Voici une entrée lumineuse : la forme morphologique « faʿûl » sert d’ordinaire à l’expression de l’intensité. Toutefois, cette intensité peut porter tantôt sur un verbe transitif, comme l’a dit le poète :
« Frappeur du tranchant de l’épée les jarrets de ses bêtes grasses »,
– et tantôt sur un verbe intransitif, ainsi qu’il est dit :
« Grand dormeur du matin qui ne se ceint pas par libéralité ».
La qualité purificatrice (ṭahûriyya) de l’eau à l’égard d’autrui procède, au plan sensible, de sa propreté, et, au plan révélé, de sa capacité à conférer la pureté rituelle, selon la parole du Prophète – paix et salut sur lui : « Allah n’agrée point la prière sans purification préalable. » La Umma, tant du point de vue de la langue que de la Loi, est unanime : l’épithète « ṭahûr » est propre à l’eau et ne s’étend à aucune autre substance liquide, fût-elle pure. Leur limitation de ce terme à l’eau constitue donc la preuve la plus manifeste que « ṭahûr » signifie « purificateur ».
La forme « faʿûl » peut, cela dit, avoir une autre valeur ; elle peut désigner l’instrument par lequel l’on accomplit l’action plutôt que l’action elle-même, comme dans « waqûd » (combustible) et « saḥûr » (nourriture du saḥar), où il s’agit respectivement du bois de feu et de l’aliment que l’on consomme avant l’aube. Décrire l’eau comme « ṭahûr » – avec l’ouverture sur le « ṭâ » – peut donc signifier qu’elle est l’instrument par lequel on se purifie. Lorsque, dans « waqûd, saḥûr, ṭahûr », la première consonne est vocalisée avec une ḍamma, la forme revient à l’idée d’action intensive ; vocalisée avec une fatḥa, elle renvoie à l’instrument. Il en résulte que le nom de forme « faʿûl » (avec la fatḥa) peut tantôt exprimer l’exagération, tantôt désigner l’instrument. C’est là ce qu’ont entrevu les ḥanafites, quoique leur argumentation n’ait pas pleinement développé la question.
Après cela, la détermination de l’un ou l’autre sens (hyperbole ou instrument) ne saurait se faire que par le texte probant, tel le verset : « Nous avons fait descendre du ciel une eau purifiante (mâʾan ṭahûran). » S’agissant de la parole prophétique : « La terre m’a été rendue comme lieu de prière et moyen de purification », elle peut, elle aussi, être comprise dans l’un ou l’autre sens ; elle ne constitue donc pas, en soi, une preuve définitive. Reste cependant le verset : « Afin qu’Il vous purifie par elle », qui est un texte explicite indiquant que l’action de l’eau se transmet aux autres (elle purifie).
Deuxième principe : les eaux qui descendent du ciel ou qui sont déposées dans la terre sont, quelles que soient leurs nuances de couleur, de goût ou d’odeur, à la fois pures en elles-mêmes et purifiantes, jusqu’à ce qu’un élément étranger s’y mélange. Or, ce qui se mêle à l’eau se répartit en trois catégories : la première est celle de ce qui lui est conforme