S’en abstenir est plus proche de la piété. Et si la compagnie se réunit chaque jour autour du repas de l’un d’entre eux, cela vaut mieux que le « nihd », car, dans le nihd, on ne met en commun que pour que chacun obtienne l’équivalent de son propre apport ; or il se peut que l’un d’eux contribue moins que ce qu’il devrait, tandis qu’un autre consomme davantage que sa part. En revanche, s’ils se retrouvent un jour chez l’un, puis le lendemain chez l’autre, sans condition préalable, ils ne sont alors que des hôtes, et l’hôte mange de bon gré ce qui lui est présenté.
Ayyoûb as-Sakhtiyânî a dit : « Le nihd, à l’origine, était ceci : des gens, lorsqu’ils voyageaient, arrivaient les premiers à l’étape, immolaient une bête, préparaient le repas, puis rejoignaient leurs compagnons. Une autre fois, l’un d’eux devançait encore les autres et faisait la même chose. Alors ils se dirent : “Ce que tu fais, nous aimerions tous le faire ; venez, instituons entre nous quelque chose de sorte que nul ne l’emporte sur l’autre.” Ils mirent donc en place le nihd entre eux. Les gens vertueux, lorsqu’ils participaient à un nihd, s’efforçaient que le meilleur d’entre eux augmente secrètement son apport par rapport à celui de ses compagnons ; si ces derniers n’agréaient pas cela en le découvrant, il le faisait à leur insu.
Dixième point – Parole du Très-Haut :
« Lorsque vous entrez dans des demeures, saluez-vous mutuellement par une salutation venant d’Allah, bénie et bonne. C’est ainsi qu’Allah vous expose les versets afin que vous raisonniez. »
Les exégètes ont divergé sur les demeures visées.
– Ibrâhîm an-Nakhaʿî et al-Hasan ont dit : il s’agit des mosquées ; c’est-à-dire : adressez le salâm aux personnes qui s’y trouvent parmi vos hôtes. S’il n’y a personne dans la mosquée, la salutation consiste à dire : « Que la paix soit sur le Messager d’Allah. »
– D’autres ont dit : qu’il dise « as-salâmu ʿalaykum », visant les anges, puis ajoute : « as-salâmu ʿalaynâ wa ʿalâ ʿibâdillâhi s-sâliḥîn. »
ʿAbd ar-Razzaq rapporte de Maʿmar, d’après ʿAmr b. Dînâr, d’après Ibn ʿAbbâs – qu’Allah les agrée – au sujet de ce verset : « Quand tu entres dans la mosquée, dis : “Que la paix soit sur nous et sur les serviteurs vertueux d’Allah.” »
On a également dit que les « demeures » désignent les maisons habitées ; « saluez-vous » signifie alors : adressez le salâm à vos familles. C’est l’avis de Jâbir b. ʿAbdillâh, d’Ibn ʿAbbâs et de ʿAtâʾ b. Abî Rabâḥ. Ils ajoutent que cela inclut aussi les maisons inoccupées où la personne se salue elle-même en disant : « Que la paix soit sur nous et sur les serviteurs vertueux d’Allah. »
Ibn al-ʿArabî dit : l’opinion tenant à la généralité du terme « demeures » est la plus juste ; rien n’indique qu’il faille le restreindre. La formulation est restée générale afin d’englober toute maison, qu’elle appartienne à autrui ou à soi-même. Ainsi, lorsqu’on entre chez autrui, on demande la permission comme indiqué précédemment ; lorsqu’on entre dans sa propre maison, on prononce le salâm tel qu’il est rapporté dans le hadith : « as-salâmu ʿalaynâ wa ʿalâ ʿibâdillâhi s-sâliḥîn », parole rapportée d’Ibn ʿUmar – et cela lorsqu’elle est vide. Mais si s’y trouvent sa famille ou ses domestiques