Dans le ḥadith rapporté de Qaylah on lit : « Lorsque son époux revenait de la veillée nocturne (as-sāmir) ». Le terme désigne ici les gens qui passent la nuit à bavarder ; il s’agit d’un nom singulier employé avec une valeur collective, comme al-ḥāḍir – nom donné au groupe qui séjourne auprès d’un point d’eau –, al-bāqir qui renvoie collectivement au bétail bovin, ou encore al-jāmil qui désigne, au singulier, l’ensemble des chameaux mâles et femelles.
De même, le Très-Haut dit : « Puis Nous vous faisons sortir enfant (ṭiflan) » [al-Ḥajj : 5], c’est-à-dire « enfants » ; le mot « ṭifl », singulier, y tient lieu de pluriel.
On dira : qawmun samr, summar ou sāmir ; tous indiquent le fait de veiller la nuit, dérivé de « samar », nom donné à la clarté lunaire se déposant sur les arbres.
Al-Jawharī explique : « as-sāmir, que l’on appelle aussi as-summār, désigne ceux qui veillent la nuit, tout comme al-ḥājj (le pèlerin) donne al-ḥujjāj au pluriel. » Le poète a dit :
« Lors d’une veillée où s’éternisèrent plaisirs et conversations nocturnes. »
Il semble avoir donné au lieu même de la réunion nocturne le nom de « sāmir ».
On a également dit que le mot a été employé au singulier, quoique signifiant « les veilleurs », parce qu’on l’a mis à la place d’une indication de temps ; ainsi ce vers :
« Avant d’arriver jusqu’à eux – si tu viens de nuit –
retentissent les instruments des chanteuses et une assemblée débordante. »
Il dit « samaran » (« de nuit »), voulant dire : « Si tu viens à eux la nuit, tu les trouveras occupés à veiller. »
« Les deux fils de Samīr » désignent la nuit et le jour, parce que l’on veille aussi bien durant l’un que durant l’autre. On dit : « Je ne le ferai jamais, aussi longtemps que veilleront les deux fils de Samīr. » « As-Samīr » peut aussi signifier « le Temps », dont les deux enfants seraient la nuit et le jour. De même l’expression : « Je ne le ferai pas tant qu’il y aura veillée et clair de lune », c’est-à-dire aussi longtemps que les gens se tiendront éveillés par une nuit de pleine lune ; ou encore : « Je ne le ferai jamais, ô compagnon des nuits ». Le poète a dit, al-Shanfarā :
« Là, je ne convoiterai plus une vie qui me réjouisse,
ô compagnon des nuits, livré aux châtiments. »
As-samār (avec l’ouverture du sīn) désigne aussi le lait clair et léger.
Les Arabes se rassemblaient, la nuit, pour converser ; cette habitude les a conduits à connaître les étoiles, car ils s’asseyaient en plein désert et distinguaient les astres se levant à l’orient de ceux qui se couchaient à l’occident.
Quraysh veillait ainsi autour de la Kaʿba, tenant des assemblées où dominaient leurs vaines paroles et leur mécréance ; Allah les a blâmés pour cela.
Quant au verbe « tahjurūn », on le lit soit avec ḍamma sur le tā et kasra sur le jīm, dérivé de « ahjara » : proférer des obscénités ; soit avec fatḥa sur le tā et ḍamma sur le jīm, tiré de « hajara » que l’on emploie pour le malade qui divague. Son sens est qu’ils s’adonnaient au délire et aux propos malséants à l’égard du Prophète – que les prières et la paix d’Allah soient sur lui – et du Coran, selon Ibn ʿAbbās et d’autres.
Deuxièmement, Saʿīd ibn Jubayr rapporte d’Ibn ʿAbbās : « La veillée nocturne (as-samar) ne fut déclarée répréhensible qu’après la révélation de cette parole du Très-Haut : “Moustakbirīna bihi, sāmiran tahjurūn” ; Allah – Exalté soit-Il – a certes blâmé des gens qui veillaient la nuit dans un autre but que l’obéissance… »