Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Parole du Très-Haut :

« Pensent-ils donc que ce que Nous leur prodiguons en biens et en enfants… »

Le terme « mâ » a ici le sens de « ce que/ce qui ». Autrement dit : Ô Muhammad, s’imaginent-ils que ce que Nous leur accordons en ce bas-monde comme fortune et progéniture constitue pour eux une récompense ? Il ne s’agit en réalité que d’un stratagème graduel (istidrâdj) et d’un sursis que Nous leur laissons ; ce n’est nullement une promptitude à leur octroyer les bienfaits.

Au sujet du prédicat (khabar) de « inna », trois opinions ont été avancées, dont l’une soutient qu’il est sous-entendu.

Az-Zajjâdj dit : le sens est « Nous hâtons pour eux, par ceci, les bienfaits », et la locution « bihi » a été omise.

Hichâm al-Ḍarîr formula une remarque subtile : « innamâ » désigne ici les bienfaits eux-mêmes ; le sens devient alors : « Nous hâtons pour eux en cela », puis l’expression a été explicite par la suite : « fîl-khayrât » – d’où aucune ellipse, selon cette interprétation.

Selon la doctrine d’al-Kisâ’î, « innamâ » n’est qu’une seule particule, si bien qu’il n’est pas besoin de supposer une suppression.

Il est permis de faire une pause oratoire à la fin de l’expression « … wa banîn » (« … et des fils »).

Mais pour celui qui considère « innamâ » comme deux particules (inna + mâ), il est indispensable qu’un pronom, contenu dans le prédicat, renvoie au nom de « inna » ; la pause à « … wa banîn » ne serait donc pas achevée.

As-Sikhtiyânî estime qu’il ne convient pas de s’arrêter sur « … wa banîn », car le verbe « yaḥsabung » exige deux compléments d’objet, lesquels se complètent par l’expression « fîl-khayrât ». Ibnul-Anbârî réplique : c’est erroné, car « inna » suffit, avec son sujet et son prédicat, et l’on ne peut lui adjoindre un second objet direct.

Abû ‘Abdir-Raḥmân as-Sulamî et ‘Abdur-Raḥmân ibn Abî Bakrah ont lu « yusâri‘u » à la troisième personne (« il hâte »), le sujet étant alors « Notre soutien (imdâdunâ) ». Cette lecture se comprend sans ellipse : « le soutien se hâte pour eux ». Elle peut aussi impliquer une suppression, le sens devenant : « Allah se hâte pour eux ».

On a également récité : « yusâra‘u lahum fil-khayrât » (forme passive). Trois analyses sont possibles :

  1. avec suppression de « bihi » ;
  2. à comprendre comme : « c’est le soutien qui se hâte » ;
  3. en considérant « lahum » comme sujet de la forme impersonnelle (nom de l’agent non exprimé), ainsi que l’a mentionné An-Naḥḥâs.

Al-Mahdawî rapporte qu’al-Ḥurr an-Naḥwî a lu : « nusri‘u lahum fil-khayrât » (« Nous hâtons pour eux »), dont la signification rejoint la lecture majoritaire.

Ath-Tha‘labî conclut : la lecture correcte est celle de la grande masse (« nusâri‘u »), en raison de l’expression précédente : « numidduhum » (« Nous les alimentons / leur accordons »).

« Mais ils n’en ont point conscience » : ils ne se rendent pas compte que tout cela n’est, pour eux, qu’une tentation et un procédé graduel.

Versets suivants (23 : 57-60)

« Certes, ceux qui, par crainte révérencielle de leur Seigneur, sont empreints d’appréhension,
ceux qui croient aux signes de leur Seigneur,
ceux qui n’associent rien à leur Seigneur,
et ceux qui donnent (en aumône) ce qu’ils donnent tandis que leurs cœurs sont pleins de crainte, parce qu’ils doivent retourner vers leur Seigneur… »

قَوْلُهُ تَعَالَى: (أَيَحْسَبُونَ أَنَّما نُمِدُّهُمْ بِهِ مِنْ مالٍ وَبَنِينَ) " مَا" بِمَعْنَى الَّذِي، أَيْ أَيَحْسَبُونَ يَا مُحَمَّدُ أَنَّ الَّذِي نُعْطِيهِمْ فِي الدُّنْيَا مِنَ الْمَالِ وَالْأَوْلَادِ هُوَ ثَوَابٌ لَهُمْ، إِنَّمَا هُوَ اسْتِدْرَاجٌ وَإِمْلَاءٌ، لَيْسَ إِسْرَاعًا فِي الْخَيْرَاتِ. وَفِي خَبَرِ " أِنَّ" ثَلَاثَةُ أَقْوَالٍ، مِنْهَا أَنَّهُ مَحْذُوفٌ. وَقَالَ الزَّجَّاجُ: الْمَعْنَى نُسَارِعُ لَهُمْ بِهِ فِي الْخَيْرَاتِ، وَحُذِفَتْ بِهِ. وَقَالَ هِشَامٌ الضَّرِيرُ قَوْلًا دَقِيقًا، قَالَ: " أَنَّما" هِيَ الْخَيْرَاتُ، فَصَارَ الْمَعْنَى: نُسَارِعُ لَهُمْ فِيهِ، ثُمَّ أَظْهَرَ فَقَالَ " فِي الْخَيْراتِ" ، وَلَا حَذْفَ فِيهِ عَلَى هَذَا التَّقْدِيرِ. وَمَذْهَبُ الْكِسَائِيِّ أَنَّ " إِنَّما" حَرْفٌ وَاحِدٌ فَلَا يَحْتَاجُ إِلَى تَقْدِيرِ حَذْفٍ، وَيَجُوزُ الْوَقْفُ على قوله: " وَبَنِينَ" . وَمَنْ قَالَ: " أَنَّما" حَرْفَانِ فَلَا بُدَّ مِنْ ضَمِيرٍ يَرْجِعُ مِنَ الْخَبَرِ إِلَى اسْمِ " أَنَّ" وَلَمْ يَتِمَّ الْوَقْفُ عَلَى " وَبَنِينَ" . وَقَالَ السِّخْتِيَانِيُّ: لَا يَحْسُنُ الْوَقْفُ عَلَى " وَبَنِينَ" ، لِأَنَّ " يَحْسَبُونَ ٣٠" يحتاج إلى مفعولين، فتمام المفعولين " فِي الْخَيْراتِ" قَالَ ابْنُ الْأَنْبَارِيِّ: وَهَذَا خَطَأٌ، لِأَنَّ " إِنَّ" كَافِيَةٌ مِنَ اسْمِ أَنَّ وَخَبَرِهَا وَلَا يَجُوزُ أَنْ يُؤْتَى بَعْدَ " إِنَّ" بِمَفْعُولٍ ثَانٍ. وَقَرَأَ أَبُو عَبْدِ الرَّحْمَنِ السُّلَمِيُّ وَعَبْدُ الرَّحْمَنِ بْنُ أَبِي بَكْرَةَ " يُسَارِعُ" بِالْيَاءِ، عَلَى أَنْ يَكُونَ فَاعِلُهُ إِمْدَادُنَا. وَهَذَا يَجُوزُ أَنْ يَكُونَ عَلَى غَيْرِ حَذْفٍ، أَيْ يُسَارِعُ لَهُمُ الْإِمْدَادُ. وَيَجُوزُ أَنْ يَكُونَ فِيهِ حَذْفٌ، وَيَكُونُ المعنى يسارع الله لهم. وقرى " يُسَارَعُ لَهُمْ فِي الْخَيْرَاتِ" وَفِيهِ ثَلَاثَةُ أَوْجُهٍ: أَحَدُهَا عَلَى حَذْفِ بِهِ. وَيَجُوزُ أَنْ يَكُونَ يُسَارَعُ الْإِمْدَادُ. وَيَجُوزُ أَنْ يَكُونَ " لَهُمْ" اسْمُ مَا لَمْ يُسَمَّ فَاعِلُهُ، ذَكَرَهُ النَّحَّاسُ. قَالَ الْمَهْدَوِيُّ: وَقَرَأَ الْحُرُّ النَّحْوِيُّ " نُسْرِعُ لَهُمْ فِي الْخَيْرَاتِ" وَهُوَ مَعْنَى قِرَاءَةِ الْجَمَاعَةِ. قَالَ الثَّعْلَبِيُّ: وَالصَّوَابُ قِرَاءَةُ الْعَامَّةِ، لِقَوْلِهِ: " نُمِدُّهُمْ" . (بَلْ لَا يَشْعُرُونَ) أن ذلك فتنة لهم واستدراج. [سورة المؤمنون (٢٣) : الآيات ٥٧ الى ٦٠] إِنَّ الَّذِينَ هُمْ مِنْ خَشْيَةِ رَبِّهِمْ مُشْفِقُونَ (٥٧) وَالَّذِينَ هُمْ بِآياتِ رَبِّهِمْ يُؤْمِنُونَ (٥٨) وَالَّذِينَ هُمْ بِرَبِّهِمْ لَا يُشْرِكُونَ (٥٩) وَالَّذِينَ يُؤْتُونَ مَا آتَوْا وَقُلُوبُهُمْ وَجِلَةٌ أَنَّهُمْ إِلى رَبِّهِمْ راجِعُونَ (٦٠)

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