Il possède en effet les deux qualités — pureté intrinsèque et pouvoir purifiant — de sorte que, lorsqu’une substance se mêle à l’eau et la modifie, elle ne lui retire aucune de ces deux qualités si elle les partage toutes deux ; c’est le cas de la terre.
Le second type de substances ne partage avec l’eau qu’une seule des deux qualités, à savoir la pureté rituelle (ṭahāra). Lorsqu’il se mêle à l’eau et la modifie, il lui ôte la qualité qu’il ne possède pas, celle du pouvoir purifiant (taṭhīr) ; il en est ainsi de l’eau de rose et des autres liquides purs.
Le troisième type diffère de l’eau dans les deux qualités à la fois ; dès lors, s’il se mêle à l’eau et la transforme, il lui retire les deux qualités, car il les contredit toutes deux ; c’est le cas des impuretés (najasa).
Troisièmement : les juristes égyptiens parmi les malikites soutiennent qu’une faible quantité d’eau est altérée par une faible quantité d’impureté, tandis qu’une grande quantité n’est altérée que par ce qui change sa couleur, son goût ou son odeur lorsqu’il s’agit de choses interdites. Ils n’ont toutefois fixé aucune limite précise entre « petite » et « grande » quantité. Néanmoins, Ibn al-Qāsim rapporte de Mâlik qu’un junub qui se lave dans un bassin où s’abreuvent les bêtes de somme, sans avoir auparavant ôté la souillure qui est sur lui, corrompt cette eau. Tel est l’avis d’Ibn al-Qāsim, d’Ashhab, d’Ibn ʿAbd al-Ḥakam et de ceux des Égyptiens qui les suivent — à l’exception d’Ibn Wahb, lequel adopte au sujet de l’eau l’opinion des Médinois parmi les disciples de Mâlik.
Leur doctrine, que Abû Muṣʿab rapporte d’eux et de Mâlik, est que l’eau n’est pas corrompue par une impureté qui y tombe, qu’elle soit en petite ou en grande quantité, sauf si l’impureté y devient manifeste et en modifie le goût, l’odeur ou la couleur. Aḥmad b. al-Muʿaddil mentionne que telle est bien la position de Mâlik b. Anas sur l’eau. C’est aussi l’avis d’Ismâʿîl b. Isḥâq, de Muḥammad b. Bukayr, d’Abû l-Faraj al-Abharî et de la plupart des Bagdadis affiliés à l’école mâlikite ; c’est encore l’opinion d’al-Awzâʿî, d’al-Layth b. Saʿd, d’al-Ḥasan b. Ṣâliḥ et de Dâwûd b. ʿAlî. Elle constitue la doctrine des gens de Baṣra et c’est, du point de vue de l’analyse comme de la transmission, l’avis le plus solide.
Abû Ḥanîfa dit : lorsqu’une impureté tombe dans l’eau, elle la corrompt, qu’elle soit en grande ou en petite quantité, dès lors qu’on est certain que l’impureté s’est diffusée dans toute l’eau. Pour lui, on s’en assure ainsi : si, par exemple, une goutte d’urine tombe dans un étang, et que l’agitation d’une extrémité entraîne le mouvement de l’autre, toute l’eau est impure ; si, en revanche, le mouvement ne se transmet pas, l’eau ne devient pas impure. L’ouvrage al-Majmûʿa rapporte une opinion proche de celle d’Abû Ḥanîfa.
Aš-Šâfiʿî, quant à lui, s’est fondé sur le ḥadith des « deux qullatayn »; or ce ḥadith est contesté : divergence sur sa chaîne et sur son texte. Il a été rapporté par Abû Dâwûd, at-Tirmidhî et, en particulier, ad-Dâraquṭnî, qui l’a placé en tête de son ouvrage et en a rassemblé les diverses voies.
Ibn al-ʿArabî déclare : « Ad-Dâraquṭnî, malgré sa haute maîtrise, a tenté d’authentifier le ḥadith des deux qullatayn, mais il n’y est pas parvenu. »
Et Abû ʿUmar b. ʿAbd al-Barr ajoute : « La position qu’a adoptée aš-Šâfiʿî sur la base du ḥadith des deux qullatayn est faible du point de vue de l’analyse et n’est pas établie. »