Cette question est longuement développée dans les ouvrages de divergence juridique ; leur principal argument consiste à s’attacher au terme « eau », comme on l’a exposé plus haut dans le passage relatif à « Al-Mâʾidah » (note 1), – Allah est plus savant.
Douzièmement :
Lorsque le Très-Haut dit : « Nous avons fait descendre du ciel une eau purifiante » et : « afin qu’Il vous purifie par son moyen », certains se sont arrêtés au sujet de l’eau de mer, au motif qu’elle n’est pas descendue du ciel. Ils ont même rapporté d’Abd Allâh b. ʿUmar et d’Ibn ʿAmr à la fois qu’il n’est pas permis de faire les ablutions avec elle, affirmant qu’elle est feu et qu’elle constitue la couche supérieure de la Géhenne.
Cependant, le Prophète ﷺ en a explicité le jugement lorsqu’il répondit à celui qui l’interrogeait : « Son eau est purifiante et ses bêtes mortes sont licites. » Ce hadith a été rapporté par Mâlik.
Abû ʿIsâ (at-Tirmidhî) a déclaré : « C’est un hadith beau et authentique. » Tel est l’avis de la plupart des jurisconsultes parmi les Compagnons du Prophète ﷺ, parmi lesquels Abû Bakr, ʿUmar et Ibn ʿAbbâs : ils ne voyaient aucun inconvénient à utiliser l’eau de mer. Certains Compagnons, toutefois, la répugnaient pour les ablutions, notamment Ibn ʿUmar et ʿAbd Allâh b. ʿAmr, lequel disait : « Elle est feu. »
Abû ʿUmar rapporte qu’Abû ʿIsâ at-Tirmidhî, interrogé sur le hadith de Mâlik transmis par Safwân b. Sulaym, répondit : « À mes yeux, c’est un hadith authentique. » Abû ʿIsâ ajoute : « J’ai dit à al-Bukhârî : Hushaym y mentionne Ibn Abî Barzah. » Il répliqua : « Il s’est trompé ; il s’agit en réalité d’al-Mughîrah b. Abî Burdah. »
Abû ʿUmar commente : « Je ne sais que penser de l’opinion d’al-Bukhârî – qu’Allah lui fasse miséricorde. Si la chaîne avait été irréprochable, il l’aurait inséré dans son Ṣaḥîḥ, or il ne l’a pas fait, car il n’admet dans son ouvrage que ce dont la chaîne est parfaitement fiable. Les gens du hadith, d’ordinaire, ne se fondent pas sur une chaîne telle que celle-ci ; néanmoins, à mes yeux, le hadith est authentique, du fait que les savants l’ont accueilli favorablement et l’ont mis en pratique, et nul juriste ne le conteste dans son ensemble ; la divergence ne porte que sur certains de ses détails.
La grande majorité des savants et un groupe d’imams du verdict légal dans les métropoles ont, en effet, fait consensus pour affirmer que l’eau de mer est purifiante et que les ablutions avec elle sont licites. Quant au récit rapporté d’Abd Allâh b. ʿUmar b. al-Khaṭṭâb et d’Abd Allâh b. ʿAmr b. al-ʿÂṣ selon lequel ils répugnaient les ablutions à l’eau de mer, nul jurisconsulte des grandes villes ne les a suivis, ni ne s’y est arrêté, ni ne s’y est même intéressé, en raison du hadith précité. Cela atteste la notoriété de ce hadith auprès d’eux, l’usage qu’ils en font et l’acceptation qu’ils lui accordent ; pour eux, il prévaut sur une chaîne apparemment saine véhiculant un sens que les principes fondamentaux réfutent. Et c’est Allah qui accorde la réussite.