Dans la sourate « Subḥân »¹, Ibn Isḥâq, dans sa Sîra, ainsi que d’autres, ont rapporté le récit suivant :
Ses notables – ‘Utbah ibn Rabî‘ah et d’autres – se réunirent avec lui et dirent : « Ô Muḥammad ! Si tu recherches la prééminence, nous te placerons à notre tête ; et si tu veux la richesse, nous rassemblerons pour toi de nos biens. » Lorsque le Messager d’Allah – paix et salut sur lui – refusa, ils revinrent à un autre argument et dirent : « Que t’arrive-t-il, alors que tu es le Messager d’Allah, de manger de la nourriture et de te tenir dans les marchés ? » Ils le blâmèrent pour le fait de manger, car ils voulaient qu’un Messager fût un ange, et ils le blâmèrent de marcher dans les marchés après avoir vu que les empereurs de Perse et de Rome et les rois tyranniques se tenaient au-dessus des marchés, tandis que lui – paix sur lui – se mêlait à eux dans leurs souks, leur ordonnant le bien et leur interdisant le mal.
Ils dirent encore : « Cet homme prétend régner sur nous ; pourquoi donc adopte-t-il une conduite différente de celle des rois ? » Allah leur répondit par Sa parole qu’Il révéla à Son Prophète : « Nous n’avons envoyé avant toi aucun Messager qui ne mangât de la nourriture et ne marchât dans les marchés. » (Al-Furqân, 20). Ne t’attriste donc pas et ne sois pas chagriné, car c’est un grief dont l’opprobre t’est ôté.
Deuxième point : fréquenter les marchés est licite pour le commerce et la quête de subsistance. Le Prophète – paix sur lui – y entrait pour ses besoins personnels, pour rappeler aux créatures l’ordre d’Allah et les appeler à Lui, et il s’y présentait aux tribus dans l’espoir qu’Allah les ramène, par son intermédiaire, à la vérité.
Dans le Ṣaḥîḥ d’Al-Bukhârî, décrivant le Prophète – paix sur lui –, on lit : « Il n’était ni rude, ni dur, ni bruyant dans les marchés. » Cela a déjà été mentionné dans la sourate Al-A‘râf. La référence au marché figure dans plusieurs ḥadiths authentiques recensés par les auteurs des Ṣaḥîḥ, et le commerce des Compagnons dans les marchés est notoire, en particulier celui des Émigrés, comme l’a dit Abû Hurayrah : « Nos frères parmi les Émigrés étaient accaparés par le négoce (aṣ-ṣafq)³ dans les marchés. » Rapporté par Al-Bukhârî. Cette question recevra encore des éclaircissements dans cette sourate, si Allah le veut.
Parole du Très-Haut :
« Pourquoi ne lui a-t-on pas fait descendre un ange » – c’est-à-dire : « Pourquoi pas ? » – « et qu’il fût avec lui un avertisseur » : ceci répond à l’interrogation. « Ou qu’on lui jette » (au nominatif) : autrement dit ; « ou pourquoi ne lui jette-t-on pas » « un trésor ». « Ou » – « pourquoi » – « n’aurait-il pas un jardin dont il mange le fruit ? »
Le verbe « mange » (ya’kulu) à la troisième personne a été lu par les Médinois, Abû ‘Amr et ‘Âṣim, tandis que la majorité des lecteurs de Koufa l’ont lu à la première personne du pluriel (na’kulu). Les deux lectures sont correctes et véhiculent le sens, même si la lecture à la troisième personne est plus explicite, car