[Sourate al-Mu’minûn (23) : versets 106 à 108]
« Ils dirent : « Ô notre Seigneur, notre infortune a triomphé de nous et nous étions un peuple égaré. Ô notre Seigneur, fais-nous sortir d’ici ; si nous récidivons, nous serons alors des injustes. » Il répondit : « Restez-y, honnis, et ne Me parlez plus. »
La parole du Très-Haut :
(Ils dirent : Ô notre Seigneur, ghalabat ‘alaynâ shiqqwatunâ)
Les habitants de Médine, Abû ‘Amr et ‘Âsim lisent : « shiqqwatunâ » ; les Koufiens, à l’exception de ‘Âsim, lisent : « shaqâwatunâ ». Cette seconde lecture est également rapportée d’Ibn Mas‘ûd et d’al-Hasan.
On dit : shaqâ’ et shaqâ, avec voyelle longue ou brève.
La meilleure explication est celle-ci : « Nos plaisirs et nos passions ont eu le dessus sur nous. » Allah appelle donc ces plaisirs et ces passions « infortune » (shiqwa), car ils mènent à la perdition, tout comme Il dit : « Ceux qui dévorent injustement les biens des orphelins ne font qu’engloutir du feu dans leurs ventres » (an-Nisâ’ : 10), parce que cet acte les conduit au Feu.
Il a aussi été avancé : « C’est ce qui, selon Ton savoir éternel, est inscrit contre nous dans le Livre-mère quant à notre malheur. »
D’autres ont dit : « C’est le fait de se faire bonne opinion à soi-même et mauvaise opinion des créatures. »
(Et nous étions un peuple égaré)
C’est-à-dire : par nos actes nous étions éloignés de la voie droite. Il ne s’agit pas pour eux d’une excuse mais d’un aveu, comme l’indique leur parole suivante :
(Ô notre Seigneur, fais-nous sortir d’ici ; si nous revenons [à l’incroyance], nous serons assurément des injustes)
Ils réclament de retourner en ce bas-monde, comme ils l’avaient déjà fait à l’instant de la mort : « Si nous revenons à la mécréance, nous serons injustes envers nous-mêmes d’y retomber. »
Ils recevront pour toute réponse, après mille ans :
(Restez-y, honnis, et ne Me parlez plus)
C’est-à-dire : éloignez-vous et demeurez dans Jahannam, de même qu’on dit au chien : « Ikhsa’ ! », c’est-à-dire : « Va-t-en ! » — « khasa’tu l-kalba » : je l’ai chassé. Le verbe se conjugue tantôt transitivement, tantôt intransitivement ; on dit aussi : « inkhasa’a l-kalbu », il s’est retiré.
Ibn al-Mubârak rapporte : Sa‘îd b. Abî ‘Arûba nous a relaté, d’après Qatâda, d’après Abû Ayyûb, d’après ‘Abd Allâh b. ‘Amr b. al-‘Âs :
« Les gens de Jahannam appelleront Mâlik, et celui-ci ne leur répondra pas pendant quarante ans ; puis il leur dira : « Vous demeurerez (pour toujours). » Par Allah, leur appel à Mâlik et au Seigneur de Mâlik aura été vain !
Ensuite ils invoqueront leur Seigneur en disant : “Ô notre Seigneur, notre infortune a triomphé de nous et nous étions un peuple égaré. Ô notre Seigneur, fais-nous sortir d’ici ; si nous récidivons, nous serons injustes.” Alors Allah se taira à leur égard pendant une durée équivalente à deux existences terrestres, puis Il leur dira : “Restez-y, honnis !”
Par Allah, après cela ces gens ne prononcèrent plus un seul mot ; il ne leur resta que le mugissement et les râles de la Fournaise de Jahannam. »