Le regard est la plus grande porte menant au cœur, la voie sensorielle la plus fréquentée vers lui ; c’est donc par là que se produisent le plus grand nombre de chutes. Il convenait donc de mettre les gens en garde, et il est obligatoire de le baisser devant toutes les choses interdites ainsi que devant tout ce qui risque d’entraîner la tentation.
Le Prophète — que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui — a dit : « Prenez garde à vous asseoir sur les voies publiques. » Ils dirent : « Ô Messager d’Allah, il nous faut pourtant des lieux où nous asseoir et converser. » Il répondit : « Si vous refusez autre chose que de vous asseoir, alors accordez à la voie son droit. » Ils demandèrent : « Quel est donc le droit de la voie, ô Messager d’Allah ? » Il dit : « Baisser le regard, s’abstenir de nuire, répondre au salut, ordonner le bien et interdire le mal. » (Rapporté par Abû Saʿîd al-Khudrî et consigné par al-Bukhârî et Muslim.)
Il dit encore à ʿAlî — qu’Allah l’agrée : « Ne fais pas suivre un regard par un autre ; le premier t’est permis, le second ne l’est pas. »
Al-Awzâʿî rapporte : « Hârûn ibn Riʾâb m’informa que Ghazwân et Abû Mûsâ al-Ashʿarî se trouvaient lors d’une de leurs expéditions. Une jeune captive se découvrit et Ghazwân la regarda. Il leva alors la main et frappa son œil jusqu’à ce qu’il enfle, en disant : “Ô toi l’œil avide, tu te tournes vers ce qui te nuit et ne t’apporte aucun bénéfice !” Puis il rencontra Abû Mûsâ et l’interrogea ; celui-ci lui dit : “Tu as été injuste envers ton œil ; demande pardon à Allah et repens-toi, car il bénéficie du premier regard, tandis que tout ce qui suit retombe sur lui.” » Al-Awzâʿî conclut : « Ghazwân maîtrisa dès lors son âme et ne sourit plus jusqu’à sa mort — qu’Allah l’agrée. »
Dans le Ṣaḥîḥ de Muslim, on lit que Jarîr ibn ʿAbd-Allâh dit : « J’ai interrogé le Messager d’Allah — paix et bénédiction d’Allah sur lui — au sujet du regard soudain ; il m’ordonna de détourner mon regard. »
Ce hadith appuie l’opinion de ceux qui voient dans la particule min du verset l’idée de “partie”, car le premier regard ne se maîtrise pas, ne relève donc pas du domaine de l’obligation : il survient sans intention délibérée, n’est pas acquis et l’homme n’en est pas responsable. La partitive s’impose donc ici, contrairement à ce qui concerne les parties intimes, lesquelles sont bel et bien sous contrôle. Al-Shaʿbî alla jusqu’à désapprouver que l’homme demeure longtemps à regarder sa propre fille, sa mère ou sa sœur — et son époque valait mieux que la nôtre ! Il est interdit à l’homme de poser un regard empreint de désir — qu’il renouvelle — sur toute femme qui lui est illicite.
Quatrième point : la parole du Très-Haut : « …et qu’ils préservent leurs parties intimes » (24, 30) — c’est-à-dire qu’ils les couvrent afin qu’elles ne soient vues que par ceux à qui cela est licite. D’autres ont dit : cela signifie « …et qu’ils les préservent de la fornication ». Selon cette opinion, si le texte avait dit « de leurs parties intimes », cela aurait également été correct. La vérité est que les deux sens sont visés et que le terme demeure général.
Bahz ibn Ḥakîm ibn Muʿâwiyah al-Qushayrî rapporte de son père, de son grand-père : « Je dis : Ô Messager d’Allah, quelles parties de nous-mêmes devons-nous couvrir et quelles parties pouvons-nous laisser découvertes ? » Il répondit : « Préserve-les… » (le hadith se poursuit).