Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Cela eût été admissible. Il en est de même pour la Parole : « Dis à ceux qui ont mécru : vous serez vaincus », qu’on peut réciter aussi bien avec le ت (tā’) qu’avec le ي (yā’). ʿUbayd ibn ʿUmayr et Abû Ḥâzim ont, quant à eux, récité « أَلَا تَتَّقُونَ » avec deux ت, c’est-à-dire : « Dis-leur : Ne craignez-vous donc pas (Allah) ? ».

(قالَ رَبِّ) : autrement dit, Mûsâ dit : « Seigneur, je crains qu’ils ne me traitent de menteur » – c’est-à-dire au sujet du Message et de la Prophétie. « Et que ma poitrine ne se resserre », à cause de l’accusation de mensonge qu’ils me porteront.

La récitation la plus répandue est : « وَيَضِيقُ صَدْرِي وَلا يَنْطَلِقُ لِسَانِي », au nominatif, en reprise après une pause. Yaʿqûb, ʿÎsâ ibn ʿUmar et Abû Ḥaywah l’ont cependant lue au subjonctif : « وَيَضِيقَ صَدْرِي وَلا يَنْطَلِقَ », en dépendance du verbe précédent « أَنْ يُكَذِّبُونِ ». Al-Kisâ’î estime que la bonne lecture est celle au nominatif pour « يَضِيقُ صَدْرِي وَلا يَنْطَلِقُ لِسَانِي », car elle se rattache à l’énoncé « إِنِّي أَخَافُ ». Al-Farrâ’ rapporte toutefois la récitation au subjonctif, transmise de l’Aʿraj, Ṭalḥah et ʿÎsâ ibn ʿUmar, et les deux lectures sont recevables.

An-Naḥḥâs juge néanmoins que la lecture au nominatif est préférable, car la forme au subjonctif la ferait dépendre de « يُكَذِّبُونِ », ce qui est éloigné du sens ; la preuve en est la Parole sublime : « Délie le nœud de ma langue afin qu’ils comprennent mes paroles », qui montre bien que ces deux propositions sont indépendantes. Le sens de « et ma langue ne se délie pas » est : dans la controverse, elle ne s’exprime pas comme je le souhaite ; il avait, comme on l’a vu dans la sourate « Ṭâ-Hâ », un nœud dans la langue.

(فَأَرْسِلْ إِلى هارُونَ) : envoie donc auprès de Hârûn Jibrîl avec la Révélation et fais de lui un Messager à mes côtés, afin qu’il me renforce, m’appuie et m’assiste. Il n’a pas précisé ici « pour qu’il m’aide », car le sens était implicite ; il l’a toutefois exprimé clairement dans « Ṭâ-Hâ » : « et accorde-moi un vizir », et dans « Al-Qaṣaṣ » : « Envoie-le avec moi comme appui, pour qu’il me confirme ». Il apparaît que Mûsâ fut autorisé à présenter cette demande ; il ne cherchait pas à se soustraire à la mission, mais à obtenir un soutien. On en déduit que quiconque ne se sent pas capable d’accomplir seul une tâche et craint de faillir peut s’adjoindre quelqu’un pour l’épauler, sans que cela ne lui vaille aucun blâme.

« Ils ont contre moi un méfait, j’ai donc peur qu’ils ne me tuent » – le méfait en question est le meurtre de l’Égyptien, nommé Fâthûr, comme cela sera détaillé dans la sourate « Al-Qaṣaṣ », et qui a déjà été évoqué dans « Ṭâ-Hâ ». Mûsâ redoutait qu’ils ne le tuent à cause de cela. Il en résulte que la crainte peut accompagner les Prophètes, les vertueux et les saints, bien qu’ils sachent qu’il n’est d’Auteur que Dieu, lequel peut donner pouvoir à qui Il veut sur qui Il veut.

(قالَ كَلَّا) : c’est-à-dire : « Non, jamais ! » – ils ne pourront pas te tuer. Il s’agit d’une réprobation et d’une dissuasion de nourrir pareille idée, ainsi qu’un ordre de placer sa confiance en Allah, Exalté ; autrement dit : confie-toi à Allah et délaisse ta crainte à leur égard, car ils n’ont aucun pouvoir pour te tuer.

لَجَازَ. وَمِثْلُهُ " قُلْ لِلَّذِينَ كَفَرُوا سَتُغْلَبُونَ" بِالتَّاءِ وَالْيَاءِ. وَقَدْ قَرَأَ عُبَيْدُ بْنُ عُمَيْرٍ وَأَبُو حَازِمٍ " أَلَا تَتَّقُونَ" بِتَاءَيْنِ أَيْ قُلْ لَهُمْ " أَلَا تَتَّقُونَ" . (قالَ رَبِّ) أَيْ قَالَ مُوسَى (رَبِّ إِنِّي أَخافُ أَنْ يُكَذِّبُونِ) أَيْ فِي الرِّسَالَةِ وَالنُّبُوَّةِ. (وَيَضِيقُ صَدْرِي) لِتَكْذِيبِهِمْ إِيَّايَ. وَقِرَاءَةُ الْعَامَّةِ " وَيَضِيقُ" وَلا يَنْطَلِقُ " بِالرَّفْعِ عَلَى الِاسْتِئْنَافِ. وَقَرَأَ يعقوب وعيسى بن عمر وأبو حَيْوَةَ: " وَيَضِيقَ- وَلَا يَنْطَلِقَ " بِالنَّصْبِ فِيهِمَا رَدًّا عَلَى قَوْلِهِ:" أَنْ يُكَذِّبُونِ " قَالَ الْكِسَائِيُّ: الْقِرَاءَةُ بِالرَّفْعِ، يَعْنِي فِي" يَضِيقُ صَدْرِي وَلا يَنْطَلِقُ لِسانِي " يعني نفسا عَلَى" إِنِّي أَخافُ ". قَالَ الْفَرَّاءُ: وَيُقْرَأُ بِالنَّصْبِ. حكي ذلك عن الأعرج وطلحة وعيسى ابن عُمَرَ وَكِلَاهُمَا لَهُ وَجْهٌ. قَالَ النَّحَّاسُ: الْوَجْهُ لرفع، لِأَنَّ النَّصْبَ عَطْفٌ عَلَى" يُكَذِّبُونِ " وَهَذَا بَعِيدٌ يَدُلُّ عَلَى ذَلِكَ قَوْلُهُ عَزَّ وَجَلَّ:" وَاحْلُلْ عُقْدَةً مِنْ لِسانِي يَفْقَهُوا قَوْلِي " فَهَذَا يَدُلُّ على أن هذه كذا. ومعنى" وَلا يَنْطَلِقُ لِسانِي " فِي الْمُحَاجَّةِ عَلَى مَا أُحِبُّ، وَكَانَ فِي لِسَانِهِ عُقْدَةٌ عَلَى مَا تَقَدَّمَ فِي" طه " «١» . (فَأَرْسِلْ إِلى هارُونَ) أَرْسِلْ إِلَيْهِ جِبْرِيلَ بِالْوَحْيِ، وَاجْعَلْهُ رَسُولًا مَعِي لِيُؤَازِرَنِي وَيُظَاهِرَنِي وَيُعَاوِنَنِي. وَلَمْ يَذْكُرْ هُنَا لِيُعِينَنِي، لِأَنَّ الْمَعْنَى كَانَ مَعْلُومًا، وَقَدْ صَرَّحَ بِهِ فِي سُورَةِ" طه ":" وَاجْعَلْ لِي وَزِيراً " وَفِي الْقَصَصِ:" فَأَرْسِلْهُ مَعِي رِدْءاً يُصَدِّقُنِي " وَكَأَنَّ مُوسَى أُذِنَ لَهُ فِي هَذَا السُّؤَالِ، وَلَمْ يَكُنْ ذَلِكَ اسْتِعْفَاءً مِنَ الرِّسَالَةِ بَلْ طَلَبَ مَنْ يُعِينُهُ. فَفِي هَذَا دَلِيلٌ عَلَى أَنَّ مَنْ لَا يَسْتَقِلُّ بِأَمْرٍ، وَيَخَافُ مِنْ نَفْسِهِ تَقْصِيرًا، أَنْ يَأْخُذَ مَنْ يَسْتَعِينُ بِهِ عَلَيْهِ، وَلَا يَلْحَقُهُ فِي ذَلِكَ لَوْمٌ. (وَلَهُمْ عَلَيَّ ذَنْبٌ فَأَخافُ أَنْ يَقْتُلُونِ) الذَّنْبُ هُنَا قَتْلُ الْقِبْطِيِّ وَاسْمُهُ فَاثُورُ عَلَى مَا يَأْتِي فِي" الْقَصَصِ " بَيَانُهُ، وَقَدْ مَضَى فِي" طه" ذِكْرُهُ. وَخَافَ مُوسَى أَنْ يَقْتُلُوهُ بِهِ، وَدَلَّ عَلَى أَنَّ الْخَوْفَ قَدْ يَصْحَبُ الْأَنْبِيَاءَ وَالْفُضَلَاءَ وَالْأَوْلِيَاءَ مَعَ مَعْرِفَتِهِمْ بِاللَّهِ وَأَنْ لَا فَاعِلَ إِلَّا هُوَ، إِذْ قَدْ يُسَلِّطُ مَنْ شَاءَ عَلَى مَنْ شَاءَ. (قالَ كَلَّا) أَيْ كَلَّا لَنْ يَقْتُلُوكَ. فَهُوَ رَدْعٌ وَزَجْرٌ عَنْ هَذَا الظَّنِّ، وَأَمْرٌ بِالثِّقَةِ بِاللَّهِ تَعَالَى، أَيْ ثِقْ بِاللَّهِ وَانْزَجِرْ عَنْ خَوْفِكَ منهم، فإنهم لا يقدرون على قتلك،
(١). راجع ج ١١ ص ١٩٢ طبعه أولى أو ثانية.

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