Lorsqu’ils se trouvaient dans l’étroitesse des moyens, le Prophète – que la prière et le salut d’Allâh soient sur lui – lorsqu’une aumône lui parvenait, la leur réservait exclusivement ; et lorsqu’un présent lui était offert, il en mangeait avec eux. Malgré cela, ils allaient ramasser du bois et apporter l’eau aux demeures du Messager d’Allâh – ﷺ. C’est ainsi qu’al-Bukhârî, entre autres, les a décrits.
Puis, lorsque Dieu leur ouvrit les contrées et leur aplanit les voies, ils exercèrent l’autorité et reçurent l’ordre de recourir aux causes (matérielles). Or une telle parole laisserait entendre que le Prophète ﷺ et ses Compagnons étaient faibles, alors qu’ils furent soutenus par les Anges et affermis grâce à eux ; s’ils avaient été forts par eux-mêmes, ils n’auraient pas eu besoin de l’assistance angélique – celle-ci n’étant qu’un des moyens de la victoire. Nous cherchons refuge auprès d’Allâh contre une parole ou une assertion qui mène à pareille conclusion ; bien au contraire, affirmer l’existence des causes et des intermédiaires est la Sunna d’Allâh et la Sunna de Son Messager. Voilà la Vérité manifeste et la voie droite sur laquelle s’accorde le consensus des musulmans ; autrement, la Parole véridique :
« Préparez pour eux, autant que vous le pouvez, force et cavalerie équipée »
ne concernerait que les faibles – et toutes les autres injonctions seraient du même ordre.
Ainsi, dans la Révélation, lorsqu’Il s’adressa à Moïse, l’Interlocuteur d’Allâh : « Frappe la mer de ton bâton », alors qu’Il était capable de fendre la mer sans qu’un bâton n’y frappe. De même pour Maryam – paix sur elle – : « Secoue vers toi le tronc du palmier », alors qu’Il était capable de faire tomber les dattes sans secousse ni fatigue. Malgré tout cela, nous ne nions pas qu’il puisse exister un homme envers qui l’on fasse preuve de bienveillance et que l’on assiste, ou dont l’invocation soit exaucée, ou qui soit honoré par une karâma, pour sa personne ou en faveur d’autrui ; les principes généraux et les règles établies n’en sont pas pour autant ébranlés.
Loin, bien loin de là ! Qu’on ne dise donc pas : Allâh – Très-Haut – a pourtant dit :
« C’est dans le ciel que se trouve votre subsistance ainsi que ce qui vous est promis ».
Nous répondons : Allâh, le Sublime, a dit vrai, et Son noble Messager également. Ici, la « subsistance » désigne la pluie, par consensus des exégètes, à la lumière de Sa parole : « Et Il fait descendre pour vous du ciel une subsistance », et encore : « Nous avons fait descendre du ciel une eau bénie, par laquelle Nous faisons pousser jardins et céréales à moissonner ». Jamais on n’a vu descendre du ciel, sur les créatures, des plateaux de pain ni des plats de viande ; ce sont bien les causes qui constituent le fondement de l’existence de tout cela.
C’est le sens de la parole du Prophète ﷺ : « Recherchez votre subsistance dans les profondeurs de la terre », c’est-à-dire par le labour, le creusement et la plantation. Il arrive qu’une chose soit nommée d’après ce à quoi elle aboutit ; ainsi la pluie est appelée « subsistance » car c’est d’elle que découle la subsistance, ce qui est courant dans la langue des Arabes.
Le Prophète ﷺ a dit encore : « Il vaut mieux pour l’un d’entre vous de prendre sa corde, d’aller ramasser du bois sur son dos, que de mendier auprès de quelqu’un qui lui donnera ou lui refusera ». Il s’agit là de ce que l’on recueille sans grand effort, herbe ou bois mort. Et même si l’on imaginait un homme isolé dans les montagnes, coupé des gens, il ne pourrait se dispenser de sortir vers ce que produisent les buttes et les versants afin de prendre de quoi subsister.