Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Quatrième question – Les jurisconsultes énumèrent neuf conditions pour que l’accusation de fornication (qadhf) soit retenue :

  1. Deux conditions relatives au calomniateur : la raison et la puberté, puisqu’elles constituent le fondement même de la responsabilité légale, laquelle n’existe pas sans elles.

  2. Deux conditions concernant l’acte imputé : il faut que l’accusation porte sur un rapport sexuel qui entraîne l’application d’une peine légale, à savoir la fornication (zinâ) ou la sodomie (liwât), ou encore la négation de la paternité d’un enfant. Les autres péchés n’entrent pas dans ce cadre.

  3. Cinq conditions tenant à la personne calomniée : la raison, la puberté, l’islam, la liberté et la chasteté par rapport à l’inconduite sexuelle dont elle est accusée, qu’elle soit chaste dans les autres domaines ou non.

Nous avons exigé de la personne calomniée la raison et la puberté, tout comme pour le calomniateur—bien que ces deux qualités ne fassent pas partie, à proprement parler, des composantes de l’« iḥṣân »—parce que la peine légale a pour but de dissuader de porter atteinte à l’honneur d’autrui ; or il n’y a pas de véritable préjudice pour celui qui est dépourvu de raison ou n’a pas atteint la puberté, car on ne saurait qualifier de fornication ou de sodomie ce qui les concerne.

Cinquième question – Les savants sont unanimes : si l’accusateur emploie expressément le terme « fornication », l’acte constitue un qadhf passible de la peine prévue. S’il n’emploie qu’une allusion sans déclaration explicite, Mâlik estime qu’il s’agit malgré tout d’un qadhf ; tandis qu’Ach-Châfiʿî et Abû Ḥanîfa soutiennent que cela n’est considéré comme tel que s’il précise : « J’entendais par là l’accusation de fornication. »

La preuve de la position de Mâlik réside dans le fait que la peine du qadhf a pour finalité de lever l’opprobre jeté sur la personne visée ; or, si cet opprobre est obtenu par simple insinuation, l’acte doit être assimilé à l’explicite, l’élément décisif étant le sens compris.

Ainsi, le Très-Haut rapporte les propos adressés à Chuʿayb : « En vérité, tu es bien le clément, le raisonnable » (Hûd, 87) ; c’était, par insinuation, pour le traiter « d’insensé égaré », couvert d’un apparent éloge, comme cela a été exposé dans la sourate Hûd.

De même, au sujet d’Abû Jahl : « Goûte donc ! Te voilà, toi, le puissant, le noble » (Ad-Dukhân, 49).

Et relatant les paroles adressées à Maryam : « Ô sœur de Hârûn ! Ton père n’était pas un homme pervers, et ta mère n’était point une femme débauchée » (Maryam, 28). Ils louèrent son père, nièrent la fornication à sa mère—c’est-à-dire l’adultère—mais insinuèrent cette turpitude à l’encontre de Maryam. C’est pourquoi Allah dit : « Et à cause de leur mécréance et de leur énorme calomnie contre Maryam » (An-Nisâ’, 156). Leur mécréance est notoire, et la « calomnie énorme » vise l’insinuation : « Ton père n’était pas pervers ni ta mère prostituée », sous-entendant que, toi, tu l’es, puisque tu es venue avec cet enfant.

Le Très-Haut dit encore : « Dis : “Qui donc vous nourrit, du ciel et de la terre ?” Dis : “Allah.” Et, certes, ou nous ou vous sommes sur la bonne voie ou dans un égarement manifeste » (Saba’, 24). De cette tournure, on comprend que les mécréants ne sont pas dans la bonne voie, tandis qu’Allah et Son Messager, eux, le sont ; l’allusion transmet donc le même sens que l’énoncé explicite.

C’est d’ailleurs pour une insinuation comparable que ʿUmar—qu’Allah l’agrée—fit emprisonner le poète al-Ḥuṭayʾa lorsqu’il déclara

الرَّابِعَةُ- لِلْقَذْفِ شُرُوطٌ عِنْدَ الْعُلَمَاءِ تِسْعَةٌ: شَرْطَانِ فِي الْقَاذِفِ، وَهُمَا الْعَقْلُ وَالْبُلُوغُ، لِأَنَّهُمَا أَصْلَا التَّكْلِيفِ، إِذِ التَّكْلِيفُ سَاقِطٌ دُونَهُمَا. وَشَرْطَانِ فِي الشيء المقذوف به، وهو أن يقذف بوطي يلزمه فيه الحد، وهو الزنى وَاللِّوَاطُ أَوْ بِنَفْيِهِ مِنْ أَبِيهِ دُونَ سَائِرِ المعاصي. وخمسة في الْمَقْذُوفِ، وَهِيَ الْعَقْلُ وَالْبُلُوغُ وَالْإِسْلَامُ وَالْحُرِّيَّةُ وَالْعِفَّةُ عَنِ الْفَاحِشَةِ الَّتِي رُمِيَ بِهَا، كَانَ عَفِيفًا مِنْ غَيْرِهَا أَمْ لَا. وَإِنَّمَا شَرَطْنَا فِي المقذوف العقل والبلوغ كما شرطنا هما فِي الْقَاذِفِ وَإِنْ لَمْ يَكُونَا مِنْ مَعَانِي الْإِحْصَانِ لِأَجْلِ أَنَّ الْحَدَّ إِنَّمَا وُضِعَ لِلزَّجْرِ عَنِ الْإِذَايَةِ بِالْمَضَرَّةِ الدَّاخِلَةِ عَلَى الْمَقْذُوفِ، وَلَا مَضَرَّةَ عَلَى مَنْ عَدِمَ الْعَقْلَ وَالْبُلُوغَ، إِذْ لَا يُوصَفُ اللِّوَاطُ فِيهِمَا وَلَا مِنْهُمَا بِأَنَّهُ زِنًى. الْخَامِسَةُ- اتَّفَقَ الْعُلَمَاءُ عَلَى أَنَّهُ إِذَا صرح بالزنى كَانَ قَذْفًا وَرَمْيًا مُوجِبًا لِلْحَدِّ، فَإِنْ عَرَّضَ وَلَمْ يُصَرِّحْ فَقَالَ مَالِكٌ: هُوَ قَذْفٌ. وَقَالَ الشَّافِعِيُّ وَأَبُو حَنِيفَةَ: لَا يَكُونُ قَذْفًا حَتَّى يَقُولَ أَرَدْتُ بِهِ الْقَذْفَ. وَالدَّلِيلُ لِمَا قَالَهُ مَالِكٌ هُوَ أَنَّ مَوْضُوعَ الْحَدِّ فِي الْقَذْفِ إِنَّمَا هُوَ لِإِزَالَةِ الْمَعَرَّةِ الَّتِي أَوْقَعَهَا الْقَاذِفُ بالمقذوف، فإذا حصلت المعرة بالتعريض وَجَبَ أَنْ يَكُونَ قَذْفًا كَالتَّصْرِيحِ، وَالْمُعَوَّلُ عَلَى الْفَهْمِ، وَقَدْ قَالَ تَعَالَى مُخْبِرًا عَنْ شُعَيْبٍ: " إِنَّكَ لَأَنْتَ الْحَلِيمُ الرَّشِيدُ" [هود: ٨٧] أَيِ السَّفِيهُ الضَّالُّ، فَعَرَّضُوا لَهُ بِالسَّبِّ بِكَلَامٍ ظاهر الْمَدْحُ فِي أَحَدِ التَّأْوِيلَاتِ، حَسْبَمَا تَقَدَّمَ فِي هُودٍ «١» . وَقَالَ تَعَالَى فِي أَبِي جَهْلٍ: " ذُقْ إِنَّكَ أَنْتَ الْعَزِيزُ الْكَرِيمُ «٢» " [الدخان: ٤٩] . وَقَالَ حِكَايَةً عَنْ مَرْيَمَ: " يَا أُخْتَ هارُونَ مَا كانَ أَبُوكِ امْرَأَ سَوْءٍ وَما كانَتْ أُمُّكِ «٣» بَغِيًّا" [مريم: ٢٨] ، فَمَدَحُوا أَبَاهَا وَنَفَوْا عَنْ أُمِّهَا الْبِغَاءَ أَيِ الزنى، وَعَرَّضُوا لِمَرْيَمَ بِذَلِكَ، وَلِذَلِكَ قَالَ تَعَالَى: " وَبِكُفْرِهِمْ وَقَوْلِهِمْ عَلى مَرْيَمَ بُهْتاناً عَظِيماً «٤» " [النساء: ١٥٦] ، وَكُفْرُهُمْ مَعْرُوفٌ، وَالْبُهْتَانُ الْعَظِيمُ هُوَ التَّعْرِيضُ لَهَا، أَيْ مَا كَانَ أَبُوكِ امْرَأَ سَوْءٍ وَمَا كَانَتْ أُمُّكِ بَغِيًّا، أَيْ أَنْتَ بِخِلَافِهِمَا وَقَدْ أَتَيْتِ بِهَذَا الْوَلَدِ. وَقَالَ تَعَالَى: " قُلْ مَنْ يَرْزُقُكُمْ مِنَ السَّماواتِ وَالْأَرْضِ قُلِ اللَّهُ وَإِنَّا أَوْ إِيَّاكُمْ لَعَلى هُدىً أَوْ فِي ضَلالٍ مُبِينٍ «٥» " [سبأ: ٢٤] ، فَهَذَا اللَّفْظُ قَدْ فُهِمَ مِنْهُ أَنَّ الْمُرَادَ بِهِ أَنَّ الْكُفَّارَ عَلَى غَيْرِ هُدًى، وَأَنَّ اللَّهَ تَعَالَى وَرَسُولَهُ عَلَى الْهُدَى، فَفُهِمَ مِنْ هَذَا التَّعْرِيضِ مَا يُفْهَمُ مِنْ صَرِيحِهِ. وَقَدْ حَبَسَ عُمَرُ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ الْحُطَيْئَةَ لَمَّا قال:
(١). راجع ج ٩ ص ٨٧. (٢). راجع ج ١٦ ص ١٥١. (٣). راجع ج ١١ ص ٩٩. (٤). راجع ج ٦ ص ٧ فما بعد. (٥). راجع ج ١٤ ص ٢٩٨.

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