Deuxièmement – Les savants ont divergé à propos du terme « al-budn » : s’applique-t-il, ou non, au gros bétail bovin en dehors des chameaux ? Ibn Masʿûd, ʿAtâʾ et Aš-Šâfiʿî disent : non. Mâlik et Abû Ḥanîfa disent : oui. L’utilité pratique de cette divergence apparaît dans le cas d’une personne qui a voué (par vœu) d’offrir une badana, mais ne trouve pas de badana ou n’en a pas les moyens alors qu’elle peut se procurer une vache : cette vache la dispense-t-elle ou non ? D’après l’avis de Aš-Šâfiʿî et de ʿAtâʾ, elle ne la dispense pas ; d’après l’avis de Mâlik, elle suffit. L’avis correct est celui de Aš-Šâfiʿî et de ʿAtâʾ, conformément à la parole du Prophète — paix et bénédictions sur lui — dans le ḥadith authentique relatif au vendredi :
« Celui qui se rend (à la prière) durant la première heure, c’est comme s’il avait offert une badana ; celui qui s’y rend durant la deuxième heure, c’est comme s’il avait offert une vache », etc. La distinction établie par le Prophète — paix et bénédictions sur lui — entre la vache et la badana prouve que l’appellation badana ne s’emploie pas pour la vache. Allah est plus savant.
De même, la parole du Très-Haut : « Puis, lorsque leurs flancs gisent à terre » l’atteste, car cette description est propre aux chameaux ; quant aux bovins, on les couche et on les égorge comme les ovins, ainsi qu’il sera expliqué. Notre argument est encore que le mot badana provient de al-badânah (la corpulence), caractéristique que l’on retrouve aussi bien chez le chameau que chez la vache. Par ailleurs, la vache, en ce qui concerne le rapprochement d’Allah par l’effusion du sang, tient le même rang que le chameau, au point qu’il est permis qu’une vache soit sacrifiée pour sept personnes, tout comme le chameau. Cela constitue une preuve en faveur d’Abû Ḥanîfa, Aš-Šâfiʿî étant d’accord avec lui sur ce point, tandis que cela n’est pas l’avis de notre école. Ibn Šaǧarah rapporte qu’il existe une opinion — isolée — selon laquelle le terme badana s’emploierait pour les ovins. Les « budn » désignent les chameaux qu’on dirige en offrande vers la Kaʿba, tandis que le « hady » est un terme générique englobant chameaux, bovins et ovins.
Troisièmement – La parole du Très-Haut : « parmi les rites (šaʿâʾir) d’Allah » constitue un texte explicite indiquant qu’elles font partie de Ses rites. Et Sa parole : « vous y trouverez un bien » vise les profits déjà mentionnés ; l’avis correct est que l’expression englobe tout bien, d’ici-bas et de l’au-delà.
Quatrièmement – La parole du Très-Haut : « Invoquez le Nom d’Allah sur elles, ṣawâff » signifie : égorgez-les en mentionnant le Nom d’Allah. Le terme « ṣawâff » indique que leurs membres ont été « rangés » ; les chameaux sont ainsi égorgés debout, une patte entravée. L’origine de cette description renvoie au cheval : on dit ṣafana l-farasu, il est ṣâfin, lorsqu’il se tient sur trois membres et replie le quatrième ; le « sunbuk » est l’extrémité du sabot. Quant au chameau, lorsqu’on veut l’égorger, on lui entrave l’une de ses pattes antérieures et il reste debout sur trois membres.
Al-Ḥasan, al-Aʿraǧ, Mujâhid, Zayd b. Aslam et Abû Mûsâ al-Ašʿarî ont lu : « ṣawâfiy », c’est-à-dire exclusivement vouées à Allah, sans rien Lui associer dans la prononciation de Son Nom lors de l’égorgement. Une autre lecture, rapportée également d’al-Ḥasan, est « ṣawâfin », avec kasra sur le fâ’ et tanwîn, allégée ; elle a le même sens que la précédente, mais le yâ’ en a été omis pour alléger la prononciation, contrairement aux règles analogiques habituelles.