L’imâm ach-Châfi‘î — qu’Allah lui fasse miséricorde — a ensuite déclaré : « Il n’appartient pas au maître de contraindre son esclave mâle au mariage. »
An-Nakha‘î dit pour sa part : « On avait coutume d’obliger les esclaves à se marier et l’on fermait sur eux les portes. »
Les disciples d’ach-Châfi‘î se sont appuyés sur ces propos et ont affirmé : « L’esclave est assujetti aux obligations religieuses (mukallaf) ; on ne peut donc le forcer à se marier. Le fait même qu’il soit mis en charge prouve que, du point de vue de son humanité, il est complet. Sur lui ne pèse que la propriété qui concerne le maître, à savoir la nue-propriété (milk ar-raqaba) et l’usufruit. Il en va autrement de la servante : le maître possède sur elle un droit de jouissance sexuelle qu’il peut effectivement exercer. Quant à l’organe sexuel de l’esclave mâle, le maître n’y possède aucun droit ; c’est pourquoi une maîtresse ne devient pas licite à son esclave. Tel est l’argument fondamental des savants du Khurâsân et de l’Irak. Leur second argument touche au divorce : l’esclave en est détenteur du seul fait qu’il détient lui-même son contrat (de mariage).
Pour nos savants, la grande subtilité est la suivante : la propriété de la personne de l’esclave est entièrement absorbée par la propriété du maître ; c’est pour cela que, d’après le consensus, il ne peut contracter mariage qu’avec la permission de celui-ci. Or le mariage et tout ce qui s’y rattache relèvent des intérêts (maṣâliḥ), et l’intérêt de l’esclave est confié à son maître : c’est lui qui l’évalue et le met en œuvre pour son esclave.
Sixième point — Parole du Très-Haut : « S’ils sont pauvres, Allah les enrichira de Sa grâce » (an-Nûr, 32). Le discours revient ici aux hommes et femmes libres : ne vous abstenez donc pas de marier quelqu’un en raison de la pauvreté de l’homme ou de la femme ; car « s’ils sont pauvres, Allah les enrichira de Sa grâce ». Il s’agit là d’une promesse d’enrichissement pour ceux qui contractent mariage recherchant l’agrément d’Allah et se prémunissant contre les péchés.
Ibn Mas‘ûd a dit : « Recherchez la richesse dans le mariage », puis il récita ce verset. ‘Umar — qu’Allah l’agrée — déclara : « Je m’étonne de celui qui ne cherche pas la richesse dans le mariage, alors qu’Allah, le Très-Haut, dit : “S’ils sont pauvres, Allah les enrichira de Sa grâce”. » Le même propos est rapporté d’Ibn ‘Abbâs — qu’Allah les agrée tous deux.
D’après Abû Hurayrah — qu’Allah l’agrée —, le Messager d’Allah — paix et bénédictions d’Allah sur lui — a dit : « Trois personnes ont toutes droit à l’assistance d’Allah : le combattant dans le sentier d’Allah, celui qui contracte mariage pour préserver sa chasteté, et l’esclave qui a reçu un contrat d’affranchissement (mukâtab) et veut le régler. » Hadith rapporté par Ibn Mâjah dans ses Sunan.
Si l’on objecte : « Pourtant, nous constatons que le marié ne s’enrichit pas toujours ! » — nous répondons : il n’est pas nécessaire que cet enrichissement soit permanent ; qu’il survienne ne fût-ce qu’un instant, la promesse s’avère.
On a encore dit : « Il les enrichira », c’est-à-dire qu’Il enrichira leur âme. Dans le Ṣaḥîḥ, il est rapporté : « La richesse ne consiste pas en l’abondance des biens matériels, mais la véritable richesse est la richesse de l’âme. »
Il a également été avancé qu’il ne s’agit pas d’une promesse dont l’accomplissement ne pourrait jamais connaître d’exception ; le sens serait plutôt que la fortune va et vient, alors espérez l’aisance.
Et l’on a dit enfin : le sens est qu’Allah les enrichira de Sa grâce s’Il le veut, comme dans Sa parole :