Le poète dit :
« Ô mes deux amis, est-il, après le repentir, un seul regard
par lequel je puisse soigner ce cœur que le libertinage accable,
vers ces jeunes femmes aux hanches pleines, gracieuses,
pareilles aux gazelles, dont la beauté des dents est un supplice ;
et leur salive est un liquide ṭahûr. »
Ainsi a-t-il qualifié cette salive de « ṭahûr », sans qu’elle soit pour autant purificatrice.
Les Arabes disent également : « Un homme nô’ûm » (très dormeur) ; il ne s’ensuit pas qu’il fasse dormir autrui, mais seulement qu’il agit ainsi pour lui-même.
Nos savants ont répondu à cette objection en disant : le fait de qualifier la boisson du Paradis de « ṭahûr » indique qu’elle opère la purification des souillures des péchés et des vices de l’âme, tels que la rancœur et l’envie. Lorsque les habitants du Paradis en boiront, Allah les purifiera du fardeau de leurs fautes et des impuretés des croyances blâmables ; ils se présenteront alors devant Lui avec un cœur sain et entreront au Paradis avec des dispositions de totale soumission. On leur dira à ce moment-là : « Paix sur vous ! Vous êtes devenus purs, entrez-y donc pour y demeurer éternellement. »
De même que, dans ce bas monde, l’effet de l’eau est de faire disparaître l’état d’impureté rituelle lorsqu’elle coule sur les membres, telle sera sa sagesse dans l’Au-delà.
Quant au vers du poète : « … leur salive est un ṭahûr », il n’a voulu par là qu’exagérer la description de cette salive en la déclarant purifiante en raison de sa douceur, de l’attachement des cœurs à son goût, du plaisir qu’elle procure aux âmes et de l’apaisement qu’éprouve l’amoureux en la savourant, au point qu’elle semble être l’eau même qui purifie.
En résumé, les statuts juridiques ne se fondent pas sur les licences poétiques ; les poètes, dans leur souci d’englobement, dépassent la limite de la vérité pour entrer dans le mensonge, se laissent emporter dans leurs paroles jusqu’à ce que cela les conduise à l’innovation et à la désobéissance, et, parfois même, les fasse tomber dans la mécréance sans qu’ils s’en rendent compte.
Ne vois-tu pas qu’un d’entre eux a dit :
« Si la plante de ses pieds n’avait jamais touché la surface de la terre,
je n’aurais jamais compris la raison d’être du tayammum. »
Voilà une mécréance manifeste ; nous cherchons refuge auprès d’Allah contre cela.
Le juge Abû Bakr Ibn al-ʿArabî a déclaré :
« Voilà le fin mot de la substantifique moelle des paroles des savants ; elle atteint son but dans son domaine. Néanmoins, lorsque j’ai réfléchi à l’affaire du point de vue de la langue arabe, j’y ai trouvé… »