Cinquièmement – L’assimilation que fait le Prophète – que la prière et la paix d’Allah soient sur lui – du marché à un champ de bataille est des plus pertinentes. En effet, la « ma‘rakah » est le lieu du combat : on l’a ainsi appelée en raison de l’affrontement des héros qui s’y entre-choquent et se terrassent mutuellement. Il a donc comparé le marché, l’action de Satan qui s’y déploie et le butin qu’il y récolte – suscitant chez les gens ruse, tromperie, facilité dans les ventes illicites, mensonge, faux serments, vacarme des voix, et autres méfaits – au champ de bataille et à ceux qui y sont renversés.
Sixièmement – Ibn al-‘Arabî a dit : « Quant à la consommation de nourriture, elle est une nécessité pour les créatures ; il n’y a là ni honte ni blâme. Quant aux marchés, j’ai entendu les maîtres parmi les gens de science dire : que l’on ne fréquente que le marché des livres et celui des armes. Pour ma part, j’estime qu’on peut entrer dans tout marché lorsque le besoin s’y fait sentir, mais sans y manger, car cela porte atteinte à la dignité (murû’a) et ruine la réserve (ḥishma). » Figure d’ailleurs parmi les hadiths fabriqués : « Manger au marché est une bassesse. »
J’ajoute : ce qu’ont mentionné les maîtres parmi les gens de science est, à mes yeux, fort louable, car ces deux marchés sont exempts du regard porté sur les femmes et du mélange avec elles, puisqu’elles n’y ont pas affaire. Les autres marchés, en revanche, en sont remplis, et le manque de pudeur y domine à tel point que l’on voit la femme, dans les qaysariyyât et ailleurs, assise, parée de ses atours. Voilà un des maux répandus en notre époque ; nous cherchons refuge auprès d’Allah contre Sa colère.
Septièmement – Abû Dâwûd al-Ṭayâlisî rapporte dans son Musnad : Ḥammâd ibn Zayd nous a rapporté, d’après ‘Amr ibn Dînâr, l’intendant (qahramân) de la famille az-Zubayr, d’après Sâlim, d’après son père, d’après ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb – qu’Allah l’agrée – qui a dit :
« Quiconque entre dans l’un de ces marchés et dit : “Il n’y a d’autre divinité digne d’adoration qu’Allah, Unique, sans associé ; à Lui la royauté et à Lui la louange ; Il fait vivre et fait mourir ; Il est Vivant et ne meurt pas ; le bien est dans Sa Main et Il est Puissant sur toute chose”, Allah inscrit pour lui un million de bonnes actions, efface de lui un million de péchés et lui construit un palais au Paradis. »
At-Tirmidhî l’a également rapporté et a ajouté, après « …et efface de lui un million de péchés » : « …et Il élève pour lui un million de degrés et lui bâtit une demeure au Paradis. » Il déclara : « Ce hadith est étrange (gharîb). »
Ibn al-‘Arabî a commenté : « Cela, à condition qu’il ne vise dans cet endroit personne d’autre qu’Allah, afin de le peupler d’obéissance – puisqu’il fut peuplé de désobéissance –, de l’orner de rappel (dhikr) – puisqu’il fut délaissé par l’insouciance –, et d’enseigner aux ignorants et de rappeler aux oublieux. »