Dans la tradition rapportée, on observe que plusieurs savants spécialisés dans la transmission s’y sont penchés ; or, il n’existe ni texte authentique ni consensus permettant de fixer avec certitude la contenance exacte des « deux qullahs ». Si cette mesure constituait une limite obligatoire, les ulémas auraient dû s’employer à l’établir afin de déterminer le seuil fixé par le Prophète – paix et bénédiction d’Allāh sur lui –, car elle relèverait alors du fondement même de leur religion et de leurs obligations cultuelles. Or, ils ne l’ont pas négligée par insouciance ; ils ont en effet investigué des questions bien moindres et plus subtiles que celle-ci.
Je dis : la divergence que rapporte Ibn al-Mundhir au sujet des deux qullahs atteste l’absence de texte catégorique et de délimitation précise à leur propos.
Al-Dâraqutnî rapporte dans ses Sunan, par l’intermédiaire de Ḥammâd b. Zayd, d’après ‘Âṣim b. al-Mundhir, qu’« al-qilāl sont de grands jarres khawâbî ». Ce ‘Âṣim est l’un des narrateurs du ḥadith des deux qullahs. Des propos d’al-Dâraqutnî il ressort qu’il s’agit de jarres semblables à celles de Hajar, puisqu’il enchaîne avec le ḥadith de l’Isrâ’ rapporté par Anas b. Mâlik, où le Prophète – ﷺ – dit :
« Lorsque je fus élevé jusqu’au lotus de la Limite ultime, au septième ciel, ses fruits étaient semblables aux jarres de Hajar et ses feuilles comparables aux oreilles des éléphants. » Et il poursuivit le récit.
Ibn al-‘Arabî dit : nos savants se sont appuyés sur le ḥadith d’Abû Sa‘îd al-Khudrî concernant le puits de Buḍâ‘ah(1), transmis par al-Nasâ’î, al-Tirmidhî, Abû Dâwûd et d’autres. Celui-ci également est un ḥadith faible, sans assise solide ; on ne peut donc s’y fier.
J’ai débattu de cette question avec le grand Tûsî, et il a déclaré : « La position la plus épurée, dans cette affaire, est celle de Mâlik : l’eau demeure purifiante tant qu’aucune de ses trois caractéristiques n’est altérée. Il n’existe, à ce sujet, aucun ḥadith digne de confiance ; on ne se fonde que sur l’apparence du Coran, en l’occurrence la parole du Très-Haut : “Nous avons fait descendre du ciel une eau purifiante.” Il s’agit d’une eau qui conserve ses attributs ; si l’un d’eux change, elle cesse d’être désignée comme telle, ayant perdu sa propriété. »
C’est pourquoi, ne trouvant dans ce chapitre aucun récit fiable sur lequel s’appuyer, al-Bukhârî – l’Imâm du ḥadith et du fiqh – intitula un passage : « Chapitre : Lorsque la description de l’eau se modifie » et y introduisit le ḥadith authentique suivant :
« Nul n’est blessé dans le sentier d’Allāh – et Allāh sait mieux qui est blessé dans Son sentier – sans qu’il ne vienne, au Jour de la Résurrection, la blessure ruisselant de sang ; la couleur est celle du sang et le parfum, celui du musc. »
Le Prophète – ﷺ – informe ainsi que le sang reste bien du sang, quoique son odeur soit celle du musc ; le parfum ne lui retire donc pas sa nature sanguine.
De là, nos savants ont conclu : si l’eau est affectée par l’odeur d’une charogne placée sur sa berge ou à proximité, cela n’empêche pas d’y accomplir les ablutions. En revanche, si l’odeur résulte de son immersion dans l’eau, celle-ci devient impure du fait du mélange ; le premier cas n’étant qu’une simple proximité sur laquelle il n’y a pas lieu de s’appuyer.
(1) Puits de Buḍâ‘ah : un puits de Médine. Certains disent que Buḍâ‘ah était le nom d’une femme à qui l’on attribua le puits.