Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Sa parole – Exalté soit-Il :
« N’as-tu donc pas vu qu’Allah pousse les nuages ? »
Il évoque ici l’un de Ses autres arguments probants ; autrement dit : n’as-tu pas contemplé – avec les yeux de ton cœur – ?

« Il pousse des nuages » : c’est-à-dire qu’Il les conduit là où Il veut. Ainsi, le vent pousse ( yuzjî ) le nuage ; de même, la vache « pousse » ( tazjî ) son petit, c’est-à-dire le mène devant elle. On dit encore : « zajâ l-kharâj yazgû zajâ’an » – avec allongement –, lorsque la perception de l’impôt devient aisée.

Le poète an-Nâbigha a dit :
« Je suis venu à toi, loin des miens et de ma patrie…
Je pousse la faible braise d’une âme dont il ne demeure plus qu’un souffle. »
Et il a dit également :
« Un nuage nocturne descendu de la constellation des Gémeaux…
La bise y pousse un grésil compact. »

« Puis Il les réunit ( thumma yuʾallifu baynahu ) » : Il les rassemble lorsqu’ils se dispersent, afin qu’ils se renforcent, se joignent et s’épaississent. Le verbe taʾlîf, à l’origine, comporte la hamza ; on dit : taʾallafa. Certains lisent « yuallifu » avec waw d’allègement.

Le terme sahâb est morphologiquement singulier, mais son sens est collectif ; c’est pourquoi il est dit ailleurs : « Il engendre les nuages » (ar-Raʿd, 12). Quant à la préposition « bayna » (entre), elle ne s’emploie normalement qu’avec deux éléments ou davantage ; comment donc la rencontre-t-on ici avec le singulier ? La réponse est que « baynahu » vise ici la multitude que forment les nuages, comme l’on dit : « Je me suis assis entre les arbres », parce que « arbre » désigne un ensemble. Le sens est celui qu’a exposé al-Far­râ’.

Autre explication : le nuage peut être considéré comme une seule masse tout en renfermant de nombreux fragments ; dès lors, « bayna » se justifie, de même qu’on dit :
« … entre ad-Dukhûl et Haumel »,
où « ad-Dukhûl » est un lieu unique englobant plusieurs endroits. Il en va de même de l’expression : « Je n’ai cessé de tourner entre Koufa », parce que Koufa comprend de nombreux quartiers, ainsi l’ont exposé az-Zajjâj et d’autres. Al-Aṣmaʿî, toutefois, tient cet emploi pour incorrect, et il faisait réciter : « … entre ad-Dukhûl et Haumel ».

« Puis Il le rend compact ( rukâman ) » : c’est-à-dire rassemblé, entassant une partie sur l’autre, comme dans Sa parole : « Et s’ils voyaient tomber un morceau du ciel, ils diraient : “Un nuage amoncelé” » (aṭ-Ṭûr, 44). Ar-rakm désigne l’amas ; l’on dit : rakama l-shayʾa – il l’a amassé, entassant chaque partie sur l’autre. Irtakama et tarâkama : il s’est amassé. Ar-rukmah : la glaise entassée ; ar-rukâm : le sable accumulé ; de même le nuage ou ce qui lui ressemble. Le mur­takam du chemin (avec kâf fatha) en est la chaussée principale.

« Alors tu vois le wedq en sortir d’entre eux » : Pour le mot wedq, deux avis. Le premier : il s’agit de l’éclair, selon Abû l-Ash-hab al-ʿUqaylî. Ainsi dit le poète :
« Nous avons soulevé un nuage de poussière, puis nous en sommes sortis…
Comme le wedq qui sort d’entre les nuages. »

قَوْلُهُ تَعَالَى: (أَلَمْ تَرَ أَنَّ اللَّهَ يُزْجِي سَحاباً) ذَكَرَ مِنْ حُجَجِهِ شَيْئًا آخَرَ، أَيْ أَلَمْ تَرَ بِعَيْنَيْ قَلْبِكَ. (يُزْجِي سَحاباً) أَيْ يَسُوقُ إِلَى حَيْثُ يَشَاءُ. وَالرِّيحُ تُزْجِي السَّحَابَ، وَالْبَقَرَةُ تُزْجِي وَلَدَهَا أَيْ تَسُوقُهُ. وَمِنْهُ زَجَا الْخَرَاجُ يَزْجُو زَجَاءً (مَمْدُودًا) إِذَا تَيَسَّرَتْ جِبَايَتُهُ. وَقَالَ النَّابِغَةُ: إِنِّي أَتَيْتُكَ مِنْ أَهْلِي وَمِنْ وَطَنِي ... أُزْجِي حُشَاشَةَ نَفْسٍ مَا بِهَا رَمَقُ وَقَالَ أَيْضًا: أَسْرَتْ عَلَيْهِ مِنَ الْجَوْزَاءِ سَارِيَةٌ ... تُزْجِي الشِّمَالُ عَلَيْهِ جَامِدَ الْبَرَدِ (ثُمَّ يُؤَلِّفُ بَيْنَهُ) أَيْ يَجْمَعُهُ عِنْدَ انْتِشَائِهِ، لِيَقْوَى وَيَتَّصِلَ وَيَكْثُفَ. وَالْأَصْلُ فِي التَّأْلِيفِ الْهَمْزُ، تَقُولُ: تَأَلَّفَ. وقرى " يؤلف" بِالْوَاوِ تَخْفِيفًا. وَالسَّحَابُ وَاحِدٌ فِي اللَّفْظِ، وَلَكِنَّ معناه جمع، ولهذا قال: " يُنْشِئُ السَّحابَ" «١» [الرعد: ١٢] . وَ " بَيْنَ" لَا يَقَعُ إِلَّا لِاثْنَيْنِ فَصَاعِدًا، فَكَيْفَ جَازَ بَيْنَهُ؟ فَالْجَوَابُ أَنَّ " بَيْنَهُ" هُنَا لِجَمَاعَةِ السَّحَابِ، كَمَا تَقُولُ: الشَّجَرُ قَدْ جَلَسْتُ بَيْنَهُ لِأَنَّهُ جَمْعٌ، وَذَكَرَ الْكِنَايَةَ عَلَى اللَّفْظِ، قَالَ مَعْنَاهُ الْفَرَّاءُ. وَجَوَابٌ آخَرُ- وَهُوَ أَنْ يَكُونَ السَّحَابُ وَاحِدًا فَجَازَ أَنْ يُقَالَ بَيْنَهُ لِأَنَّهُ مُشْتَمِلٌ عَلَى قِطَعٍ كَثِيرَةٍ، كَمَا قَالَ: ... بَيْنَ الدَّخُولِ فَحَوْمَلِ فَأُوقِعَ " بَيْنَ" عَلَى الدَّخُولِ، وَهُوَ وَاحِدٌ لِاشْتِمَالِهِ عَلَى مَوَاضِعَ. وَكَمَا تَقُولُ: مَا زِلْتُ أَدُورُ بَيْنَ الْكُوفَةِ لِأَنَّ الْكُوفَةَ أماكن كثيرة، قال الزَّجَّاجُ وَغَيْرُهُ. وَزَعَمَ الْأَصْمَعِيُّ أَنَّ هَذَا لَا يَجُوزُ، وَكَانَ يُرْوَى: ... بَيْنَ الدَّخُولِ وَحَوْمَلِ (ثُمَّ يَجْعَلُهُ رُكاماً) أَيْ مُجْتَمِعًا، يَرْكَبُ بَعْضُهُ بَعْضًا، كَقَوْلِهِ تَعَالَى: " وَإِنْ يَرَوْا كِسْفاً مِنَ السَّماءِ ساقِطاً يَقُولُوا سَحابٌ مَرْكُومٌ" «٢» [الطور: ٤٤] . وَالرَّكْمُ جَمْعُ الشَّيْءِ، يُقَالُ مِنْهُ: رَكَمَ الشَّيْءَ يَرْكُمُهُ رَكْمًا إِذَا جَمَعَهُ وَأَلْقَى بَعْضَهُ عَلَى بَعْضٍ. وَارْتَكَمَ الشَّيْءُ وَتَرَاكَمَ إِذَا اجْتَمَعَ. وَالرُّكْمَةُ الطِّينُ الْمَجْمُوعُ. وَالرُّكَامُ: الرَّمَلُ الْمُتَرَاكِمُ. وَكَذَلِكَ السَّحَابُ وَمَا أَشْبَهَهُ. وَمُرْتَكَمُ الطَّرِيقِ (بِفَتْحِ الْكَافِ) جَادَّتُهُ. (فَتَرَى الْوَدْقَ يَخْرُجُ مِنْ خِلالِهِ) فِي " الْوَدْقَ" قَوْلَانِ: أَحَدُهُمَا- أَنَّهُ الْبَرْقُ، قَالَهُ أَبُو الْأَشْهَبِ الْعُقَيْلِيُّ. وَمِنْهُ قَوْلُ الشَّاعِرِ: أَثَرْنَا عَجَاجَةً وَخَرَجْنَ منها ... خروج الودق من خلل السحاب
(١). راجع ج ٩ ص ٢٩٥. (٢). راجع ج ١٧ ص ٧٧.

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