Je dis : la question mérite examen, pourvu que l’auteur de l’acte ne soit ni ignorant ni prisonnier d’une interprétation erronée. Quand bien même le consensus est établi sur le fait que la parole du Très-Haut : « … et ceux qui sauvegardent leurs organes intimes, sauf avec leurs épouses ou ce que possèdent leurs mains droites, car alors ils ne sont pas blâmés » concerne les hommes à l’exclusion des femmes, Maʿmar rapporte de Qatāda le récit suivant :
Une femme prit son esclave garçon pour concubin. L’affaire fut portée à ʿUmar qui l’interrogea : « Qu’est-ce qui t’a poussée à agir ainsi ? » Elle répondit : « Je pensais qu’il m’était licite en vertu de la possession de ma main droite, tout comme la femme esclave est licite à l’homme qui la possède. » ʿUmar consulta alors les Compagnons du Messager d’Allāh – paix et bénédictions sur lui – au sujet de la lapidation éventuelle. Ils dirent : « Elle a interprété le Livre d’Allāh, le Puissant, le Majestueux, autrement que selon son véritable sens ; il n’y a pas lieu de la lapider. » ʿUmar déclara : « Qu’à cela ne tienne ! Par Allāh, jamais plus je ne te rendrai licite à un homme libre. » Il la sanctionna ainsi, écarta d’elle l’application du ḥadd et ordonna à l’esclave de ne plus s’approcher d’elle.
Abū Bakr ibn ʿAbd Allāh rapporte avoir entendu son père dire : « J’étais présent auprès de ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAzīz lorsqu’une femme se présenta avec un beau jeune esclave. Elle dit : “J’ai pris cet esclave comme concubin, mais mes cousins m’en ont empêchée ; or je suis, à l’égard d’un esclave, à l’instar de l’homme qui possède une esclave et a des rapports avec elle. Interdis donc à mes cousins de me faire obstacle.” ʿUmar demanda : “As-tu été mariée avant cela ?” Elle répondit : “Oui.” Il dit : “Par Allāh ! N’eût été ton statut d’ignorante, je t’aurais lapidée à coups de pierres. Mais emmenez-le et vendez-le à quelqu’un qui l’emmènera loin de sa contrée.” »
Le terme « warā’a » signifie ici « en dehors de » et sert de complément d’objet au verbe « ibtaghā » ; autrement dit : « quiconque recherche autre chose que les épouses et les captives qu’il possède ». Al-Zajjāj dit : c’est-à-dire : « quiconque recherche ce qui est au-delà de cela », le complément d’objet du verbe étant sous-entendu, et « warā’a » devient alors un adverbe. Le démonstratif « dhālika » renvoie à toute chose mentionnée, qu’elle soit féminine ou masculine.
« … ceux-là sont les transgresseurs » : c’est-à-dire ceux qui outrepassent la limite, le verbe ʿadā signifiant dépasser et franchir la limite.
Huitième point – Parole du Très-Haut : « et ceux qui préservent les dépôts confiés et les engagements contractés – et ceux qui veillent scrupuleusement à leurs prières ». La majorité lit « li-amānātihim » au pluriel, tandis qu’Ibn Kathīr le lit au singulier. Le dépôt (amānah) et le pacte (ʿahd) englobent tout ce dont l’homme est chargé dans sa religion et dans sa vie, tant en paroles qu’en actes : relations avec autrui, promesses, etc., le but ultime étant d’en assurer la sauvegarde et l’accomplissement. L’amānah est plus large que le ʿahd ; tout ʿahd constitue une amānah dès lors qu’il implique parole, acte ou conviction.
Neuvième point – La majorité lit « ṣalawātihim », tandis que Ḥamzah et al-Kisāʾī lisent « ṣalātihim » au singulier, ce singulier ayant valeur de nom collectif et renvoyant de ce fait au pluriel. Veiller sur la ṣalāh consiste à l’établir et à se hâter de l’accomplir dès les premiers moments