Certains, quant à eux, se montraient scrupuleux à l’égard des personnes qui ne souffraient d’aucune infirmité ; en effet, les porteurs d’excuses se trouvaient, lors du repas, au-dessous du rang des bien-portants : l’aveugle, privé de la vue, l’estropié, incapable de se bousculer autour du plat, et le malade, affaibli par son état. Aussi le verset est-il descendu pour autoriser à manger en leur compagnie.
Ibn ʿAbbâs rapporte, dans le livre d’az-Zahrawî : « Les gens atteints d’excuses se faisaient scrupule de manger avec les autres du fait de leur infirmité ; le verset est alors descendu pour leur en accorder la permission. »
On a également dit : lorsqu’un homme conduisait des personnes excusées chez lui et qu’il n’y trouvait rien à leur offrir, il les menait chez ses proches parents. Les gens d’excuses en éprouvaient alors un sentiment de gêne ; c’est pourquoi le verset fut révélé.
Troisièmement : — parole du Très-Haut — « … et il n’y a non plus de gêne pour vos propres personnes… ». Il s’agit là du début d’une nouvelle phrase, autrement dit : « il n’y a pas, ô gens, de gêne pour vous… ». Mais, la phrase s’adressant à la fois aux concernés et à d’autres, la forme du discours a été dominée par l’adresse directe afin d’en assurer la cohésion.
Il a mentionné les maisons des proches, omettant celles des fils. Les exégètes ont dit : c’est parce qu’elles sont déjà incluses dans Sa parole : « … dans vos propres maisons », car la demeure du fils d’un homme est la sienne. D’ailleurs, le hadith stipule : « Toi et tes biens appartenez à ton père. » De plus, Il cita plus loin les proches sans mentionner les enfants.
An-Naḥḥâs rapporte que certains ont contesté cette explication : « C’est là, disent-ils, une immixtion arbitraire dans le Livre d’Allâh, exalté soit-Il. D’après l’apparence, le fils ne saurait être différent des proches précités. Quant à l’argument tiré du hadith ‟Toi et tes biens appartenez à ton père”, il est faible, ce hadith étant peu solide ; et, fût-il authentique, il ne constituerait pas une preuve, car il se peut que le Prophète – paix et bénédictions sur lui – ait su que les biens de l’interpellé appartenaient effectivement à son père. On a encore dit que le sens en serait : ‟Tu es à ton père, et tes biens…”, le terme « biens » étant sujet d’un nouveau début de phrase, c’est-à-dire : ‟et tes biens sont à toi”. Ce qui tranche la question est le partage successoral établi entre père et fils. »
At-Tirmidhî al-Ḥakîm commente ainsi la parole du Très-Haut : « … et il n’y a non plus de gêne pour vos propres personnes que de manger dans vos maisons… » : c’est comme s’Il disait : ‟vos demeures, où se trouvent vos épouses et vos enfants”. Il se peut en effet que la famille et les enfants possèdent, dans cette habitation, quelque chose que leur a procuré l’homme à qui appartient la maison ; dès lors, il n’y a pas de péché pour lui à manger avec eux de cette provision. Il se peut également que l’épouse et les enfants y détiennent un bien qui leur appartient en propre ; là encore, il ne lui incombe aucun blâme d’en manger avec eux."}