Le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — fut peiné à cause de ce qu’ils venaient de dire. Un verset lui fut alors révélé à titre de consolation. Jibrîl — sur lui la paix — lui dit : « Que la paix soit sur toi, ô Messager d’Allah ! Ton Seigneur te salue et te dit : ﴾Nous n’avons envoyé avant toi aucun envoyé sans qu’il ne mangeât de la nourriture et ne marchât dans les marchés﴿, c’est-à-dire qu’ils recherchaient, eux aussi, leur subsistance dans ce bas-monde.
Deuxième point – À propos de la Parole du Très-Haut : ﴾… excepté qu’ils mangent certes de la nourriture…﴿. Les grammairiens expliquent que, lorsqu’entre la lâm d’insistance (لام التوكيد), « inna » ne peut recevoir que la kasra ; et même sans la lâm, seule la kasra serait permise car la proposition est incidente. Tel est l’avis unanime des spécialistes de la syntaxe.
An-Naḥḥâs rapporte cependant qu’ʿAlî b. Sulaymân, d’après Muḥammad b. Yazîd, a jugé possible la fatḥa sur « inna » malgré la présence de la lâm, mais il estime qu’il s’agit là d’une méprise.
Abû Isḥâq az-Zajjâj dit : « Le contexte comporte une ellipse ; le sens est : “Nous n’avons envoyé avant toi des envoyés qu’ils mangeaient de la nourriture…”, puis le mot “rusulan” (des envoyés) a été omis, l’expression “parmi les envoyés” suffisant à l’indiquer. » Selon lui, c’est donc le terme qualifié qui est élidé et il n’est pas permis, contrairement à ce qu’avance al-Farrâ’, de supprimer le relatif tout en laissant subsister la proposition subordonnée.
Al-Farrâ’ estime que l’élément retranché est le relatif « man » ; le sens serait alors : « … excepté (ceux) qui, certes, mangent de la nourriture. » Il rapproche cette construction des paroles divines : ﴾Il n’est pas des nôtres sans qu’il n’ait un rang déterminé﴿ et ﴾Il n’en est pas un parmi vous qui ne la traverse﴿, c’est-à-dire : « il n’y a pas un seul d’entre vous qui ne doive la traverser. » C’est également l’avis d’al-Kisâ’î.
Les Arabes disent : « Je n’ai dépêché vers toi personne, si ce n’est quelqu’un qui t’obéit certainement. » Dans cet énoncé, la proposition « qu’il t’obéit certainement » est la subordonnée du relatif omis. Az-Zajjâj conteste toutefois cet usage, l’omission du relatif « man » n’étant pas recevable selon lui.
Les exégètes du sens déclarent : le verset signifie : « Nous n’avons envoyé avant toi aucun messager sinon qu’il fut dit à leur sujet qu’ils mangeaient de la nourriture… » Preuve en est la parole du Très-Haut : ﴾Il ne t’est dit que ce qui fut déjà dit aux messagers avant toi.﴿
Ibn al-Anbârî soutient que la kasra de « innahum » après « illâ » vient d’une reprise incidente, sous-entendant une wāw : « sauf, et certes, ils mangent… ».
Un autre groupe d’exégètes voit dans l’expression ﴾ils mangent de la nourriture﴿ une métonymie renvoyant au fait d’être soumis aux fonctions naturelles.
Je dis : c’est là une tournure très expressive, à l’instar de la parole divine : ﴾Le Messie, fils de Marie, n’est qu’un messager, avant lequel d’autres messagers ont passé ; sa mère était une véridique ; tous deux consommaient de la nourriture.﴿
﴾… et ils marchent dans les marchés﴿
La majorité lit « yamschûna » avec ouverture du yâ’, soukûn du mîm et allègement du schîn. ʿAlî, Ibn ʿAwf et Ibn Masʿûd le lisent avec ḍamma du yâ’, fatḥa du mîm et redoublement du schîn ouvert ; le sens devient alors : « on les appelle à marcher et on les y contraint ». Abû ʿAbd ar-Raḥmân as-Sulamî lit avec ḍamma du yâ’, fatḥa du mîm et ḍamma du schîn redoublée ; la signification rejoint toutefois la lecture courante.
Le poète a dit :