Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Il n’est pas permis de lire : « nuttakhadhu ».

Abou ʿAmr dit : Si l’on retenait la forme « nuttakhadhu », il faudrait retrancher la seconde particule « min », et l’on dirait alors : « an nuttakhadha min dûnika awliyāʾ » – « que nous soyons pris en dehors de Toi pour alliés ». De même Abou ʿUbayda a déclaré : la lecture « nuttakhadha » n’est pas recevable, car Allah – exalté soit-Il – a fait figurer deux fois la particule « min » ; si la lecture en question était correcte, il aurait fallu dire : « an nuttakhadha min dûnika awliyāʾ ».

On a toutefois soutenu que la seconde particule « min » n’est ici qu’une particule de liaison. An-Nahhâs dit : « Un savant de la stature d’Abou ʿAmr, compte tenu de son éminence, juge recevable cette opinion parce qu’il l’appuie sur un argument clair. »

Son explication est la suivante : on dit : « mā ittakhadtu rajulan waliyyan » – « je n’ai pas pris un homme pour protecteur » ; cette négation peut viser un individu déterminé. On peut aussi dire : « mā ittakhadtu min rajulin waliyyan », ce qui constitue une négation générale. Dans ce second cas, le terme « waliyyan » dépend de ce qui le précède ; il n’est donc pas permis d’y introduire la particule « min », faute d’utilité.

Mais Tu les as gratifiés, eux et leurs pères (walâkin mattaʿtahum wa-âbâʾahum) : c’est-à-dire, dans le bas-monde, de santé, d’aisance et de longue vie après la mort des envoyés – que les prières d’Allah soient sur eux.

Jusqu’à ce qu’ils aient oublié le Rappel (ḥattâ nasû dh-dhikr) : c’est-à-dire qu’ils ont délaissé Ton souvenir ; par orgueil et ignorance ils T’ont associé d’autres divinités, si bien qu’ils nous ont adorés sans que Tu le leur aies ordonné.

Au sujet du « Rappel », deux avis :

  1. Le Coran révélé aux prophètes : ils ont cessé d’agir conformément à lui (Ibn Zayd).
  2. La gratitude pour les bienfaits et les faveurs qu’Allah leur a accordés.

Ils étaient en vérité un peuple « bûran » (kânû qawman bûrâ) : voués à la perdition, dit Ibn ʿAbbâs. Le terme vient de « bawâr », qui signifie la ruine.

Abou d-Dardâʾ – qu’Allah l’agrée – se dressa un jour devant les habitants de Himṣ et dit : « Ô gens de Himṣ ! Venez vers un frère qui vous conseille. » Quand ils se furent rassemblés autour de lui, il leur dit :
« Pourquoi n’avez-vous donc pas honte ? Vous bâtissez ce que vous n’habitez pas, vous amassez ce que vous ne mangez pas, vous nourrissez des espoirs que vous ne réaliserez pas. Ceux qui vous ont précédés élevèrent de puissantes constructions, rassemblèrent des esclaves, et se forgèrent de lointaines espérances ; leur bien amassé devint ruine, leurs espérances illusion, et leurs demeures des tombeaux. »
Dans ses paroles, « bûran » signifie : détruits, anéantis.

Dans un autre récit : « Leurs maisons devinrent bûran », c’est-à-dire désertes, vides de toute chose.

Al-Hassan dit : « bûran » : il n’y a aucun bien en eux ; le mot vient du « bawâr » d’une terre laissée en friche, improductive.

Shahr ibn Hawshab dit : al-bawâr désigne la corruption et la perte ; d’où leur expression : « bârat as-silʿa » pour une marchandise invendable. On cite aussi le hadith : « Nous cherchons refuge auprès d’Allah contre le bawâr de la femme sans époux. »

Ce terme est un nom verbal, semblable à « zûr », identique au singulier, au duel, au pluriel, au masculin comme au féminin.

Ibn az-Zibʿarâ a dit :
« Ô Messager du Souverain, ma langue est encore cousue
de ce que j’ai déchiré quand j’étais perdu (bur),
lorsque je rivalisais avec Satan sur les sentiers de l’égarement,
et quiconque s’incline vers sa voie est voué à la ruine (mathbûr). »

لَا يَجُوزُ " نُتَّخَذُ" . وَقَالَ أَبُو عَمْرٍو: لَوْ كَانَتْ " نُتَّخَذُ" لَحُذِفَتْ " مِنْ" الثَّانِيَةِ فَقُلْتَ: أَنْ نُتَّخَذَ مِنْ دُونِكَ أَوْلِيَاءَ. كَذَلِكَ قَالَ أَبُو عُبَيْدَةَ: لَا يَجُوزُ " نُتَّخَذَ" لِأَنَّ اللَّهَ تَعَالَى ذَكَرَ " مِنْ" مَرَّتَيْنِ، وَلَوْ كَانَ كَمَا قَرَأَ لَقَالَ: أَنْ نُتَّخَذَ مِنْ دُونِكَ أَوْلِيَاءَ. وَقِيلَ: إِنَّ " مِنْ" الثَّانِيَةَ صِلَةٌ، قَالَ النَّحَّاسُ: وَمِثْلُ أَبِي عَمْرٍو عَلَى جَلَالَتِهِ وَمَحَلِّهِ يَسْتَحْسِنُ مَا قَالَ، لِأَنَّهُ جَاءَ بِبَيِّنَةٍ. وَشَرْحُ مَا قَالَ أَنَّهُ يُقَالُ: مَا اتَّخَذْتُ رَجُلًا وَلِيًّا، فَيَجُوزُ أَنْ يَقَعَ هَذَا لِلْوَاحِدِ بِعَيْنِهِ، ثُمَّ يُقَالُ: مَا اتَّخَذْتُ مِنْ رَجُلٍ وَلِيًّا فَيَكُونُ نَفْيًا عَامًّا، وَقَوْلُكَ " وَلِيًّا" تَابِعٌ لِمَا قَبْلَهُ فَلَا يَجُوزُ أَنْ تَدْخُلَ فِيهِ " مِنْ" لِأَنَّهُ لَا فَائِدَةَ فِي ذَلِكَ. (وَلكِنْ مَتَّعْتَهُمْ وَآباءَهُمْ) أَيْ فِي الدُّنْيَا بِالصِّحَّةِ وَالْغِنَى وَطُولِ الْعُمُرِ بَعْدَ مَوْتِ الرُّسُلِ صَلَوَاتُ اللَّهِ عَلَيْهِمْ. (حَتَّى نَسُوا الذِّكْرَ) أَيْ تَرَكُوا ذِكْرَكَ فَأَشْرَكُوا بِكَ بَطَرًا وَجَهْلًا فَعَبَدُونَا مِنْ غَيْرِ أَنْ أَمَرْنَاهُمْ بِذَلِكَ. وَفِي الذِّكْرِ قَوْلَانِ: أَحَدُهُمَا: الْقُرْآنُ الْمُنَزَّلُ عَلَى الرُّسُلِ، تَرَكُوا الْعَمَلَ بِهِ، قَالَهُ ابْنُ زَيْدٍ. الثَّانِي: الشُّكْرُ عَلَى الْإِحْسَانِ إِلَيْهِمْ وَالْإِنْعَامِ عَلَيْهِمْ. إِنَّهُمْ (كانُوا قَوْماً بُوراً) أَيْ هَلْكَى، قَالَهُ ابْنُ عَبَّاسٍ. مَأْخُوذٌ مِنَ الْبَوَارِ وَهُوَ الْهَلَاكُ. وقال أبو الدرداء رضا اللَّهُ عَنْهُ وَقَدْ أَشْرَفَ عَلَى أَهْلِ حِمْصَ: يَا أَهْلَ حِمْصَ! هَلُمَّ إِلَى أَخٍ لَكُمْ نَاصِحٌ، فَلَمَّا اجْتَمَعُوا حَوْلَهُ قَالَ: مَا لَكُمْ لَا تَسْتَحُونَ! تَبْنُونَ مَا لَا تَسْكُنُونَ، وَتَجْمَعُونَ مَا لَا تَأْكُلُونَ، وَتُأَمِّلُونَ مَا لَا تُدْرِكُونَ، إِنَّ مَنْ كَانَ قَبْلَكُمْ بَنَوْا مَشِيدًا «١» وَجَمَعُوا عَبِيدًا، وَأَمَّلُوا بَعِيدًا، فَأَصْبَحَ جَمْعُهُمْ بُورًا، وَآمَالُهُمْ غُرُورًا، وَمَسَاكِنُهُمْ قُبُورًا، فَقَوْلُهُ: " بُوراً" أَيْ هَلْكَى. وَفِي خَبَرٍ آخَرَ: فَأَصْبَحَتْ مَنَازِلُهُمْ بُورًا، أَيْ خالية لا شي فِيهَا. وَقَالَ الْحَسَنُ: " بُوراً" لَا خَيْرَ فِيهِمْ. مَأْخُوذٌ مِنْ بَوَارِ الْأَرْضِ، وَهُوَ تَعْطِيلُهَا مِنَ الزَّرْعِ فَلَا يَكُونُ فِيهَا خَيْرٌ. وَقَالَ شَهْرُ بْنُ حَوْشَبٍ: الْبَوَارُ. الْفَسَادُ وَالْكَسَادُ، مَأْخُوذٌ مِنْ قَوْلِهِمْ: بَارَتِ السِّلْعَةُ إِذَا كَسَدَتْ كَسَادَ الْفَاسِدِ، وَمِنْهُ الْحَدِيثُ: " نَعُوذُ بِاللَّهِ مِنْ بَوَارِ الْأَيِّمِ" . وَهُوَ اسْمُ مَصْدَرٍ كَالزُّورِ يَسْتَوِي فِيهِ الْوَاحِدُ وَالِاثْنَانِ وَالْجَمْعُ وَالْمُذَكَّرُ وَالْمُؤَنَّثُ. قَالَ ابْنُ الزِّبَعْرَى: يَا رَسُولَ الْمَلِيكِ إِنَّ لِسَانِي ... رَاتِقٌ مَا فَتَقْتُ إِذْ أَنَا بُورُ إِذْ أُبَارِي الشَّيْطَانَ فِي سَنَنِ الْغَ ... يِّ وَمَنْ مَالَ مَيْلَهُ مثبور
(١). في ك: شديدا. والمعنى: قويا. محقه.

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