Tafsir Al-QurtubiAl-Qurtubi

« Et ils adorent, en dehors d’Allah, ce qui ne peut ni leur nuire ni leur profiter, et ils disent : “Ce sont ceux-là nos intercesseurs auprès d’Allah.” » (Sourate Yûnus, v. 18).

Le Très-Haut a également dit : « Nous ne les adorons que pour qu’ils nous rapprochent d’Allah d’un plus grand rapprochement. » (Sourate Az-Zoumar, v. 3).

Al-Farrâ’, Al-Kisâ’î et Az-Zajjâj expliquent que la tournure de l’énoncé implique un serment assorti d’une inversion : le sens est : « Par Allah, il invoque certes celui dont le tort est plus proche que l’utilité. » La particule « lâm » est donc avancée à un emplacement inhabituel ; « min » se trouve à la fonction d’objet direct du verbe « yad‘û », et cette lâm constitue la réponse du serment. Le terme « ḍurruhu » est sujet et « aqrabu » en est l’attribut.

An-Naḥḥâs a jugé faible l’hypothèse d’un déplacement de la lâm et a déclaré : « La lâm ne possède pas, du point de vue grammatical, de flexibilité permettant qu’on la fasse avancer ou reculer. »

Je (l’auteur) dis : La place naturelle de la lâm est en tête, mais il arrive qu’on la retarde. Le poète a dit :
« Khâlî la-anta wa-min Jarîrin khâl…
Il atteint la noblesse et honore les oncles. »
C’est-à-dire : « Tu es, par mon oncle, [mon parent] », la lâm étant bel et bien retardée.

An-Naḥḥâs rapporte encore qu’‘Alî b. Sulaymân, d’après Muḥammad b. Yazîd, a dit : « Il y a dans la phrase une ellipse ; le sens est : “Il invoque, comme divinité, celui dont le tort est plus proche que l’utilité.” »

An-Naḥḥâs commente : « Je pense que cette parole a été attribuée à tort à Muḥammad b. Yazîd, car elle est dénuée de sens : ce qui suit la lâm est un sujet ; on ne peut donc y accoler “ilāhan” à l’accusatif. À mon avis, l’opinion de Muḥammad b. Yazîd rejoint plutôt celle d’Al-Akhfash, qui est, selon moi, l’explication la plus satisfaisante du verset – et Allah sait mieux. »

En effet – poursuit-il – « yad‘û » revêt ici le sens de « il dit », la particule « min » est sujet dont le prédicat est sous-entendu ; le sens devient alors : « Il dit : celui dont le tort est plus proche que l’utilité est sa divinité. »

J’ajoute : cet avis est rapporté par Al-Qushayrî (qu’Allah lui fasse miséricorde) de la part d’Az-Zajjâj, et par Al-Mahdawî de la part d’Al-Akhfash, qui en a complété l’analyse : « yad‘û » – au sens de « il dit » –, « min » est sujet, « ḍurruhu » est un second sujet, « aqrabu » son attribut, l’ensemble formant la relative de « min », tandis que son prédicat est omis ; le sens implicite est : « Il dit : celui dont le tort est plus proche que l’utilité est sa divinité. »

Il en est de même dans le vers de ‘Antara :
« Ils appellent ‘Antar, tandis que les lances ressemblent
À des cordes de puits dans le poitrail du noir coursier. »

Al-Qushayrî commente : « Le mécréant qui déclare : “L’idole est ma divinité” ne dit pas : “Son tort est plus proche que son utilité.” Mais le sens est qu’il dit, lui le mécréant, à propos de celui dont le tort est plus proche que l’utilité – selon la parole des musulmans – : “Il est mon objet d’adoration et ma divinité.” »

Ainsi s’achève la discussion.

" وَيَعْبُدُونَ مِنْ دُونِ اللَّهِ مَا لَا يَضُرُّهُمْ وَلا يَنْفَعُهُمْ وَيَقُولُونَ هؤُلاءِ شُفَعاؤُنا عِنْدَ اللَّهِ ١٠: ١٨" «١» [يونس: ١٨] . وَقَالَ تَعَالَى: " مَا نَعْبُدُهُمْ إِلَّا لِيُقَرِّبُونا إِلَى اللَّهِ زُلْفى " «٢» [الزمر: ٣] . وَقَالَ الْفَرَّاءُ وَالْكِسَائِيُّ وَالزَّجَّاجُ: مَعْنَى الْكَلَامِ الْقَسَمُ وَالتَّأْخِيرُ، أَيْ يَدْعُو وَاللَّهِ لَمَنْ ضَرُّهُ أَقْرَبُ مِنْ نَفْعِهِ. فَاللَّامُ مُقَدَّمَةٌ فِي غَيْرِ مَوْضِعِهَا. و " مِنْ" في موضع نصب ب " يَدْعُوا" وَاللَّامُ جَوَابُ الْقَسَمِ. وَ " ضَرُّهُ" مُبْتَدَأٌ وَ " أَقْرَبُ" خبره. وضعف النحاس تأخير اللام وَقَالَ: وَلَيْسَ لِلَّامِ مِنَ التَّصَرُّفِ مَا يُوجِبُ أَنْ يَكُونَ فِيهَا تَقْدِيمٌ وَلَا تَأْخِيرٌ. قُلْتُ: حَقُّ اللَّامِ التَّقْدِيمُ وَقَدْ تُؤَخَّرُ، قَالَ الشَّاعِرُ: خالي لانت ومن جرير خال ... يَنَلِ الْعَلَاءَ وَيُكْرِمِ الْأَخْوَالَا أَيْ لَخَالِي أَنْتَ، وَقَدْ تَقَدَّمَ. النَّحَّاسُ: وَحَكَى لَنَا عَلِيُّ بْنُ سُلَيْمَانَ عَنْ مُحَمَّدِ بْنِ يَزِيدَ قَالَ: فِي الْكَلَامِ حَذْفٌ، وَالْمَعْنَى يَدْعُو لَمَنْ ضَرُّهُ أَقْرَبُ مِنْ نَفْعِهِ إِلَهًا. قَالَ النَّحَّاسُ: وَأَحْسَبُ هَذَا الْقَوْلَ غَلَطًا عَلَى مُحَمَّدِ بْنِ يَزِيدَ، لِأَنَّهُ لَا مَعْنَى لَهُ، لِأَنَّ مَا بَعْدَ اللَّامِ مُبْتَدَأٌ فَلَا يَجُوزُ نَصْبُ إِلَهٍ، وَمَا أَحْسَبُ مَذْهَبَ مُحَمَّدِ بْنِ يَزِيدَ إِلَّا قَوْلَ الْأَخْفَشِ، وَهُوَ أَحْسَنُ مَا قِيلَ فِي الْآيَةِ عِنْدِي، والله أعلم، قال: " يَدْعُوا" بِمَعْنَى يَقُولُ. وَ " مِنْ" مُبْتَدَأٌ وَخَبَرُهُ مَحْذُوفٌ، وَالْمَعْنَى يَقُولُ لَمَنْ ضَرُّهُ أَقْرَبُ مِنْ نَفْعِهِ إِلَهُهُ. قُلْتُ: وَذَكَرَ هَذَا الْقَوْلَ الْقُشَيْرِيُّ رَحِمَهُ اللَّهُ عَنِ الزَّجَّاجِ وَالْمَهْدَوِيُّ عَنِ الْأَخْفَشِ، وَكَمَّلَ إعرابه فقال: " يَدْعُوا" بِمَعْنَى يَقُولُ، وَ " مِنْ" مُبْتَدَأٌ، وَ " ضَرُّهُ" مُبْتَدَأٌ ثَانٍ، وَ " أَقْرَبُ" خَبَرُهُ، وَالْجُمْلَةُ صِلَةُ " مِنْ" ، وَخَبَرُ " مِنْ" مَحْذُوفٌ، وَالتَّقْدِيرُ يَقُولُ لَمَنْ ضَرُّهُ أَقْرَبُ مِنْ نَفْعِهِ إِلَهُهُ، وَمِثْلُهُ قَوْلُ عَنْتَرَةَ: يَدْعُونَ عَنْتَرُ وَالرِّمَاحُ كَأَنَّهَا ... أَشْطَانُ بِئْرٍ فِي لَبَانِ الْأَدْهَمِ «٣» قَالَ الْقُشَيْرِيُّ: وَالْكَافِرُ الَّذِي يَقُولُ الصَّنَمُ مَعْبُودِي لَا يَقُولُ ضَرُّهُ أَقْرَبُ مِنْ نَفْعِهِ، وَلَكِنَّ الْمَعْنَى يَقُولُ الْكَافِرُ لَمَنْ ضَرُّهُ أَقْرَبُ مِنْ نَفْعِهِ فِي قَوْلِ الْمُسْلِمِينَ معبودي وإلهي. وهو كقوله
(١). راجع ج ٨ ص ٣٢١. (٢). راجع ج ١٥ ص ٢٣٢. (٣). الأشطان: جمع شطن، وهو حيل البئر. واللبان (بفتح اللام): الصدر. والأدهم: الفرس. يريد أن الرماح في صدر هذا الفرس بمنزلة حبال البئر من الدلاء، لان البئر إذا كانت كثيرة الجرفة اضطربت الدلو فيها فيجعل لها حبلان لئلا تضطرب. (عن شرح المعلقات).

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