Al-Farrâʾ (qu’Allâh lui fasse miséricorde) a dit : dans le verset, le sujet du verbe est passé sous silence, et la réponse à la particule « law-lâ » (si ce n’était…) est elle aussi élidée, tout comme elle l’est dans Sa parole : « Et si un Coran par lequel les montagnes seraient mises en marche… » (ar-Raʿd : 31) ; le sens sous-entendu y est : « Il ne Se serait nullement soucié de vous. »
La preuve de cette interprétation réside dans la parole du Très-Haut : « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent » (adh-Dhâriyât : 56). L’adresse vise donc l’ensemble des hommes, comme s’Il disait aux Quraysh parmi eux : « Allâh ne Se préoccuperait point de vous, n’était votre adoration envers Lui, si tant est que vous L’adoriez ; c’est uniquement pour cela qu’Il accorde quelque importance aux hommes. » Cette idée est confortée par la lecture d’Ibn az-Zubayr et d’autres : « Mais les mécréants, eux, ont bel et bien traité (tout cela) de mensonge. » Le discours « Il (Allâh) Se préoccupe… » s’adresse à tous, puis Il dit aux Quraysh : « Quant à vous, vous avez démenti et ne L’avez pas adoré ; votre négation sera donc la cause d’un châtiment inéluctable. »
An-Naqqâsh et d’autres ont dit : le sens est : « Si ce n’était vos appels à l’aide vers Lui dans les moments de détresse », comme le montre Sa parole : « Et lorsqu’ils montent à bord d’un navire, ils invoquent Allâh, Lui vouant un culte exclusif… » (al-ʿAnkabût : 65) et des versets analogues.
Il a aussi été dit : « Il ne Se soucie pas de vous », c’est-à-dire de pardonner vos péchés, et cela ne constitue rien de grand pour Lui, « si ce n’était vos invocations associant à Lui des divinités et des partenaires ». L’explication en est Sa parole : « Pourquoi Allâh vous infligerait-Il un châtiment si vous êtes reconnaissants et croyez ? » (an-Nisâʾ : 147) — parole rapportée d’après ad-Dahhâk.
Al-Walîd b. Abî al-Walîd a dit : « Il m’est parvenu à propos de ce verset : “Je ne vous ai créés sans avoir besoin de vous que pour que vous Me demandiez, afin que Je vous pardonne et vous accorde (Mes bienfaits).” »
Wahb b. Munabbih a rapporté qu’il est écrit dans la Torah : « Ô fils d’Adam, par Ma Puissance ! Je ne t’ai pas créé pour tirer profit de toi ; Je t’ai créé pour que tu profites de Moi. Prends-Moi donc en échange de toute chose, car Je suis meilleur pour toi que toute chose. »
Ibn Jinnî a dit : Ibn az-Zubayr et Ibn ʿAbbâs lisaient : « فَقَدْ كَذَّبَ الْكَافِرُونَ » (les mécréants ont certes démenti).
Az-Zahrâwî et an-Naḥḥâs ont précisé que c’est également la lecture d’Ibn Masʿûd ; elle sert d’explication à cause des pronoms « tâ » et « mîm » dans « كَذَّبْتُمْ ».
Al-Qutaybî et al-Fârisî ont soutenu que « ad-duʿâʾ » est ici déterminé par son sujet, tandis que l’objet est supprimé : l’énoncé originel serait « law-lâ duʿâʾukum ʾâlihatan min dûnih » (si ce n’était votre invocation de divinités en dehors de Lui). La réponse à « law-lâ » est alors ellipsée, son estimation étant : « Il ne vous aurait pas châtiés. »
L’énoncé « si ce n’était votre invocation de divinités… » trouve son parallèle dans : « Certes ceux que vous invoquez en dehors d’Allâh ne sont que des serviteurs comme vous » (al-Aʿrâf : 194).
« فَقَدْ كَذَّبْتُمْ » : vous avez démenti ce à quoi vous étiez appelés — selon la première opinion — ou vous avez démenti l’Unicité d’Allâh — selon la seconde.
« فَسَوْفَ يَكُونُ لِزَامًا » : votre négation demeurera indissociable de vous. Le sens est : la rétribution du démenti (vous atteindra), conformément à Sa parole : « Et ils trouvèrent présent (devant eux) ce qu’ils avaient accompli » (al-Kahf : 49), c’est-à-dire la rétribution de leurs actes ; et Sa parole : « Goûtez donc au châtiment pour prix de votre mécréance » (al-Ḥadîd : 15), c’est-à-dire la rétribution de votre mécréance. L’omission du terme « takkdhîb » (démenti) se justifie par la mention préalable de son verbe, car, lorsqu’on évoque le verbe, celui-ci renvoie naturellement à son nom d’action, de même qu’Il dit : « Si les Gens du Livre avaient cru, cela eût été meilleur pour eux » (Âl ʿImrân : 110), c’est-à-dire : leur foi eût été meilleure ; et : « Si vous êtes reconnaissants, Il l’agrée pour vous » (az-Zumar : 7), c’est-à-dire : Il agrée votre gratitude. Les exemples en ce sens sont nombreux. Voilà l’avis de la majorité des exégètes.