Il n’existe chez aucun fils d’Adam une force contraignante qui l’oblige à obéir ; prétendre que Satan disposerait d’un tel pouvoir revient à adopter l’opinion des dualistes (ath-Thanawiyyah) et des Mages, à savoir : « le bien vient d’Allah et le mal vient de Satan. »
Quant à celui qui dit que ces paroles seraient sorties de la bouche du Prophète – paix et salut sur lui – par inadvertance, il soutient que, peut-être, il avait entendu ces deux expressions de la part des idolâtres, qu’elles étaient restées gravées dans sa mémoire et qu’elles seraient revenues à son esprit, par oubli, lorsqu’il récita la sourate. Ainsi, l’inadvertance (as-sahw) peut atteindre les prophètes ; toutefois, ils ne sont pas laissés dans cet état, et Allah – Exalté soit-Il – fit descendre ce verset pour préparer leur excuse et le réconforter, afin que l’on ne dise pas : « Il est revenu sur une partie de sa récitation. » Il exposa, en outre, que semblable chose était déjà arrivée aux autres prophètes par oubli, l’inadvertance étant seule à être impossible pour Allah, Très-Haut.
Ibn ‘Abbâs – qu’Allah l’agrée – a rapporté qu’un démon nommé « l’Albâtre » (al-Abyad) se présenta au Messager d’Allah – paix et salut sur lui – sous l’apparence de Jibrîl – sur lui la paix – et introduisit, dans la récitation du Prophète – paix et salut sur lui –, les mots : « Telles sont les al-gharânîq al-‘ulâ et, certes, leur intercession est espérée. » Bien que cette interprétation soit plus plausible que la précédente, c’est le premier commentaire qui fait autorité. On ne doit pas s’en écarter, car c’est celui qu’ont retenu les savants vérifiés. De plus, la faiblesse même du hadith dispense de toute autre explication ; louange à Allah.
Parmi les preuves scripturaires qui montrent sa faiblesse et l’ébranlent, il y a encore la parole du Très-Haut :
« Ils étaient sur le point de t’induire en tentation… » (al-Isrâ’, 17 : 73-74). Ces deux versets réfutent le récit qu’ils rapportent ; Allah y mentionne qu’ils étaient proches de le séduire pour qu’il invente (une parole), et que, sans la fermeté qu’Il lui a accordée, il aurait incliné vers eux. Le sens implicite est donc qu’Allah – Très-Haut – l’a préservé de toute invention et l’a affermi de sorte qu’il n’a même pas penché vers eux, fût-ce un instant ; comment donc l’aurait-il fait davantage ? Or leurs récits infondés prétendent qu’il serait allé au-delà de cette inclinaison et de cette invention en louant leurs divinités, et qu’il aurait déclaré – paix et salut sur lui : « J’ai forgé un mensonge contre Allah et j’ai dit ce qu’Il n’a pas dit. » Voilà qui s’oppose au sens du verset, lequel affaiblirait le hadith même s’il était authentique ; que dire alors lorsqu’il ne l’est pas ?
On retrouve le même principe dans Sa parole :
« Et n’eussent été la grâce d’Allah sur toi et Sa miséricorde, un groupe parmi eux aurait bien résolu de t’égarer. Mais ils n’égarent que eux-mêmes, et ils ne te nuiront en rien. » (an-Nisâ’, 4 : 113).
Al-Qushayrî a dit : Qoraych et Thaqîf lui demandèrent, lorsqu’il passa près de leurs idoles, de tourner son visage vers elles, promettant de croire en lui s’il le faisait. Il ne l’a pas fait, et n’allait pas le faire ! Ibn al-Anbârî a déclaré : « Le Messager n’a pas même frôlé cette idée, ni ne s’y est incliné. » Az-Zajjâj précise : « (Le verset) signifie : ils ont failli le faire ; la particule in et la lâm renforcent cette idée. »
Il a également été avancé que le terme tamannâ signifie « raconter » et non « réciter ». Il est rapporté d’Alî ibn Abî Talhah d’après Ibn ‘Abbâs au sujet de la parole du Très-Haut :
« sauf quand il tamannâ… le diable jette alors dans son umniyya »
qu’il expliquait : « sauf lorsqu’il raconte, (le diable) insinue dans son récit. »