Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

Dans le ḥadith rapporté par Hichâm ibn ‘Urwah, d’après son père, d’après Nâjiyah – récit qui, selon nous, est plus authentique que celui d’Ibn ‘Abbâs et sur lequel les juristes fondent la pratique –, il est dit : « Laisse-la à la disposition des gens ». Sont compris dans cette parole ses compagnons de route comme les autres.

Ach-Châfi‘î et Abû Thawr ont déclaré : « Toute offrande sacrificielle dont l’origine est obligatoire ne doit pas être consommée ; en revanche, celle qui est surérogatoire ou relève d’un acte cultuel peut être mangée, offerte en présent, conservée ou distribuée en aumône. » À leurs yeux, l’hady du tamattu‘ et celui du qirân sont considérés comme un acte cultuel, et telle est également l’opinion d’al-Awzâ‘î.

Abû Ḥanîfa et ses disciples affirment : « On peut manger de l’hady du tamattu‘ et de l’offrande surérogatoire, mais non de toute offrande devenue obligatoire du fait de l’iḥrâm. »

On rapporte de Mâlik qu’il n’est pas permis de consommer la « saignée de réparation » (dam al-fasâd) ; par analogie, il ne serait pas permis non plus de manger de la « saignée compensatoire » (dam al-jabr), comme le soutiennent ach-Châfi‘î et al-Awzâ‘î.

Mâlik se fonde sur le fait que la compensation pour le gibier a été destinée par Allah aux nécessiteux, conformément à Sa parole : « … ou une expiation : nourrir des pauvres » (al-Mâʾida, 95). S’agissant de la compensation du préjudice, Il a dit : « … alors, une rançon constituée d’un jeûne, d’une aumône ou d’un sacrifice » (al-Baqarah, 196). Le Messager d’Allah – qu’Allah le bénisse et le salue – dit également à Ka‘b ibn ‘Ujrah : « Nourris six pauvres, deux mudd pour chaque pauvre, ou jeûne trois jours, ou sacrifie une brebis. » Quant au vœu destiné aux pauvres, il est formulé de manière explicite.

Pour toutes les autres offrandes, la règle première demeure en vigueur, conformément à Sa parole : « Les chameaux et les bovins, Nous les avons institués pour vous parmi les rites d’Allah… – jusqu’à Sa parole – Mangez-en donc » (al-Ḥajj, 36). Le Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue – et ‘Alî, qu’Allah l’agrée, mangèrent de l’offrande qu’ils avaient apportée et burent de son bouillon. Or, selon les versions les plus authentiques, le Prophète accomplissait le ḥajj en état de qirân ; son hady y était donc obligatoire, de sorte que l’argument avancé par Abû Ḥanîfa n’est pas fondé. Allah est plus Savant.

Si Allah – exalté soit-Il – a autorisé la consommation des offrandes, c’est parce que les Arabes considéraient qu’il était inconvenant de manger de leurs propres actes cultuels ; Allah Très-Haut ordonna donc à Son Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue – de s’opposer à cette coutume. C’est ainsi qu’il légiféra, transmit et agit lorsqu’il fit son offrande et entra en iḥrâm.

Treizièmement – « Mangez-en donc ». Certains savants ont soutenu que la parole du Très-Haut : « Mangez-en donc » abrogeait leur ancienne pratique : en effet, ils s’interdisaient la viande de leurs sacrifices et n’en consommaient pas – comme nous l’avons mentionné à propos des offrandes. Allah abrogea cela par Sa parole : « Mangez-en donc », par la parole du Prophète – qu’Allah le bénisse et le salue – : « Que celui qui offre une ʾuḍḥiyah en mange » ; de plus, lui-même mangea de son ʾuḍḥiyah et de son hady.

Az-Zuhrî a dit : « Il fait partie de la Sunna de commencer par consommer du foie. »

فِي حَدِيثِ هِشَامِ بْنِ عُرْوَةَ عَنْ أَبِيهِ عَنْ نَاجِيَةَ. وَهُوَ عِنْدَنَا أَصَحُّ مِنْ حَدِيثِ ابْنِ عَبَّاسٍ، وَعَلَيْهِ الْعَمَلُ عِنْدَ الْفُقَهَاءِ. وَيَدْخُلُ فِي قَوْلِهِ عَلَيْهِ السَّلَامُ: (خَلِّ بَيْنَهَا وَبَيْنَ النَّاسِ) أَهْلُ رُفْقَتِهِ وَغَيْرُهُمْ. وَقَالَ الشَّافِعِيُّ وَأَبُو ثَوْرٍ: مَا كَانَ مِنَ الْهَدْيِ أَصْلُهُ وَاجِبًا فَلَا يَأْكُلُ مِنْهُ، وَمَا كَانَ تَطَوُّعًا وَنُسُكًا أَكَلَ مِنْهُ وَأَهْدَى وَادَّخَرَ وَتَصَدَّقَ. وَالْمُتْعَةُ وَالْقِرَانُ عِنْدَهُ نُسُكٌ. وَنَحْوُهُ مَذْهَبُ الْأَوْزَاعِيِّ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ: يَأْكُلُ مِنْ هَدْيِ الْمُتْعَةِ وَالتَّطَوُّعِ، وَلَا يَأْكُلُ مِمَّا سِوَى ذَلِكَ مِمَّا وَجَبَ بِحُكْمِ الْإِحْرَامِ. وَحُكِيَ عَنْ مَالِكٍ: لَا يَأْكُلُ مِنْ دَمِ الْفَسَادِ. وَعَلَى قِيَاسِ هَذَا لَا يَأْكُلُ مِنْ دَمِ الْجَبْرِ، كَقَوْلِ الشَّافِعِيِّ وَالْأَوْزَاعِيِّ. تَمَسَّكَ مَالِكٌ بِأَنَّ جَزَاءَ الصَّيْدِ جَعَلَهُ اللَّهُ لِلْمَسَاكِينِ بِقَوْلِهِ تَعَالَى: " أَوْ كَفَّارَةٌ طَعامُ مَساكِينَ" «١» [المائدة: ٩٥] . وَقَالَ فِي فِدْيَةِ الْأَذَى: " فَفِدْيَةٌ مِنْ صِيامٍ أَوْ صَدَقَةٍ أَوْ نُسُكٍ" «٢» [البقرة: ١٩٦] . وَقَالَ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ لِكَعْبِ بْنِ عُجْرَةَ: (أَطْعِمْ سِتَّةَ مَسَاكِينَ مُدَّيْنِ لِكُلِّ مِسْكَيْنٍ أَوْ صُمْ ثَلَاثَةَ أَيَّامٍ أَوِ انْسُكْ شَاةً) . وَنَذْرُ الْمَسَاكِينِ مُصَرَّحٌ بِهِ، وَأَمَّا غَيْرُ ذَلِكَ مِنَ الْهَدَايَا فَهُوَ بَاقٍ عَلَى أَصْلِ قَوْلِهِ: " وَالْبُدْنَ جَعَلْناها لَكُمْ مِنْ شَعائِرِ اللَّهِ" - إِلَى قوله- " فَكُلُوا مِنْها" [الحج: ٣٦] . وَقَدْ أَكَلَ النَّبِيُّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ وَعَلِيٌّ رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ مِنَ الْهَدْيِ الَّذِي جَاءَ بِهِ وَشَرِبَا مِنْ مَرَقِهِ، وَكَانَ عَلَيْهِ السَّلَامُ قَارِنًا فِي أَصَحِّ الْأَقْوَالِ وَالرِّوَايَاتِ، فَكَانَ هَدْيُهُ عَلَى هَذَا وَاجِبًا، فَمَا تَعَلَّقَ بِهِ أَبُو حَنِيفَةَ غَيْرُ صَحِيحٍ. وَاللَّهُ أَعْلَمُ. وَإِنَّمَا أَذِنَ اللَّهُ سُبْحَانَهُ مِنَ الْأَكْلِ مِنَ الْهَدَايَا لِأَجْلِ أَنَّ الْعَرَبَ كَانَتْ لَا تَرَى أَنْ تَأْكُلَ مِنْ نُسُكِهَا، فَأَمَرَ اللَّهُ سُبْحَانَهُ وَتَعَالَى نَبِيَّهُ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ بِمُخَالَفَتِهِمْ، فَلَا جَرَمَ كَذَلِكَ شَرَعَ وَبَلَّغَ، وَكَذَلِكَ فَعَلَ حِينَ أَهْدَى وَأَحْرَمَ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ. الثَّالِثَةَ عَشْرَةَ- (فَكُلُوا مِنْها) قَالَ بَعْضُ الْعُلَمَاءِ: قَوْلُهُ تَعَالَى " فَكُلُوا مِنْها" نَاسِخٌ لِفِعْلِهِمْ، لِأَنَّهُمْ كَانُوا يُحَرِّمُونَ لُحُومَ الضَّحَايَا عَلَى أَنْفُسِهِمْ وَلَا يَأْكُلُونَ مِنْهَا- كَمَا قُلْنَاهُ فِي الْهَدَايَا- فَنَسَخَ اللَّهُ ذَلِكَ بِقَوْلِهِ: " فَكُلُوا مِنْها" وَبِقَوْلِ النَّبِيِّ صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ: (مَنْ ضَحَّى فَلْيَأْكُلْ مِنْ أُضْحِيَتِهِ) وَلِأَنَّهُ عَلَيْهِ السَّلَامُ أَكَلَ مِنْ أُضْحِيَّتِهِ وَهَدْيِهِ. وَقَالَ الزُّهْرِيُّ: مِنَ السُّنَّةِ أَنْ تَأْكُلَ أولا من الكبد.
(١). قراءة نافع راجع ج ٦ ص ٣٠٢. (٢). راجع ج ٢ ص ٣٦٥ فما بعد.

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