Ibn ‘Abbâs.
Ils se sont appuyés sur le récit rapporté par Safînah, l’affranchi du Messager d’Allâh – que les bénédictions et la paix d’Allâh soient sur lui –, lequel a dit : « J’ai entendu le Messager d’Allâh – que la prière et la paix d’Allâh soient sur lui – déclarer : “Le califat après moi durera trente années, puis il deviendra royauté.” »
Safînah ajouta : « Compte donc : le califat d’Abû Bakr dura deux ans, celui de ‘Umar dix ans, celui de ‘Uthmân douze ans, et celui de ‘Alî six ans. »
Un groupe déclara : « Il s’agit là d’une promesse faite à l’ensemble de la communauté concernant la domination de toute la terre sous la bannière de l’Islam, conformément à cette parole du Prophète – sur lui la prière et la paix : “La terre m’a été repliée ; j’en ai vu les extrémités orientale et occidentale et la souveraineté de ma communauté parviendra à l’étendue qui m’a été repliée.” »
Ibn ‘Atiyyah a retenu cet avis dans son Tafsîr, disant : « L’opinion correcte au sujet du verset est qu’il concerne la succession de la masse des croyants ; leur succession consiste en ce qu’Allâh leur fasse posséder les contrées et qu’Il les en établisse habitants, comme il advint en Syrie, en Irak, au Khorasan et au Maghreb. »
Ibn al-‘Arabî dit : « Nous leur répondons qu’il s’agit d’une promesse générale touchant la Prophétie, le califat, l’instauration de la prédication et l’universalité de la Loi. La promesse s’est réalisée pour chacun selon la mesure qui lui était destinée et l’état qui le concernait, jusqu’aux muftis, aux juges et aux imâms. Or il n’est de domaine dans lequel la noble promesse relative au califat se soit réalisée sinon chez les califes susmentionnés. »
Il mentionna ensuite une objection et y répondit ainsi : « Si l’on dit : “Cette affaire ne vaut que pour Abû Bakr, tandis que ‘Umar et ‘Uthmân furent assassinés et que ‘Alî fut contesté dans son califat”, nous répondons : la sécurité promise n’implique nullement l’immunité contre la mort, quelle qu’en soit la forme. Quant à ‘Alî, sa participation aux combats n’annulait pas la sécurité ; en effet, la condition de la sécurité n’est pas la cessation de la guerre, mais que l’homme soit maître de lui-même par choix, contrairement à la situation des Compagnons à La Mecque. »
Il conclut : « En réalité, ils étaient dominés et sont devenus dominateurs ; ils étaient pourchassés et sont devenus ceux qui pourchassent : voilà l’aboutissement ultime de la sécurité et de la puissance. »
Je dis : Cette situation ne fut pas l’apanage des quatre califes – qu’Allâh les agrée – au point de limiter à eux seuls la portée générale du verset ; bien au contraire, tous les Muhâjirûn, et d’autres encore, y ont participé. Ne vois-tu pas comment Quraysh lança des expéditions contre les musulmans, à Uhud et ailleurs, en particulier lors du Fossé, jusqu’à ce qu’Allâh Très-Haut les informe, tous ensemble, en disant : « Lorsque, d’en haut et d’en bas, vos ennemis vinrent sur vous ; lorsque les regards vacillèrent, que les cœurs atteignirent les gorges et que vous conceviez à l’égard d’Allâh toutes sortes de suppositions. Là, les croyants furent éprouvés et secoués d’un violent tremblement. » (Al-Ahzâb, 10-11). Puis Allâh repoussa les mécréants sans qu’ils remportent le moindre avantage et leur accorda la sécurité