Sourate al-Furqân (25), verset 59
« Celui qui a créé les cieux, la terre et ce qui se trouve entre eux en six jours, puis S’est établi sur le Trône – le Tout-Miséricordieux. Interroge donc, à Son sujet, un Savant parfaitement informé. »
Commentaire :
« Celui qui a créé les cieux, la terre et ce qui se trouve entre eux en six jours, puis S’est établi sur le Trône » – L’exégèse de cette formule a déjà été exposée dans la sourate al-A‘râf¹. Le pronom relatif « alladhî » est, ici, à la place du génitif, servant d’épithète à « al-Ḥayy » (le Vivant).
Il est dit « baynahumâ » (entre eux deux) et non « baynahunna » (entre elles), parce que le propos renvoie à deux espèces, deux catégories, deux entités seulement, à l’instar du vers du poète al-Quṭâmî :
« Ne t’attriste-t-il pas que les liens de Qays et de Taghlib se soient déjà distendus et rompus ? »
Il voulait dire « les liens de Taghlib » ; il a donc utilisé le duel, bien que « ḥibâl » (liens) soit un pluriel, parce qu’il avait en vue deux groupes, deux sortes.
« Le Tout-Miséricordieux. Interroge donc, à Son sujet, un Savant parfaitement informé. »
Az-Zajjâj dit : le sens est « interroge à Son sujet ». Plusieurs spécialistes de la langue ont rapporté que la préposition « bi » peut, chez les Arabes, prendre le sens de « ʿan » (au sujet de), ainsi dans la Parole du Très-Haut : « Un questionneur a interrogé (bi) un châtiment inéluctable » (70 : 1). De même, le poète a dit :
« Ne demanderais-tu pas aux chevaux, fille de Mâlik,
Si, ignorante, tu ne sais pas ce qu’il te faut savoir ? »
Et ʿAlqama b. ʿAbada :
« Si vous m’interrogez (bi) au sujet des femmes, sachez que je suis un connaisseur,
Un médecin expert dans les maux qui les atteignent. »
Autrement dit : au sujet des femmes et de ce que tu ignores.
ʿAlî b. Sulaymân a contesté cette interprétation ; selon les grammairiens, « bi » ne saurait signifier « ʿan », car cela troublerait le sens de nombreuses expressions arabes : « Si tu rencontrais untel, le lion te rencontrerait “bi-hi” », c’est-à-dire « par ta rencontre avec lui ». Le sens devient donc : « Interroge, par le fait même de t’adresser à Lui, un Savant ».
Ibn Jubayr, pour sa part, estime que « le Savant (al-Khabîr) » désigne Allah – qu’Il soit exalté – ; « khabîran » est alors l’objet direct du verbe « fas’al » (interroge).
Je dis : l’explication d’Az-Zajjâj peut être comprise de façon satisfaisante si l’on considère que « le Savant » n’est pas Allah, mais quelqu’un d’autre : « Interroge, à Son sujet, un connaisseur », c’est-à-dire quelqu’un qui connaît Ses attributs et Ses noms.
D’autres ont dit : le sens est « Demande pour Lui un connaisseur » ; « khabîran » est alors à l’accusatif en tant que complément du verbe.
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¹ Voir t. 7, p. 218 s. suiv.