Les neuf hommes complotèrent contre Sâlih, car il avait été la cause pour laquelle ils avaient fait mettre à mort leurs enfants ; ils s’enflammèrent donc de rancune et jurèrent par Allâh : « Nous le surprendrons de nuit, lui et sa famille. »
Ils dirent : « Partons en voyage ; les gens verront ainsi notre départ. Nous resterons ensuite cachés dans une caverne ; puis, à la tombée de la nuit, lorsque Sâlih sortira pour se rendre à sa mosquée, nous viendrons à lui et le tuerons. Ensuite nous déclarerons : “Nous n’avons pas assisté à l’anéantissement de sa famille, et nous sommes véridiques”, et ils nous croiront, puisqu’ils sauront que nous étions effectivement partis en voyage. »
Or Sâlih ne passait pas la nuit avec eux dans le village ; il se retirait dans sa mosquée et, à l’aube, venait les exhorter. Lorsque les neuf entrèrent dans la caverne et voulurent en sortir, celle-ci s’effondra sur eux et les tua. Des gens qui avaient eu vent de leur complot en furent témoins et crièrent dans le village : « Ô serviteurs d’Allâh ! Sâlih ne s’était-il pas déjà contenté d’ordonner la mise à mort de leurs enfants, qu’il vient maintenant de les faire périr eux-mêmes ? » Les habitants du village convinrent alors unanimement de tuer la chamelle.
Ibn Isḥâq rapporte : « Les neuf ne se réunirent pour insulter Sâlih qu’après avoir mutilé la chamelle et après qu’il les eut menacés du châtiment, comme cela sera éclairci dans la sourate an-Naml, si Allâh – Très-Haut – le veut. »
Ils dirent : « Tu n’es qu’un homme parmi les ensorcelés (musahharîn). » Selon Mujâhid et Qatâdah, comme le mentionne al-Mahdawî, le terme vient de la sorcellerie ; c’est-à-dire : « Tu as été frappé de magie, ton esprit est aboli ; étant un être humain comme nous, pourquoi prétends-tu au message sans que nous y prétendions ? »
D’aucuns ont dit : l’expression désigne ceux qui dépendent de la nourriture et de la boisson. C’est l’explication d’Ibn ‘Abbâs, d’al-Kalbî, de Qatâdah et de Mujâhid, rapportée par ath-Tha‘labî. Dans ce cas, le mot se rattache à « saḥr » qui signifie le poumon ; autrement dit : « Tu es un mortel doté d’un poumon, qui mange et boit comme nous », ainsi que l’a dit Labîd :
« Si tu nous demandes ce que nous sommes, nous sommes
des oiseaux de cette création ensorcelée. »
Et Imru’ al-Qays a dit :
« Nous sommes ensorcelés par la nourriture et la boisson. »
« Apporte donc un signe, si tu es du nombre des véridiques », dirent-ils. Il répondit : « Voici une chamelle ; elle aura sa part d’abreuvement, et pour vous un jour connu pour boire. »
Ibn ‘Abbâs rapporte qu’ils dirent : « Si tu es véridique, invoque Allâh pour qu’Il fasse sortir pour nous, de cette montagne, une chamelle rousse, enceinte de dix mois, qui mette bas sous nos yeux ; qu’elle vienne à cette eau, en boive la totalité, puis qu’elle nous rapporte, le soir, l’équivalent en lait. » Sâlih invoqua donc Allâh.