La parole du Très-Haut :
« les ‘Âd, les Thamûd, les gens d’ar-Rass et de nombreuses générations entre tout cela. »
Tous ces groupes sont coordonnés à l’expression « le peuple de Noé » lorsque celle-ci est à l’accusatif par coordination, ou prise dans le sens de « évoque ». Il est également permis de considérer que l’ensemble est à l’accusatif pour être attaché au pronom sous-entendu dans « Nous les avons détruits », ou au pronom sous-entendu dans « Nous les avons rendus » ; c’est l’opinion de an-Naḥḥâs, car cette approche lui paraît la plus proche. On peut aussi les tenir pour l’accusatif en raison de l’omission d’un verbe implicite ; c’est-à-dire : « Évoque les ‘Âd qui traitèrent Hûd de menteur et qu’Allah anéantit par le vent stérile ; puis les Thamûd qui démentirent Ṣâliḥ et furent exterminés par la Secousse. »
Quant aux « gens d’ar-Rass », le mot « ar-Rass » désigne, dans la langue arabe, un puits dont la margelle n’a pas été maçonnée ; son pluriel est « risâs ». À ce sujet il a été dit :
« Des hommes de petite taille creusent les risâs », c’est-à-dire des puits de mines.
Ibn ʿAbbâs rapporte : « J’ai interrogé Kaʿb au sujet des gens d’ar-Rass ; il répondit : Il s’agit de l’homme mentionné dans la sourate Yâ-Sîn — celui qui dit : « Ô mon peuple, suivez les envoyés » —. Son peuple le tua et le jeta dans un puits appelé ar-Rass. » Même avis chez Muqâtil.
As-Suddî dit : « Ils sont les protagonistes de l’histoire de la sourate Yâ-Sîn, habitants d’Antioche ; ar-Rass est un puits à Antioche dans lequel ils tuèrent Ḥabîb le charpentier, le croyant de la famille de Yâ-Sîn ; d’où leur appellation. »
ʿAlî — qu’Allah l’agrée — déclare : « C’était un peuple adorant un cyprès. Quand leur prophète — issu de la descendance de Yehûdâ — invoqua contre eux, l’arbre se dessécha ; ils le tuèrent alors, le jetèrent dans un puits, puis un nuage noir les recouvrit et les brûla. »
Ibn ʿAbbâs dit encore : « C’était un peuple d’Azerbaïdjan ; ils tuèrent leurs prophètes ; leurs arbres et leurs cultures se desséchèrent et ils périrent de faim et de soif. »
Wahb ibn Munabbih précise : « Ils vivaient autour d’un puits sur lequel ils s’asseyaient, possédant des troupeaux ; ils adoraient les idoles. Allah leur envoya Chuʿayb ; ils le traitèrent de menteur et le maltraitèrent, persistant dans leur mécréance et leur tyrannie. Alors qu’ils se trouvaient autour du puits dans leurs demeures, il s’effondra avec eux ; Allah les fit engloutir et ils périrent tous. »
Qatâdah affirme : « Les gens d’ar-Rass et les gens d’al-Aykah forment deux communautés auxquelles Allah envoya Chuʿayb ; ils le démentirent et Allah les châtia toutes deux d’un double supplice. » Il ajoute : « Ar-Rass est un village situé à Falj, dans la région du Yamâmah. »
ʿIkrimah dit : « Ils sont un peuple qui enfouirent leur prophète vivant dans un puits. »
La preuve en est le hadith rapporté par Muḥammad ibn Kaʿb al-Quraẓî, d’après un narrateur, selon lequel le Prophète — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit :
« Le premier des hommes à entrer au Paradis, le Jour de la Résurrection, sera un esclave noir. En effet, Allah — Exalté soit-Il — envoya un prophète à son peuple ; nul ne crut en lui hormis cet esclave noir. Les habitants du village creusèrent alors un puits, y jetèrent leur prophète vivant et le recouvrirent d’un énorme rocher. »