَّعُونَهُ. وَعَنِ الزُّهْرِيِّ: أَنَّ عُمَرَ بْنَ عَبْدِ الْعَزِيزِ كَانَ إِذَا أَصْبَحَ أَمْسَكَ بِلِحْيَتِهِ ثُمَّ قَرَأَ " أَفَرَأَيْتَ إِنْ مَتَّعْناهُمْ سِنِينَ. ثُمَّ جاءَهُمْ مَا كانُوا يُوعَدُونَ. مَا أَغْنى عَنْهُمْ مَا كانُوا يُمَتَّعُونَ" ثُمَّ يَبْكِي وَيَقُولُ: نَهَارُكَ يَا مَغْرُورُ سَهْوٌ وَغَفْلَةٌ ... وَلَيْلُكَ نَوْمٌ وَالرَّدَى لَكَ لَازِمُ فَلَا أَنْتَ فِي الْأَيْقَاظِ يَقْظَانُ حَازِمُ ... وَلَا أَنْتَ فِي النُّوَّامِ نَاجٍ فَسَالِمُ تُسَرُّ بِمَا يَفْنَى وَتَفْرَحُ بِالْمُنَى ... كَمَا سُرَّ بِاللَّذَّاتِ فِي النَّوْمِ حَالِمُ وَتَسْعَى إِلَى مَا سَوْفَ تَكْرَهُ غبه ... كذلك في الدنيا تعيش البهائم قوله تعالى: (وَما أَهْلَكْنا مِنْ قَرْيَةٍ) " مِنْ" صِلَةٌ، الْمَعْنَى: وَمَا أَهْلَكْنَا قَرْيَةً. (إِلَّا لَها مُنْذِرُونَ) أَيْ رُسُلٌ. (ذِكْرى) قَالَ الْكِسَائِيُّ: " ذِكْرى " فِي مَوْضِعِ نَصْبٍ عَلَى الْحَالِ. النَّحَّاسُ: وَهَذَا لَا يَحْصُلُ، وَالْقَوْلُ فِيهِ قَوْلُ الْفَرَّاءِ وَأَبِي إِسْحَاقَ أَنَّهَا فِي مَوْضِعِ نَصْبٍ عَلَى الْمَصْدَرِ، قَالَ الْفَرَّاءُ: أَيْ يَذْكُرُونَ ذِكْرَى، وَهَذَا قَوْلٌ صَحِيحٌ، لِأَنَّ مَعْنَى " إِلَّا لَها مُنْذِرُونَ" إِلَّا لَهَا مُذَكِّرُونَ. وَ " ذِكْرى " لَا يَتَبَيَّنُ فِيهِ الْإِعْرَابُ، لِأَنَّ فِيهَا أَلِفًا مَقْصُورَةً. وَيَجُوزُ " ذِكْرًى" بِالتَّنْوِينِ، وَيَجُوزُ أَنْ يَكُونَ " ذِكْرى " فِي مَوْضِعِ رَفْعٍ عَلَى إِضْمَارِ مُبْتَدَأٍ. قَالَ أَبُو إِسْحَاقَ: أَيْ إِنْذَارُنَا ذِكْرَى. وَقَالَ الْفَرَّاءُ: أَيْ ذَلِكَ ذِكْرَى، وَتِلْكَ ذِكْرَى. وَقَالَ ابْنُ الْأَنْبَارِيِّ قَالَ بَعْضُ الْمُفَسِّرِينَ: لَيْسَ فِي " الشُّعَرَاءِ" وَقْفٌ تَامٌّ إِلَّا قَوْلُهُ " إِلَّا لَها مُنْذِرُونَ" وَهَذَا عِنْدَنَا وَقْفٌ حَسَنٌ، ثُمَّ يَبْتَدِئُ " ذِكْرَى" عَلَى مَعْنَى هِيَ ذِكْرَى أَيْ يُذَكِّرُهُمْ ذِكْرَى، وَالْوَقْفُ عَلَى " ذِكْرى " أَجْوَدُ. (وَما كُنَّا ظالِمِينَ) فِي تَعْذِيبِهِمْ حَيْثُ قَدَّمْنَا الحجة عليهم وأعذرنا إليهم:

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