Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Vingt-quatrième question – Les juristes ont divergé quant au cas de l’homme qui accuse son épouse d’avoir commis la fornication avec un homme qu’il nomme explicitement : encourt-il la peine légale de la calomnie ou non ?

Mâlik – qu’Allah lui fasse miséricorde – affirme qu’il doit procéder au liʿân avec son épouse et recevoir en outre la peine légale (ḥadd) au profit de l’homme ainsi diffamé. C’est également l’avis d’Abû Ḥanîfa, parce que le mari s’est rendu coupable de calomnie envers une personne pour laquelle aucune nécessité ne l’autorisait à porter cette accusation.

Aš-Šâfiʿî, pour sa part, estime qu’aucun ḥadd ne lui incombe, car le Très-Haut n’a prescrit qu’une seule peine à celui qui accuse son épouse d’adultère, conformément à Sa Parole : « Et ceux qui accusent leurs épouses… », sans distinguer celui qui mentionne l’amant par son nom de celui qui ne le mentionne pas. L’homme de la tribu ʿAjlân accusa ainsi sa femme de relations avec Šurayk, de même que Hilâl b. Umayya, et aucun d’eux ne fut soumis au ḥadd.

Ibn al-ʿArabî commente : Le sens apparent du Coran corrobore notre position, car Allah – exalté soit-Il – a institué la peine de la calomnie de façon générale, aussi bien pour l’étranger que pour l’épouse, puis Il a réservé à l’épouse la possibilité d’échapper au ḥadd par le liʿân, tandis que l’étranger reste soumis à la portée générale du verset. Si ni l’homme d’ʿAjlân ni Hilâl ne furent châtiés pour avoir nommé Šurayk, c’est simplement parce que ce dernier n’en formula pas la demande ; or, par consensus entre nous et eux, le ḥadd pour calomnie n’est appliqué par l’autorité qu’à la suite d’une plainte explicite du diffamé.

Vingt-cinquième question – Lorsque les deux époux ont achevé l’ensemble des formules du liʿân, ils se séparent, et chacun d’eux sort par une porte différente de la grande mosquée, autre que celle empruntée par l’autre partie. S’ils sortaient pourtant par la même porte, cela ne porterait pas atteinte à la validité de leur liʿân. Il n’y a aucun désaccord sur le fait que la procédure ne peut avoir lieu que dans une mosquée « jâmiʿ » où l’on accomplit la prière du vendredi, en présence du gouverneur ou de son représentant parmi les juges. Plusieurs savants ont même recommandé que le liʿân se tienne dans la grande mosquée après la prière de ʿAṣr. Quant à la femme chrétienne voulant se délier de son mari musulman par liʿân, elle accomplira la formule dans l’endroit de son église qu’elle tient pour vénérable, d’une manière analogue à celle qu’observe la femme musulmane.

Vingt-sixième question – Mâlik et ses condisciples jugent qu’à l’issue complète du liʿân la séparation entre les deux conjoints devient effective : ils ne pourront plus jamais se réunir par un nouveau mariage ni hériter l’un de l’autre, et il ne sera jamais licite à l’époux de la reprendre, ni avant qu’elle n’épouse un autre homme, ni après. Tel est aussi l’avis de Layth b. Saʿd, de Zufar b. al-Hudhayl et de l’Awzâʿî.

Abû Ḥanîfa, Abû Yûsuf et Muḥammad b. al-Ḥasan soutiennent, avec ath-Thawrî, que la rupture ne devient exécutoire qu’une fois le juge l’ayant prononcée, même après l’achèvement du liʿân, se fondant sur la parole d’Ibn ʿUmar : « Le Messager d’Allah – paix et bénédictions sur lui – sépara les conjoints ayant pratiqué le liʿân », attribuant ainsi la dissolution à l’intervention du Prophète, ainsi que sur son propos : « Il n’est plus de voie pour toi sur elle. »

Aš-Šâfiʿî dit : Dès que l’époux a terminé ses quatre attestations et l’invocation de la malédiction, la couche conjugale est levée, que l’épouse procède ensuite au liʿân ou qu’elle s’y abstienne. Le liʿân de la femme n’a d’autre fonction que d’écarter d’elle la peine légale ; il n’intervient pas dans la dissolution du lien conjugal. Et puisque le liʿân du mari écarte

الرَّابِعَةُ وَالْعِشْرُونَ- اخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي حُكْمِ مَنْ قَذَفَ امْرَأَتَهُ بِرَجُلٍ سَمَّاهُ، هَلْ يُحَدُّ أَمْ لَا، فَقَالَ مَالِكٌ: عَلَيْهِ اللِّعَانُ لِزَوْجَتِهِ، وَحُدَّ لِلْمَرْمِيِّ. وَبِهِ قَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، لِأَنَّهُ قَاذِفٌ لِمَنْ لَمْ يَكُنْ لَهُ ضَرُورَةٌ إِلَى قَذْفِهِ. وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: لَا حَدَّ عَلَيْهِ، لِأَنَّ اللَّهَ عَزَّ وَجَلَّ لَمْ يَجْعَلْ عَلَى مَنْ رَمَى زوجته بالزنى إِلَّا حَدًّا وَاحِدًا بِقَوْلِهِ: " وَالَّذِينَ يَرْمُونَ أَزْواجَهُمْ" ، وَلَمْ يُفَرِّقْ بَيْنَ مَنْ ذَكَرَ رَجُلًا بِعَيْنِهِ وَبَيْنَ مَنْ لَمْ يَذْكُرْ، وَقَدْ رَمَى الْعَجْلَانِيُّ زوجته بشريك وكذلك هلال ابن أُمَيَّةَ، فَلَمْ يُحَدَّ وَاحِدٌ مِنْهُمَا. قَالَ ابْنُ الْعَرَبِيِّ: وَظَاهِرُ الْقُرْآنِ لَنَا، لِأَنَّ اللَّهَ تَعَالَى وَضَعَ الْحَدَّ فِي قَذْفِ الْأَجْنَبِيِّ وَالزَّوْجَةِ مُطْلَقَيْنِ، ثُمَّ خُصَّ حَدُّ الزَّوْجَةِ بِالْخَلَاصِ بِاللِّعَانِ وَبَقِيَ الْأَجْنَبِيُّ عَلَى مُطْلَقِ الْآيَةِ. وَإِنَّمَا لَمْ يَحُدَّ الْعَجْلَانِيُّ لِشَرِيكٍ وَلَا هِلَالٍ لِأَنَّهُ لَمْ يَطْلُبْهُ، وَحَدُّ الْقَذْفِ لَا يُقِيمُهُ الْإِمَامُ إِلَّا بَعْدَ الْمُطَالَبَةِ «١» إِجْمَاعًا مِنَّا وَمِنْهُ. الْخَامِسَةُ وَالْعِشْرُونَ- إِذَا فَرَغَ الْمُتَلَاعِنَانِ مِنْ تَلَاعُنِهِمَا جَمِيعًا تَفَرَّقَا وَخَرَجَ كُلُّ وَاحِدٍ مِنْهُمَا عَلَى بَابٍ مِنَ الْمَسْجِدِ الْجَامِعِ غَيْرِ الْبَابِ الَّذِي يَخْرُجُ مِنْهُ صَاحِبُهُ، وَلَوْ خَرَجَا مِنْ بَابٍ وَاحِدٍ لَمْ يَضُرَّ ذَلِكَ لِعَانَهُمَا. وَلَا خِلَافَ فِي أَنَّهُ لَا يَكُونُ اللِّعَانُ إِلَّا فِي مَسْجِدٍ جَامِعٍ تُجْمَعُ فِيهِ الْجُمُعَةُ بِحَضْرَةِ السُّلْطَانِ أَوْ مَنْ يَقُومُ مَقَامَهُ مِنَ الْحُكَّامِ. وَقَدِ اسْتَحَبَّ جَمَاعَةٌ مِنْ أَهْلِ الْعِلْمِ أَنْ يَكُونَ اللِّعَانُ فِي الْجَامِعِ بَعْدَ الْعَصْرِ. وَتَلْتَعِنُ النَّصْرَانِيَّةُ مِنْ زَوْجِهَا الْمُسْلِمِ في الموضع الذي تعظمه من كنيستها بمثل «٢» مَا تَلْتَعِنُ بِهِ الْمُسْلِمَةُ. السَّادِسَةُ وَالْعِشْرُونَ- قَالَ مَالِكٌ وَأَصْحَابُهُ: وَبِتَمَامِ اللِّعَانِ تَقَعُ الْفُرْقَةُ بَيْنَ الْمُتَلَاعِنَيْنِ، فَلَا يَجْتَمِعَانِ أَبَدًا وَلَا يَتَوَارَثَانِ، وَلَا يَحِلُّ لَهُ مُرَاجَعَتُهَا أَبَدًا لَا قَبْلَ زَوْجٍ وَلَا بَعْدَهُ، وَهُوَ قَوْلُ اللَّيْثِ بْنِ سَعْدٍ وَزُفَرَ بْنِ الْهُذَيْلِ وَالْأَوْزَاعِيِّ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وأبو يوسف ومحمد ابن الْحَسَنِ: لَا تَقَعُ الْفُرْقَةُ بَعْدَ فَرَاغِهِمَا مِنَ اللِّعَانِ حَتَّى يُفَرِّقَ الْحَاكِمُ بَيْنَهُمَا، وَهُوَ قَوْلُ الثَّوْرِيِّ، لِقَوْلِ ابْنِ عُمَرَ: فَرَقَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ بَيْنَ الْمُتَلَاعِنَيْنِ، فَأَضَافَ الْفُرْقَةَ إِلَيْهِ، وَلِقَوْلِهِ عَلَيْهِ السَّلَامُ: (لَا سَبِيلَ لَكَ عَلَيْهَا) . وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: إِذَا أَكْمَلَ الزَّوْجُ الشَّهَادَةَ وَالِالْتِعَانَ فَقَدْ زَالَ فِرَاشُ امْرَأَتِهِ، التَعَنَتْ أَوْ لَمْ تَلْتَعِنْ. قَالَ: وَأَمَّا الْتِعَانُ الْمَرْأَةِ فَإِنَّمَا هُوَ لِدَرْءِ الْحَدِّ عَنْهَا لَا غَيْرَ، وَلَيْسَ لِالْتِعَانِهَا فِي زَوَالِ الْفِرَاشِ مَعْنًى. وَلَمَّا كان لعان الزوج ينفى
(١). في ك: إلا بمطالبة المقذوف. (٢). من ب وك. وفى أوج وط: مثل. (١٢ - ١٣)

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