Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Dix-septième point : il s’agit ici de distinguer entre l’abrogation qui supprime une règle et la suspension d’un jugement due à la disparition de sa cause. Sache que ce qui est abrogé ne peut plus jamais être appliqué, tandis que la règle suspendue pour disparition de sa cause redevient applicable dès que la cause réapparaît. Ainsi, si des nécessiteux arrivaient dans une cité au moment de l’ʿAïd al-Aḍḥā et que les habitants n’aient d’autre moyen de subvenir à leur pauvreté que la viande des bêtes immolées, il leur serait alors obligatoire de ne pas en faire de provisions au-delà de trois jours, conformément à la pratique du Prophète — que les bénédictions et la paix d’Allāh soient sur lui.

Dix-huitième point : les ḥadiths rapportés dans ce chapitre à propos de l’interdiction comme de la permission de conserver la viande sont tous authentiques et établis. Interdiction et permission y apparaissent conjointement, comme cela est explicitement mentionné dans les traditions de ʿĀʾisha, de Salama b. al-Akwaʿ et d’Abū Saʿīd al-Khudrī, que rapporte al-Ṣaḥīḥ.

Al-Ṣaḥīḥ rapporte encore d’après Abū ʿUbayd, l’affranchi d’Ibn Azhar, qu’il assista à la prière de l’ʿAïd avec ʿUmar b. al-Khaṭṭāb — qu’Allāh l’agrée —, puis qu’il accomplit à nouveau l’ʿAïd avec ʿAlī b. Abī Ṭālib — qu’Allāh l’agrée — : celui-ci dirigea d’abord la prière avant de prononcer le sermon et dit : « Le Messager d’Allāh — qu’Allāh prie sur lui et le salue — vous a interdit de manger la viande de vos sacrifices plus de trois nuits ; ne la consommez donc pas au-delà. »

Il est également rapporté de Ibn ʿUmar que le Messager d’Allāh — qu’Allāh prie sur lui et le salue — a interdit de manger la viande des offrandes sacrificielles plus de trois jours. Sālim dit alors : « Ibn ʿUmar ne mangeait pas de viande d’Adḥiyyah au-delà du troisième jour. »

Abū Dāwūd rapporte de Nubaysha que le Messager d’Allāh — qu’Allāh prie sur lui et le salue — déclara : « Nous vous avions interdit d’en consommer au-delà de trois jours afin que chacun d’entre vous en bénéficie ; Allāh vous a accordé l’aisance : mangez, faites des provisions et commercez-en. Sachez que ces jours sont des jours de nourriture, de boisson et de rappel d’Allāh, le Très-Puissant, le Très-Majestueux. »

Abū Jaʿfar al-Naḥḥās dit : « C’est là la meilleure explication donnée à ce sujet, car elle harmonise les ḥadiths et écarte toute contradiction. Ainsi, la parole du Prince des croyants ʿAlī b. Abī Ṭālib, tout comme celle de ʿUthmān, vise un cas particulier : les gens connaissaient alors une période de grande détresse, si bien qu’ils agirent comme l’avait fait le Messager d’Allāh — qu’Allāh prie sur lui et le salue — lorsque les réfugiés affluèrent. »

La preuve en est ce que nous a rapporté Ibrāhīm b. Sharīk : Aḥmad nous a relaté, d’après Layth, qui tient de al-Ḥārith b. Yaʿqūb, d’après Yazīd b. Abī Yazīd, d’après son épouse : elle avait interrogé ʿĀʾisha — qu’Allāh l’agrée — au sujet de la viande des Adḥiyyah. Celle-ci répondit : « ʿAlī b. Abī Ṭālib nous revint d’un voyage ; nous lui en présentâmes, mais il refusa d’en manger avant d’avoir consulté le Messager d’Allāh — qu’Allāh prie sur lui et le salue. Lorsqu’il l’interrogea, celui-ci lui dit : “Consommes-en depuis un Ḏū l-Ḥijja jusqu’au suivant.” »

Al-Shāfiʿī dit : « Quiconque maintient l’interdiction de conserver la viande au-delà de trois jours n’a pas entendu la permission accordée. Et quiconque affirme la permission sans restriction n’a pas entendu l’interdiction de constituer des réserves. Quant à celui qui affirme l’interdiction…"

السَّابِعَةَ عَشْرَةَ- وَهِيَ الْفَرْقُ بَيْنَ رَفْعِ الْحُكْمِ بِالنَّسْخِ وَرَفْعِهِ لِارْتِفَاعِ عِلَّتِهِ. اعْلَمْ أَنَّ الْمَرْفُوعَ بِالنَّسْخِ لَا يُحْكَمُ بِهِ أَبَدًا، وَالْمَرْفُوعَ لِارْتِفَاعِ عِلَّتِهِ يَعُودُ الْحُكْمُ لِعَوْدِ الْعِلَّةِ، فَلَوْ قَدِمَ عَلَى أَهْلِ بَلْدَةٍ نَاسٌ مُحْتَاجُونَ فِي زَمَانِ الْأَضْحَى، وَلَمْ يَكُنْ عِنْدَ أَهْلِ ذَلِكَ الْبَلَدِ سَعَةٌ يَسُدُّونَ بِهَا فَاقَتَهُمْ إِلَّا الضَّحَايَا لَتَعَيَّنَ عَلَيْهِمْ أَلَّا يَدَّخِرُوهَا فَوْقَ ثَلَاثٍ كَمَا فَعَلَ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ. الثَّامِنَةَ عَشْرَةَ- الْأَحَادِيثُ الْوَارِدَةُ فِي هَذَا الْبَابِ بِالْمَنْعِ وَالْإِبَاحَةِ صِحَاحٌ ثَابِتَةٌ. وَقَدْ جَاءَ الْمَنْعُ وَالْإِبَاحَةُ مَعًا، كَمَا هُوَ مَنْصُوصٌ فِي حَدِيثِ عَائِشَةَ وَسَلَمَةَ بْنِ الْأَكْوَعِ وَأَبِي سَعِيدٍ الْخُدْرِيِّ رَوَاهَا الصَّحِيحُ. وَرَوَى الصَّحِيحُ عَنْ أَبِي عُبَيْدٍ مَوْلَى ابْنِ أزهر أنه شهد العيد مع عمر ابن الْخَطَّابِ قَالَ: ثُمَّ صَلَّيْتُ الْعِيدَ مَعَ عَلِيِّ بْنِ أَبِي طَالِبٍ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ، قَالَ: فَصَلَّى لَنَا قَبْلَ الْخُطْبَةِ ثُمَّ خَطَبَ النَّاسَ فَقَالَ: إِنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَدْ نَهَاكُمْ أَنْ تَأْكُلُوا لُحُومَ نُسُكِكُمْ فَوْقَ ثَلَاثِ لَيَالٍ فَلَا تَأْكُلُوهَا. وَرُوِيَ عَنِ ابْنِ عُمَرَ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ قَدْ نَهَى أَنْ تُؤْكَلَ لُحُومُ الْأَضَاحِي فَوْقَ «١» ثَلَاثٍ. قَالَ سَالِمٌ: فَكَانَ ابْنُ عُمَرَ لَا يَأْكُلُ لُحُومَ الْأَضَاحِي فَوْقَ ثَلَاثٍ. وَرَوَى أَبُو دَاوُدَ عَنْ نُبَيْشَةَ قَالَ قَالَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: (إِنَّا كُنَّا نَهَيْنَاكُمْ عَنْ لُحُومِهَا فَوْقَ ثَلَاثٍ لِكَيْ تَسَعَكُمْ جَاءَ اللَّهُ بِالسَّعَةِ فَكُلُوا وَادَّخِرُوا وَاتَّجِرُوا ألا وإن هَذِهِ الْأَيَّامَ أَيَّامُ أَكْلٍ وَشُرْبٍ وَذِكْرٍ لِلَّهِ عَزَّ وَجَلَّ (. قَالَ أَبُو جَعْفَرٍ النَّحَّاسُ: وَهَذَا الْقَوْلُ أَحْسَنُ مَا قِيلَ فِي هَذَا حَتَّى تَتَّفِقَ الْأَحَادِيثُ وَلَا تَتَضَادَّ، وَيَكُونَ قَوْلُ أَمِيرِ المؤمنين على ابن أَبِي طَالِبٍ وَعُثْمَانَ مَحْصُورٌ، لِأَنَّ النَّاسَ كَانُوا فِي شِدَّةٍ مُحْتَاجِينَ، فَفَعَلَ كَمَا فَعَلَ رَسُولُ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ حِينَ قَدِمَتِ الدَّافَّةُ. وَالدَّلِيلُ عَلَى هَذَا مَا حَدَّثَنَا إِبْرَاهِيمُ بْنُ شَرِيكٍ قَالَ: حَدَّثَنَا أَحْمَدُ قَالَ حَدَّثَنَا لَيْثٌ قَالَ حَدَّثَنِي الْحَارِثُ بْنُ يَعْقُوبَ عَنْ يَزِيدَ بْنِ أَبِي يَزِيدَ عَنِ امْرَأَتِهِ أَنَّهَا سَأَلَتْ عَائِشَةَ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهَا عَنْ لُحُومِ الْأَضَاحِي فَقَالَتْ: قَدِمَ عَلَيْنَا عَلِيُّ بْنُ أَبِي طَالِبٍ مِنْ سَفَرٍ فَقَدَّمْنَا إِلَيْهِ مِنْهُ، فَأَبَى أَنْ يَأْكُلَ حَتَّى يَسْأَلَ رَسُولِ اللَّهِ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ، فَسَأَلَهُ فَقَالَ: (كُلْ مِنْ ذِي الْحِجَّةِ إِلَى ذِي الْحِجَّةِ) . وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: مَنْ قَالَ بِالنَّهْيِ عَنِ الِادِّخَارِ بَعْدَ ثَلَاثٍ لَمْ يَسْمَعِ الرُّخْصَةَ. وَمَنْ قَالَ بِالرُّخْصَةِ مُطْلَقًا لَمْ يَسْمَعِ النَّهْيَ عَنْ الِادِّخَارِ. وَمَنْ قَالَ بالنهي
(١). في ك: بعد.

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