Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Du sens général et de l’apparence même du verset découle le point suivant :
Deuxième cas : l’esclave réclame la mukâtaba (contrat de libération contre versements échelonnés) mais le maître la refuse. À ce sujet, deux opinions sont rapportées :

  1. ʿIkrima, ʿAtâʾ, Masrûq, ʿAmr b. Dînâr, ad-Dahhâk b. Muzâḥim ainsi qu’un groupe de jurisconsultes literalistes estiment que la mukâtaba devient obligatoire pour le maître.
  2. Les savants des diverses métropoles islamiques soutiennent qu’elle ne lui est pas obligatoire.

Ceux qui la jugent obligatoire s’appuient sur le caractère absolu de l’impératif coranique ; or, la règle veut que l’impératif, pris sans autre indice, implique l’obligation jusqu’à ce qu’une preuve vienne indiquer le contraire. Ce point de vue est aussi rapporté de ʿUmar b. al-Khaṭṭâb et d’Ibn ʿAbbâs, et at-Ṭabarî l’a adopté.

Dâwud (al-Ẓâhirî) argumente encore du fait que Sîrîn — père de Muḥammad b. Sîrîn — demanda à Anas b. Mâlik, son maître, de contracter la mukâtaba ; Anas refusa. Alors ʿUmar leva son bâton sur Anas tout en récitant : « … contractez la mukâtaba avec eux si vous savez qu’il y a en eux quelque bien … », si bien qu’Anas conclut le contrat. Dâwud dit : « Jamais ʿUmar n’eût brandi le bâton contre Anas pour quelque chose dont l’abstention lui aurait été licite. »

La majorité rétorque qu’il existe pourtant un consensus : si l’esclave implore d’être vendu à un tiers, le maître n’y est nullement tenu, même si le prix offert est doublé ; de même, s’il lui dit : « affranchis-moi », ou « institue-moi en affranchi conditionnel (tadbîr) », ou « marie-moi », rien de tout cela ne lui est imposé par accord unanime. La mukâtaba suit la même règle, car il s’agit d’une transaction bilatérale qui n’est valide qu’avec le consentement des deux parties.

Il est vrai, ajoutent-ils, que l’impératif absolu implique l’obligation, mais uniquement lorsqu’il est dépourvu d’indice qui l’en détourne. Or, ici l’ordre est subordonné à la condition « si vous savez qu’il y a en eux du bien » ; l’obligation est donc liée à une réalité intérieure : la connaissance qu’a le maître de la qualité morale de l’esclave.

Ainsi, si l’esclave dit : « Concluez la mukâtaba avec moi », et que le maître rétorque : « Je ne vois en toi aucun bien », il s’agit d’une appréciation intime à laquelle on se réfère et sur laquelle on se fonde ; c’est un argument solide en la matière.

Quatrième question : le terme « khayr » (bien) dans le verset a fait l’objet de divergences :
– Ibn ʿAbbâs et ʿAtâʾ : il s’agit de la fortune.
– Mujâhid : la fortune et la capacité d’honorer les versements.
– al-Ḥasan al-Baṣrî et an-Nakhaʿî : la religion (dîn) et la probité (amâna).
– Mâlik rapporte d’érudits qu’il s’agit de l’aptitude à gagner sa vie et à s’acquitter des paiements ; même propos de Layth, et c’est aussi l’opinion d’ash-Shâfiʿî.
– ʿUbayda as-Salmânî : l’accomplissement de la ṣalât et toute forme de bien.

Aṭ-Ṭaḥâwî objecte : « L’avis selon lequel “le bien” renvoie à la fortune ne nous paraît pas valable, car l’esclave lui-même est un bien patrimonial appartenant à son maître ; comment pourrait-il posséder un bien propre ? » Pour nous, le verset signifie plutôt : « Si vous constatez chez eux la religion et la véracité, et que vous êtes sûrs qu’ils vous traiteront en serviteurs d’Allâh tenus de s’acquitter fidèlement de ce qu’ils vous doivent au titre de la mukâtaba, alors concluez-la avec eux. »

Abû ʿUmar (Ibn ʿAbdil-Barr) ajoute : « Qui refuse de voir dans ce “bien” l’idée de fortune, rejette la tournure “si vous savez qu’ils possèdent un bien matériel”, car on dira plutôt : “j’ai su en lui la vertu, la droiture, la probité”, et non : “j’ai su en lui l’argent ; on dira plutôt : “je sais qu’il détient de l’argent”. »

مُطْلَقُ الْآيَةِ وَظَاهِرُهَا. الثَّانِيَةُ- أَنْ يَطْلُبَهَا الْعَبْدُ وَيَأْبَاهَا السَّيِّدُ، وَفِيهَا قَوْلَانِ: الْأَوَّلُ: لِعِكْرِمَةَ وَعَطَاءٍ وَمَسْرُوقٍ وَعَمْرِو بْنِ دِينَارٍ وَالضَّحَّاكِ بْنِ مُزَاحِمٍ وَجَمَاعَةِ أَهْلِ الظَّاهِرِ أَنَّ ذَلِكَ وَاجِبٌ عَلَى السَّيِّدِ. وَقَالَ عُلَمَاءُ الْأَمْصَارِ: لَا يَجِبُ ذَلِكَ. وَتَعَلَّقَ مَنْ أَوْجَبَهَا بِمُطْلَقِ الْأَمْرِ، وَأَفْعَلَ بِمُطْلَقِهِ عَلَى الْوُجُوبِ حَتَّى يَأْتِيَ الدَّلِيلُ بِغَيْرِهِ. وَرُوِيَ ذَلِكَ عَنْ عُمَرَ بْنِ الْخَطَّابِ وَابْنِ عَبَّاسٍ، وَاخْتَارَهُ الطَّبَرِيُّ. وَاحْتَجَّ دَاوُدُ أَيْضًا بِأَنَّ سِيرِينَ أَبَا مُحَمَّدِ بْنِ سِيرِينَ سَأَلَ أَنَسَ بْنَ مَالِكٍ الْكِتَابَةَ وَهُوَ مَوْلَاهُ فَأَبَى أَنَسٌ، فَرَفَعَ عُمَرُ عَلَيْهِ الدِّرَّةَ، وَتَلَا: " فَكاتِبُوهُمْ إِنْ عَلِمْتُمْ فِيهِمْ خَيْراً" ، فَكَاتَبَهُ أَنَسٌ. قَالَ دَاوُدُ: وَمَا كَانَ عُمَرُ لِيَرْفَعَ الدِّرَّةَ عَلَى أَنَسٍ فِيمَا لَهُ مُبَاحٌ أَلَّا يَفْعَلَهُ. وَتَمَسَّكَ الْجُمْهُورُ بِأَنَّ الْإِجْمَاعَ مُنْعَقِدٌ عَلَى أَنَّهُ لَوْ سَأَلَهُ أَنْ يَبِيعَهُ مِنْ غَيْرِهِ لَمْ يَلْزَمْهُ ذَلِكَ، وَلَمْ يُجْبَرْ عَلَيْهِ وَإِنْ ضُوعِفَ لَهُ فِي الثَّمَنِ. وَكَذَلِكَ لَوْ قَالَ لَهُ أَعْتِقْنِي أَوْ دَبِّرْنِي أَوْ زَوِّجْنِي لَمْ يَلْزَمْهُ ذَلِكَ بِإِجْمَاعٍ، فَكَذَلِكَ الْكِتَابَةُ، لِأَنَّهَا مُعَاوَضَةٌ فَلَا تَصِحُّ إِلَّا عَنْ تَرَاضٍ. وَقَوْلُهُمْ: مُطْلَقُ الْأَمْرِ يَقْتَضِي الْوُجُوبَ صَحِيحٌ، لَكِنْ إِذَا عَرِيَ عَنْ قَرِينَةٍ تَقْتَضِي صَرْفَهُ عَنِ الْوُجُوبِ، وَتَعْلِيقُهُ هُنَا بِشَرْطِ عِلْمِ الْخَيْرِ فِيهِ، فَعُلِّقَ «١» الْوُجُوبُ عَلَى أَمْرٍ بَاطِنٍ وَهُوَ عِلْمُ السَّيِّدِ بِالْخَيْرِيَّةِ. وَإِذَا قَالَ الْعَبْدُ: كَاتِبْنِي، وَقَالَ السَّيِّدُ: لَمْ أَعْلَمْ فِيكَ خَيْرًا، وَهُوَ أَمْرٌ بَاطِنٌ، فَيُرْجَعُ فِيهِ إِلَيْهِ وَيُعَوَّلُ عَلَيْهِ. وَهَذَا قَوِيٌّ فِي بَابِهِ. الرَّابِعَةُ- وَاخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي قَوْلِهِ تَعَالَى: (خَيْراً) فَقَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ وَعَطَاءٌ: الْمَالُ. مُجَاهِدٌ: الْمَالُ وَالْأَدَاءُ. وَالْحَسَنُ وَالنَّخَعِيُّ: الدِّينُ وَالْأَمَانَةُ. وَقَالَ مَالِكٌ: سَمِعْتُ بَعْضَ أَهْلِ الْعِلْمِ يَقُولُونَ هُوَ الْقُوَّةُ عَلَى الِاكْتِسَابِ وَالْأَدَاءُ. وَعَنِ اللَّيْثِ نَحْوُهُ، وَهُوَ قَوْلُ الشَّافِعِيِّ. وَقَالَ عَبِيدَةُ السَّلْمَانِيُّ: إِقَامَةُ الصَّلَاةِ وَالْخَيْرُ «٢» . قَالَ الطَّحَاوِيُّ: وَقَوْلُ مَنْ قَالَ إِنَّهُ الْمَالُ لَا يَصِحُّ عِنْدَنَا، لِأَنَّ الْعَبْدَ مَالٌ لِمَوْلَاهُ، فَكَيْفَ يَكُونُ لَهُ مَالٌ. وَالْمَعْنَى عِنْدَنَا: إِنْ عَلِمْتُمْ فِيهِمُ الدِّينَ وَالصِّدْقَ، وَعَلِمْتُمْ أَنَّهُمْ يُعَامِلُونَكُمْ عَلَى أَنَّهُمْ مُتَعَبِّدُونَ بِالْوَفَاءِ لَكُمْ بِمَا عَلَيْهِمْ مِنَ الْكِتَابَةِ وَالصِّدْقِ فِي الْمُعَامَلَةِ فَكَاتِبُوهُمْ. وَقَالَ أَبُو عُمَرَ: مَنْ لَمْ يَقُلْ إِنَّ الْخَيْرَ هُنَا الْمَالُ أَنْكَرَ أَنْ يُقَالَ إِنْ عَلِمْتُمْ فِيهِمْ مَالًا، وَإِنَّمَا يُقَالُ: عَلِمْتُ فِيهِ الْخَيْرَ وَالصَّلَاحَ وَالْأَمَانَةَ، وَلَا يُقَالُ: عَلِمْتُ فِيهِ الْمَالَ، وَإِنَّمَا يُقَالُ علمت عنده المال.
(١). في ك: تعلق. (٢). لعل كلمة" والخير" مقحمة. ولعل المراد بالخير سائر الخصال المحمودة.

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